‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 142 sur 208 · I. Des signes et du diagnostic de la grossesse · texte numérisé non relu

I. Des signes et du diagnostic de la grossesse

Les signes de la grossesse ont été classés depuis longtemps déjà en deux ordres : les signes rationnels et les signes sensibles. Cette classification n'est pas logique, car certains signes sensibles (la coloration de l'aréole, le développement de l'utérus) ne sont autres que des signes rationnels.

La classification de Capuron, de Montgomery, adoptée par P„ Dubois, ne vaut guère mieux que celle de Devaux.

En effet ces auteurs admettent des signes de présomption, de probabilité et de certitude. Quelle est la ligne de démarcation qui sépare les signes de présomption des signes de probabilité ? Il n'y en a pas.

Une classification plus simple et véritablement pratique est celle qui n'admet que des signes de probabilité et des signes de certitude. C'est celle qu'a adoptée notre excellent ami M. Pinard. Il nous aurait été certainement assez difficile de traiter convenablement un pareil sujet sans le secours et les savants conseils de ce distingué accoucheur.

Signes probables. — Tous les signes probables, et ils sont nombreux, sont fournis par les modifications plus ou moins profondes de Yoraanisme maternel par

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le fait de l'imprégnation d'abord et consécutivement de la gestation.

Toutes ces modifications ne sont pas appréciables sur la femme vivante ; il en est qui ont pour siège les organes situés profondément et par cela même inaccessibles à tout procédé d'exploration, nous n'en exceptons pas l'hypertrophie du ventricule gauche qui ne se reconnaît bien qu'à l'autopsie.

Les modifications appréciables qui constituent autant de signes probables sont la suppression des règles, les troubles digestifs : nausées, vomissements; le gonflement des seins, l'augmentation de volume de l'utérus ; le ramollissement du col, les modifications de la dépression ombilicale ; le dépôt d'une quantité plus ou moins considérable de pigment autour du mamelon (aréole vraie, mouchetée, tachetée), au niveau de la ligne blanche transformée en ligne brune, au niveau de la face (masque), l'hypertrophie des tubercules de Montgomery ; la présence de liquide (colostrum) dans la glande mammaire, l'apparition de vergetures sur l'abdomen, les seins et les cuisses; la coloration brunâtre, violâtre de la muqueuse vaginale, le souffle maternel, etc.

Ces signes, que nous ne pouvons étudier en détail ici, sont loin d'avoir la même valeur au point de vue de la probabilité. Nous le reconnaissons, mais il n'en est aucun qui puisse entraîner la certitude, car on peut les rencontrer tous chez des femmes dont l'utérus est en état de vacuité.

Réunis chez la même femme et parfaitement constatés, ils pourraient tout au plus donner au médecin une certitude clinique, mais nullement médicolégale, Non, il ne serait permis à personne d'affirmer

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devant un tribunal après avoir reconnu tous ces signes sur une femme, mais ces signes seulement, que cette femme est enceinte.

Signes certains. — Les signes de certitude sont peu nombreux : ils apparaissent à peu près tous à la même époque et sont fournis exclusivement par Yorganisme fœtal.

Ces signes sont : 1° les mouvements passifs, perçus par le palper et le toucher (ballottement abdominal et vaginal) ; 2° les mouvements actifs perçus par la vue, le toucher et l'auscultation (ce signe n'a de valeur qu'autant qu'il est perçu par le médecin lui-même) \ 3° les mouvements du cœur perçus par l'auscultation immédiate ou médiate.

Ces signes ne sont guère perceptibles avant le quatrième mois.

Ainsi que l'a démontré le professeur Pajot, il est impossible à un médecin instruit de confondre le ballottement vaginal et le soulèvement fœtal avec la sensation produite par une flexion utérine ou par un calcul, ou par une tumeur quelconque.

L'utérus gravide à partir de la seconde moitié de la grossesse est la seule tumeur abdominale dans laquelle on puisse percevoir nettement la présence de corps solide mobile dans un liquide.

M. Pajot, qui considère ce signe comme aussi probant que les bruits du cœur, rapporte qu'il a vu souvent P. Dubois se contenter du ballottement vaginal seul pour affirmer sûrement la grossesse. Ce signe perçu seul ne peut donner que la notion de présence du fœtus.

Les mouvements actifs du fœtus sont perçus par la vue quand les membres du fœtus soulèvent en un ou plusieurs points la paroi abdominale. Mais c'est

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le plus souvent en plaçant les deux mains sur le ventre de la femme au niveau de l'utérus qu'on perçoit l'existence de ce signe. Du quatrième au sixième mois, on perçoit de petits chocs, des mouvements saccadés, plus tard les mouvements du fœtus sont plus lents, ce sont plutôt des mouvements de reptation.

Il est rare qu'en déprimant l'utérus légèrement on ne perçoive ces mouvements.

Pour les faire naître, on a conseillé d'appliquer un corps froid sur la paroi abdominale *.

Ce signe, ainsi que la constatation des bruits du cœur, permet d'affirmer la présence et la vie de l'enfant.

Les battements du cœur de l'enfant entendus pour la première fois par Mayor (de Genève) ne sont guère perçus avant le quatrième mois.

On doit les chercher le plus souvent à droite dans la première moitié de la grossesse. Le foyer d'auscultation se trouve le plus souvent à cette époque à sept ou huit centimètres au-dessus de l'éminence iléo-pectinée droite. On a comparé les bruits du cœur au tic tac d'une montre enveloppée d'un linge. On se rappellera que le cycle cardiaque fœtal se compose de deux bruits et de deux silences : le premier bruit, plus fort, un petit silence ; le deuxième bruit, moins fort, et le grand silence. Donc pulsations doubles et n'étant jamais isochrones avec les pulsations maternelles constituent un signe absolument certain. La moyenne des pulsations par minute est de 150 à 150. /

1 II arrive assez souvent qu'en écoutant les bruits du cœur on entend les mouvements du fœtus, ce que M. Pajot appelle le choc fœtal. La sensation éprouvée par l'oreille est analogue à celle que l'on perçoit quand, appliquant une main à plat sur le pavillon de l'oreille, on frappe doucement cette main avec ur doigt.

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