‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 179 sur 208 · DES MONSTRES SIMPLES · texte numérisé non relu

DES MONSTRES SIMPLES

III0 Des hermaphrodismes.

Tous sont viables. — Voir le chapitre consacré à ce sujet, à propos du sexe (p. 83 et suivantes). IV0 Des monstruosités.

Première classe. — Ce sont les monstres simples ou unitaires,

A (Ordre I). — Les autosites sont ceux qui sont capables de vivre et de se nourrir (au moins à l'état fœtal) par le fonctionnement de leurs propres organes *.

Us se divisent en tribus, d'après le siège du vice de conformation.

1° Lésions des membres. Ordinairement la viabilité est possible. 11 y a deux familles : a les ectroméliens (absence de membres). Il y a absence du bras et de Lavant-bras ou de la main, absence de la cuisse et de la jambe ou du pied. Les membres qui manquent le plus souvent sont ceux du thorax. D'autres fois les membres sont remplacés par des moignons (hémimélie, phécomélie). La vie est possible dans cet état, et personne n'ignore qu'un peintre de talent peignait avec le pied . b Les syméliens ou sirènes (fusion des membres). C'est une monstruosité assez fréquente. Il y a plusieurs variétés. Les deux membres, incomplets, sont terminés en moignon ou en pointe sans pied distinct (sirénomélie) ; les deux membres sont soudés et se terminent par un pied (uromélie) ; les deux membres sont plus complets, accolés, il y a deux pieds (symélie). Ils ne sont pas viables et souvent les anomalies portent en même temps sur les organes de l'abdomen

2° Lésions du tronc. Ce sont les célosomiens. Les ano-

1 Cette expression, comme le fait remarquer* M. Dareste, est inexacte pour les mammifères, mais s'applique au contraire trèsbien aux oiseaux.

DU PRODUIT DE LA CONCEPTION

malies consistent en une fente médiane plus ou moins étendue qui porte sur la paroi antérieure du tronc et se limite à la cavité thoracique ou abdominale (éventration, exomphale). Ces monstres sont nombreux. Ils ne sont pas viables. Mais si la division est limitée à la région hypogastrique, accompagnée de fissure de la vessie, c'est alors l'extroversion ou l'exstrophie de la vessie. Cette anomalie plus fréquente chez l'homme que chez la femme, non observée chez les animaux, si elle ne s'accompagne d'autres imperfections est compatible avec la vie. Souvent on constate une déformation des organes génitaux, et il y a toujours incontinence d'urine.

5° Lésion de la tête. La lésion porte sur la face ou sur le crâne.

Dans la cyclocépkalie, il y a fusion médiane ou rapprochement des deux yeux avec atrophie du nez. D'autres fois, le nez l'orme une trompe (rhinocéphale). A côté, se placent les otocéphaliens, à un seul œil médian et avec deux oreilles rapprochées ou réunies. Ils ne sont pas viables.

La face peut être intacte et le crâne lésé. Les anencéphales n'ont trace de cerveau ni de moelle épinière ; les dérencéphales n'ont pas de cerveau et la moelle ne manque que dans la région cervicale ; les pseudencéphales ont, au lieu de cerveau, une masse molle et vasculaire ; les exencéphales sont atteints de hernie du cerveau ou de ses enveloppes. Chez la plupart de ces monstres, il y a en même temps spina-bifida (hydromyélie): tous succombent.

B (Ordre II). — Les omphalosiies ont un corps trèsanormal, irrégulier, mais cependant avec une certaine tendance à la symétrie ; dans l'intérieur de cette masse

DES MOiSSTRES COMPOSES.

organisée se trouvent des viscères (souvent une partie du gros intestin). Tels sont les acéphaliens et les paracéphaliens.

Les anidiens sont des êtres dont le corps est réduit à une bourse cutanée sans viscères ni canal intestinal. On ne peut les reconnaître qu'à leurs troncs vasculaires et au cordon ombilical.

G (Ordre III). Les parasites sont plus imparfaits que les anidiens.

On y range les zoomyliens qui ne présentent aucune trace de cordon ombilical. Ce sont les produits de conception restés imparfaits et sans formes que l'on rencontre dans l'utérus et dans les ovaires.

Deuxième classe. — Les monstres composés sont formés par la réunion de deux ou plusieurs germes. Nous avons déjà donné une statistique de la fréquence du part multiple dans l'espèce humaine (voy. p. 479).

Nous rappelons le danger de mort des naissances multiples. Dans les accouchements doubles, il y a de trois à quatre fois plus de mort-nés que dans les accouchements simples. Dans les accouchements triples, cette proportion est six à huit fois plus considérable. Sur huit accouchements quadruples, nous trouvons douze garçons (six vivants, six mort-nés) et vingt filles (onze vivantes et neuf mort-nées). Dans un seul cas d'accouchement quadruple (un garçon et trois filles) les enfants sont nés vivants. Dans le cas unique d'accouchement quintuple, selon la règle déjà observée, tous les enfants étaient mort-nés. Nous ne connaissons pas d'observation de six ou sept jumeaux.

En résumé, et d'après ce que nous venons de dire, les monstres multiples doivent être rares. Chez l'homme

DU PRODUIT DE LA CONCEPTION

on a signalé quatre cas de monstres triples : trois sont des exemples de monstruosité parasitaire.

D'une manière générale, les relevés que nous avons faits nous ont montré que ce sont les accouchements multiples qui produissent le plus de filles. D'ailleurs, sur un total de deux cent quatre-vingt-quinze cas de monstres doubles réunis par A. Puech, il y a deux cent trois sujets féminins pour quatre-vingt-douze sujets masculins. Les deux sujets ont toujours le même sexe.

Ces monstres n'ont jamais qu'un chorion, un amnios, un placenta, un ou deux cordons ombilicaux. Ils naissent ordinairement vers le huitième mois de la grossesse, et parfois l'accouchement se fait bien.

Beaucoup ne sont pas viables, parce qu'ils n'ont pas deux vies indépendantes. La viabilité dépend surtout du fonctionnement et de l'état du cœur, de l'organe de l'hématose et du cerveau ; à cause du mélange des deux sangs, la mort de l'un s'accompagne de la mort de l'autre. Ceux de ces monstres dont les organes génitaux sont complets sont aptes à la reproduction ; mais, même chez les animaux, on constate qu'il n'y a pas transmission de la monstruosité. Les frères Siamois se sont mariés, et ont eu des enfants bien conformés.

Pour certains de ces monstres, on peut constater une existence cérébrale double ; chaque composant a sa sensibilité, ses désirs, sa volonté. Mais il n'en est pas toujours ainsi, la sensibilité peut être commune, et on comprend combien il serait embarrassant de savoir s'ils ont alors une responsabilité double. « Christine et Millie, a dit très-justement M. Paul Bert, toutes pygopages qu'elles sont, ne sonf point identiques à Hélène

Page 1