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B. DE LA. PÉDÉRASTIE, DE LA SODOMIE, DE LA BESTIALITÉ

La législation ancienne et certaines législations modernes punissent la pédérastie, la sodomie, la bestialité. Nos codes ne font pas mention de ces actes contre nature et ils ne tombent sous l'application de la loi que lorsqu'il y a en même temps outrage public à la pudeur, ou attentat avec violence ou que la victime est mineure.

De nos jours, la pédérastie et particulièrement la

DES ATTENTATS AUX MŒURS

prostitution pédéraste a pris à Paris et dans tous les grands centres de population un accroissement inquiétant. Rien ne prouve cependant que ce vice se répande de plus en plus. Notre société moderne aurait beaucoup à faire pour en arriver sur ce point au degré d'immoralité des sociétés grecques ou romaines. Qu'on le veuille ou non, on est de son siècle. L'humanité devient meilleure au moral comme au physique, et si dans les civilisations antiques les plus grands poètes pouvaient chanter dans leurs vers des amours inavouables, de nos jours ce n'est plus qu'un commerce clandestin. C'est même un sujet d'étonnement pour le moraliste de trouver ce vice aux époques les plus reculées de l'histoire; c'est surtout dans les sociétés fétichiques qu'il a pris partout, et même de nos jours on peut le constater en Chine, un développement extraordinaire. Le Lévitique1 le range parmi les infamies ; à Athènes, c'est l'amour grec, il s'étale au grand jour et Hippocrate le flétrit dans son serment 2. A notre époque, comme on l'a fait remarquer, c'est l'école à laquelle se forment les plus habiles et les plus audacieux criminels.

D'après son sens étymologique (^at^o; IpaatTi?, amour des jeunes garçons) nous donnerons le nom de pédérastie à une perversion de l'instinct sexuel qui pousse Phomme à rechercher les satisfactions de cet instinct dans un commerce voluptueux avec un autre individu de son sexe. Chez la femme, il existe une perversion

1 Chap. xvm, v. 22 et 23.

û « Dans quelque maison que j'entre, j'y entrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves. » Hipp., serment, trad. de Littré, t. IV, p. 651.

DE LA PEDERASTIE.

semblable de l'instinct sexuel, c'est l'amour lesbien, le tribadisme. Bien qu'aussi fréquent que la pédérastie, ce vice donne rarement lieu à des expertises médicales (Tardieu n'en cite que quatre exemples) et nous ne faisons que le mentionner.

Nous réserverons, comme l'a fait M. Tardieu, et contrairement aux auteurs anglais et allemands, le nom de sodomie aux actes contre nature, considérés en euxmêmes, et sans exception du sexe des individus entre lesquels s'établissent des rapports coupables. Le mot de bestialité nous servira à désigner les attentats contre nature commis par des hommes sur des animaux.

Voici le tableau de la prostitution et de la criminelle industrie du vol à la pédérastie, d'après M. Tardieu : « Les hommes qui se livrent au genre d'escroquerie dit chantage ne sont, le plus ordinairement, que des voleurs d'une espèce particulière, qui, sans être toujours adonnés, eux-mêmes à la pédérastie, spécup lent sur les habitudes vicieuses de certains individus, pour les attirer par l'appât de leurs passions secrètes, dans des pièges où ils rançonnent sans peine leur honteuse faiblesse. » Ces hommes peuvent remplir en même temps le rôle de chanteurs et de leveurs ; d'autrefois, ils ont avec eux de jeunes garçons qu'ils dressent à lever leur proie dans des endroits bien connus. Les individus qui, pédérastes ou non, font commerce de leur corps avec d'autres hommes sont désignés du nom de tantes: « Les cheveux frisés, le teint fardé, le col découvert, la taille serrée de manière à faire saillir les formes ; les doigts, les oreilles, la poitrine chargés de bijoux, toute la personne exhalant l'odeur des parfums les plus pénétrants, et dans la main un mouchoir, des fleurs ou quelque travail d'aiguille : telle

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est la physionomie étrange, repoussante, et à bon droit suspecte, qui trahit les pédérastes. Un trait non moins caractéristique, et que j'ai observé cent fois, c'est le contraste de cette fausse élégance et de ce culte extérieur de la personne avec une malpropreté sordide qui suffirait à elle seule pour éloigner de ces misérables. »

Cette description ne convient qu'à l'extérieur des hommes qui se prostituent. Mais elle ne saurait convenir à tous les individus atteints de cette déviation complète de l'instinct sexuel. Pour ceux-ci, il y a trèssouvent une tache originelle et ce sont de véritables hermaphrodites moraux. Quelques-uns, comme l'ont montré Casper, Tardieu, prennent des habitudes de pédérastie par excès de lubricité : ce sont de vieux débauchés qui recherchent de nouveaux plaisirs. D'autres acquièrent ce vice par suite des conditions d'existence ou de profession qui réunissent ensemble et pendant longtemps des hommes éloignés de toute personne de l'autre sexe1. Rien de plus fréquent dans les prisons, par exemple. J'ai eu l'occasion de le constater en Afrique dans les compagnies disciplinaires et dans le service des consignés au Val-de-Grâce : les ménages y sont fréquents ; et de l'aveu même des individus, dans ces sortes d'unions, le rôle de chacun d'eux ne se limite pas au mode d'exercice génésique ; l'un prend toujours les allures, le nom, le langage et jusqu'aux menues occupations d'une personne de l'autre sexe.

Des signes de la pédérastie. — Après avoir noté l'extérieur, si caractéristique dans certains cas, l'expert doit procéder à la recherche des signes d'habitudes passives

4 Voy. Sainte-Claire-Deville : Vinternat dans V éducation, mémoire lu à l'académie des sciences morales et politiques, le 29 juillet 1871, et la Revue scientifique (même année).

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