‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 140 sur 208 · DE LA DÉFLORATION · texte numérisé non relu

DE LA DÉFLORATION

laquelle insiste particulièrement M. Tardieu et qu'il

de la vulve de celle qui est produite par une violence directe indépendante de toute contagion. »

Signes de la défloration ancienne : elle est caractérisée par l'absence de l'hymen, la présence des caroncules myrtiformes sur les côtés et en bas, la couleur de la muqueuse vaginale, l'effacement des plis vaginaux, un moindre degré de résistance de l'anneau vulvaire.

Entre ces deux extrêmes, M. Toulmouche a placé une certaine déformation produite lentement et graduellement par la répétition des mêmes actes.

La membrane hymen et la portion vulvaire des parties sexuelles sont refoulées en entonnoir, plus ou moins large, par l'extrémité du pénis. Les enfants de deux à trois ans jusqu'à douze ans n'opposent aucune résistance et laissent écarter leurs cuisses, mais à cause de la disproportion extrême de leurs parties sexuelles et du membre viril il ne se produit qu'une succession

Fig. 45. — Hymen déchiré,

différencie des écoulements pathologiques. « Il y a, sinon dans la forme de l'inflammation et dans les caractères de l'écoulement, du moins dans l'aspect des parties, dans leur turgescence, ainsi que dans le siège de l'écoulement par l'urèihre ou hors de ce canal, des moyens non pas absolument certains , mais d'une incontestable valeur, au moins chez les petites filles, de distinguer l'inflammation blennorrhâgique

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de frottements et de pressions de la verge ou contre leurs organes génitaux ou entre leurs cuisses. « Mais, dit M. Toulmouche, lorsque ces pressions ou tentatives sont fréquemment renouvelées, elles peuvent imprimer des modifications caractéristiques à l'aspect de la couleur de la muqueuse, et à la forme du périnée, de l'entrée du vagin et de la membrane hymen propres à les faire soupçonner. »

Quelles sont les causes de la défloration ? On a dit que l'hymen pourrait disparaître sous l'influence de causes pathologiques telles qu'ulcérations scrofuleuses ou syphilitiques, de caillots volumineux au moment des règles, de fleurs blanches très-abondantes. On peut mettre en doute ces dernières causes en se fondant sur la souplesse de cette membrane. Mais on s'explique mieux qu'elle soit rompue par une chute, un accident: dans ces circonstances, il existe dans le voisinage des traces du traumatisme. L'onanisme en est une cause plus commune, il y a d'abord refoulement puis rupture de l'hymen. Il paraît que des nourrices, pour calmer ou endormir les enfants confiés à leur soin les masturbent. Ces pauvres petits êtres se détériorent bientôt et leurs parties sexuelles présentent les signes d'une turgescence provoquée par ces titillations répétées. Disons, en passant, que cette habitude des nourrices est assez fréquente à Paris et que les parents y doivent prêter une grande surveillance. La cause la plus ordinaire de la défloration est le coït. Quand la défloration est ancienne, et surtout chez les femmes qui ont eu des enfants, un seul caractère permet de certifier que le coït a eu lieu récemment, c'est la présence du sperme. Ce liquide (dont nous avons donné page 208 les caractères) doit être recherché sur les vêtements

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de la femme, sur son corps, dans son vagin et si l'autopsie a lieu dans l'utérus et les trompes.

Examen de l'auteur de l'attentat.

Quand cet examen est possible, le magistrat devra toujours l'ordonner, car il fournit de précieux renseignements.

L'individu sera d'abord examiné au point de vue du lait matériel. On appréciera sa force physique, la forme et les dimensions de sa verge; on recherchera s'il n'est pas atteint d'une cause d'impuissance (V. p. 87).

L'examen peut être fait à un moment assez rapproché d'une copulation incriminée. Les changements produits dans les organes génitaux de l'homme par le coït sont fugaces. Cependant un certain état de turgescence ou des traces de la congestion qui a, accompagné l'érection persistent au moins pendant une demi-heure. Dans le canal de l'urèthre, on peut rencontrer des spermatozoïdes même plusieurs heures après le coït, s'il n'y a pas eu évacuation d'urine, et dans ce cas, on les recherche dans le liquide. Il est bien entendu que ces spermatozoïdes pourraient aussi se rencontrer dans le canal d'individus après une perte séminale.

La constatation de certains signes remarqués parla victime sur le corps de l'inculpé peuvent devenir des** charges accablantes pour celui-ci. 11 en est de même quand il y a transmission de maladies vénériennes. (Y. le chapitre que nous avons consacré à ce sujet p. 145 et suivantes). Il faudra toujours faire comprendre la différence de nature et de gravité qui existe entre une syphilis caractérisée et une maladie non spécifique comme la blennorrhagie. Dans tous les cas,

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l'affection devra présenter le même caractère chez l'accusé et chez la victime, l'époque de son apparition devant coïncider avec le moment du viol ; et le siège, la forme, la période d'évolution doivent permettre de rapprocher les deux maladies. L'expert, dans ces circonstances, devra apporter une grande réserve et faire un diagnostic méthodique et raisonné des accidents présentés par la victime.

D'après M. Toulmouche, après des violences exercées sur des enfants, dans la tentative de les violer, il survient parfois un écoulement qui simule la blennorrhagie, bien que le coupable n'en soit pas atteint. De même que certaines ulcérations, de nature nullement syphilitique, se montrent parfois dans les parties génitales des jeunes filles, par suite de défaut de propreté, de frottements, de leucorrhée, d'herpès de la vulve. Astley Cooper et M. Pénard ont insisté sur l'extrême fréquence des écoulements vulvaires chez les petites filles, surtout au moment delà dentition. Nous rappellerons aussi que les femmes grosses sont sujettes à un écoulement spécial et particulièrement à l'accroissement et au facile développement des végétations.

