‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 180 sur 208 · DES MONSTRES DOUBLES · texte numérisé non relu

DES MONSTRES DOUBLES

et Judith, tant s'en faut ; celles-ci n'avaient point la sensibilité commune. En fait de monstres, il n'y a point de genres, ni d'espèces : il n'y a que des individus. »

Les savants ne se sont pas encore mis d'accord sur la genèse des monstres composés. Les uns admettent que ces monstres doubles proviennent de la fusion de deux embryons primitivement distincts suivant la loi des parties similaires ; d'autres (Lereboullet, Broca) prétendent qu'un ovule unique dans le principe peut, à un moment de son évolution, se dédoubler et produire un monstre composé. 11 y aura dans ces explications à tenir compte des recherches de Balbiani sur la vésicule embryogène. D'après lui, cette vésicule donne à l'œuf sa partie plastique et peut déterminer la formation de l'embryon; si, dans un ovule, plusieurs vésicules sont réunies pour produire plusieurs embryons, leur fusion déterminerait un monstre composé.

Les monstres doubles sont divisés en deux ordres : les autositaires et les parasitaires. Dans les autositaires, nous distinguerons les eusomphaliens, les monomphaliens, les sycéphaliens, les sysomiens.

1° Les eusomphaliens sont des monstres dont les deux corps, ayant chacun un ombilic distinct, sont soudés par une surface plus ou moins grande des régions lombaire ou sacrée. Ce sont les types les plus fréquents des monstres doubles. Ils sont ordinairement viables.

Buffon a décrit l'exemple d'Hélène et Judith, monstre né en Hongrie en 1701. Ces deux sœurs, unies par le sacrum, avaient un anus commun. ; au-dessus du rectum les intestins étaient divisés ; les parties génitales étaient composées

54 i DU PRODUIT DE LA CONCEPTION.

d'une vulve, de deux vagins, de deux utérus; leurs facultés intellectuelles étaient assez développées ; elles moururent à l'âge de 22 ans.

En 1874, on a pu voir à Paris un cas semblable, celui de Millie et Christine. Elles sont âgées de 22 ans et sont nées dans la Caroline du Sud, d'un nègre et d'une mulâtresse. L'accouchement a été rapide et facile. M. Lancereaux en donne la description suivante : « Millie et Christine se trouvent réunies suivant un angle de 90 degrés environ, au niveau des deux dernières vertèbres lombaires , du sacrum et du coccyx, très-vraisemblablement par les lames vertébrales. Elles ont deux bassins distincts munis chacun de deux tuberosités ischiatiques ; mais elles ne possèdent qu'une seule ouverture anale, une seule vulve avec deux hymens et deux clitoris et très-probablement deux vagins et deux utérus. 11 existe deux méats et deux vessies, la miction a lieu en commun, mais cette fonction pourrait être satisfaite séparément par chacune d'elles ; les règles viennent régulièrement tous les mois. Il y a deux intelligences qui sont complètement distinctes : seulement les deux caractères sont très-semblables et les deux sœurs vivent dans la meilleure entente, ce qui n'existait pas chez Hélène et Judith. Il est curieux de noter qu'elles ont parfois le même rêve, mais presque toujours il s'agit d'un cauchemar qui pourrait avoir son point de départ dans le sang ou dans une excitation des nerfs sensibles de la partie inférieure du tronc II existe, en effet, une communauté de la sensibilité aux membres inférieurs ; mais la perception de la sensation n'est pas la même chez chacune d'elles : normale chez l'une, elle est confuse et légère chez l'autre. Ailleurs la sensibilité est distincte. »

Les monomphaliens sont unis par la partie anté*rieure du corps. On a distingué les sternopages (M. Lancereaux en a figuré et décrit un cas dans son anatomie pathologique), les xiphopages, réunis au niveau de Fépigastre. Quelques-uns de ces monstres sont viables. Us ne le sont que lorsqu'il y a deux cœurs séparés. *

Page 1