De fêtai de la volonté chez la victime : du consentement.

L'appréciation du consentement est parfois trèsdifficile et cependant de la plus haute importance pour savoir s'il y a eu ou non violence, lutte ou non entre la victime et l'inculpé.

Disons d'abord, avec la plupart des auteurs, que les efforts d'un seul homme ne suffisent pas pour effectuer un viol, quelle que soit la résistance de la femme à

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moins cependant de circonstances toutes spéciales, telles qu'une trop grande disproportion de forces, une syncope, des coups sur la tête qui déterminent un évanouissement. On peut admettre, au contraire, que les efforts de plusieurs hommes peuvent être suffisants pour accomplir un viol. Nous admettrons donc qu'une femme peut concevoir après un viol, et alors même que l'intromission pénienne n'a pas été complète.

Pour reconnaître que la femme n'a pas consenti, il faut établir si le consentement a été forcé, c'est-à-dire s'il y a eu lutte, ou bien si la volonté de la victime ne pouvait se manifester.

Les violences sont locales ou générales.

Pour les violences locales, il faut tenir compte de l'âge. Nous avons déjà dit plus haut ce qui se passait chez les petites filles de deux à trois ans jusqu'à douze. Le coït est à peu près impossible à cet âge. Cependant Tardieu dit avoir constaté la défloration complète sur une enfant de six ans, et le docteur Colles a publié un cas d'intromission complète chez une petite fille de huit ans. — Chez une jeune fille vierge et pubère, on constatera la déchirure de la membrane hymen avec les caractères que nous avons donnés, et parfois les dilacérations des petites lèvres, de la fourchette, du périnée. Mais ces signes pourraient dépendre aussi de l'introduction consentie du membre viril. Dans les campagnes, d'après Toulmouche, c'est souvent l'introduction brutale des doigts dans les parties génitales qui donne lieu à la défloration et même à des déchirures de la fourchette.

Chez les femmes ou filles déflorées depuis longtemps il peut n'y avoir aucune lésion du côté des organes génitaux.

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Les violences générales sont plus importantes. Aussi chez les femmes dont nous venons de parler en dernier lieu, chez toutes celles qui sont capables de lutte et de résistance on rencontre, dans les cas de viol, des meurtrissures aux seins, aux cuisses, aux fesses, aux poignets, au visage. Il peut même y avoir des blessures plus graves et souvent le viol s'accompagne d'assassinat.

L'absence de la volonté peut dans certains cas être difficilement prouvée. Nous admettrons que si une femme habituée au coït peut être violée pendant un sommeil profond sans se réveiller, il ne saurait en être ainsi pour une vierge. Gomme nous l'avons dit, au chapitre des anesthésiques, un viol peut être accompli pendant le sommeil produit par l'ivresse, par les narcotiques ou par les anesthésiques. ïl en serait de même pendant le sommeil magnétique. On pourrait avoir à tenir compte de l'état cérébral de la victime (délire, coma, nymphomanie, aliénation mentale idiotie).

L'attentat et le viol sont souvent simulés, c'est un procédé de chantage ou une vengeance à satisfaire. L'absence de traces de violence doit déjà inspirer des doutes. Il est vrai que ces violences peuvent avoir été provoquées, mais elles n'ont plus alors le même caractère et d'ailleurs il y a absence de sperme.

De l'état de la volonté chez l'auteur de l'attentat.

Il peut ne pas y avoir eu intention de la part de l'auteur de l'attentat. On recherche l'état des facultés cérébrales et les différentes causes d'excitation de l'instinct sexuel : idiotie, satyriasis, effets des aphrodisiaques.

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Des règles de l'expertise et des questions médico-judiciaires.

Ce serait nous exposer à des redites que de donner, avec la plupart, des auteurs, le nombre assez long de questions posées ordinairement par le magistrat. Elles se rapportent en général aux signes de l'attentat, à son origine, aux maladies qui peuvent en être la conséquence, â l'examen de l'inculpé, des taches, etc. On trouvera la réponse à ces questions dans les paragraphes précédents.

Pour ce qui est de l'expertise en elle-même, il y a certaines précautions à prendre et que M. Pénard a parfaitement signalées.

L'expert notera exactement l'heure et le jour de la visite. Il devra s'abstenir de questions préalables à la victime et se borner à constater seulement le fait matériel pour déduire de cet examen ses conséquences naturelles : ces questions sont toujours inutiles ou dangereuses.

Si d'ailleurs, dès le début de la visite, une femme s'opposait absolument à l'accomplissement du mandat de l'expert, celui-ci se retirerait, non toutefois sans avoir donné connaissance aux intéressés de la partie de la commission rogatoire qui établit son mandat et lui impose un devoir.

La visite corporelle acceptée, elle n'aura lieu qu'en présence d'un tiers, ordinairement la mère ou une parente de la victime. Celle-ci sera placée dans la meilleure position qui facilitera l'examen. L'exploration des parties peut être gênée par l'époque menstruelle et rendue plus difficile, mais avec des précautions on pourra distinguer le caractère de l'exsudation

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sanguine qui se rencontre- sur l'hymen. D'ailleurs plus on retarde le moment de l'examen et plus il est difficile de se rendre compte des traces de violences locales. Chez les enfants, l'examen est encore rendu plus difficile par la crainte, l'agitation, etc.; il faut procéder avec beaucoup de ménagements pour découvrir l'hymen assez profondément situé. Si en toute circonstance judiciaire, ainsi que le dit M. Pénard, il faut peser rigoureusement chaque terme du rapport, c'est surtout à propos des attentats aux mœurs que la netteté, la concision et la sobriété des conclusions sont indispensables.

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