‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 189 sur 208 · DES CAUSES DE LA MORT · texte numérisé non relu

DES CAUSES DE LA MORT

Il faut établir que l'enfant n'est pas mort-né et prouver qu'il n'a pas succombé à une mort accidentelle, mais bien à un infanticide.

L'enfant peut-il succomber à une mort naturelle avant, pendant ou après l'accouchement? On en a des preuves fournies soit par l'examen de la mère, soit par l'examen de l'enfant. Nous nous en sommes déjà occupé précédemment. Il nous faut voir les différents genres de mort dans l'infanticide. D'après M. Tardieu, qui a eu à examiner, par mission de justice, 555 cas d'infanticide, les genres de mort dans l'infanticide sont par or-

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dre de fréquence : la mort par suffocation (281 cas), par immersion dans les fosses d'aisances (72), les fractures du crâne (70), la strangulation (60), la submersion (31), le défaut de soins (14), par blessures (8), par combustion (8), par liémorrhagie ombilicale (6), par exposition au froid (3), par empoisonnement (2). Il nous semble que cette statistique de M. Tardieu donne bien l'idée des procédés d'infanticide dans une grande ville, mais il ne saurait convenir aux mêmes crimes commis à la campagne.

1° De V infanticide par suffocation.

Nous avons déjà décrit (p. 253 et suivantes) les caractères et les modes de suffocation. Il suffira d'ajouter quelques-unes des questions posées à ce sujet par le magistrat. Dans le cas d'enfouissement, on demande, par exemple, s'il a eu lieu pendant la vie ou après la mort. Quand l'enfouissement a eu lieu pendant la vie, on rencontre des substances étrangères (cendres, son, farine) dans la trachée, l'œsophage et même l'estomac. La suffocation ne saurait provenir du resserrement des cuisses pendant l'accouchement : la femme, comme le fait remarquer Tardieu, a alors une tendance à dilater ses parties génitales et, d'ailleurs, si l'enfant pouvait être ainsi suffoqué, il n'aurait pas respiré.

2° De r infanticide par fracture du crâne.

La fracture se montre avec broiement ou attrition des os, et c'est alors une preuve d'une grande violence. On constate un épanchement de sang coagulé dans le foyer de la fracture, et dans le voisinage des os fracturés de petits caillots sanguins.

Voici quelques questions : la fracture a-t-elle eu lieu pendant la vie ou après la mort ? L'existence des caillots démontre qu'elle a été faite sur un sujet vivant.

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La fracture a-t-elle pu être produite par un accouchement difficile? Dans certains cas de dystocie, alors qu'il y a rétrécissement du bassin, il peut se produire une fracture étoilée du pariétal avec rupture de l'artère méningée moyenne et mort. Mais on a alors des preuves que l'enfant n'a pas respiré.

Nous avons vu (p. 496) si l'accouchement pouvait être assez rapide pour amener la chute et la mort du fœtus. Ajoutons que, dans ce cas, on constaterait facilement que l'enfant n'a pas respiré.

5° De V infanticide par strangulation.

Si l'enfant a respiré et a été étranglé, on trouvera les signes que nous avons indiqués page 257.

Mais il est utile de connaître les moyens ordinaires de défense adoptée par les accusées. La mère prétend que l'enfant a été étranglé par le cordon. Celui-ci peut en effet laisser sur le cou, la poitrine, le ventre une empreinte ressemblant à un sillon. Mais dans ce cas, la face est pâle, les organes sont anémiés, il a succombé à l'arrêt de la circulation et par conséquent les signes cadavériques sont inverses de ceux de la strangulation.

La femme prétend aussi qu'elle l'a étranglé en cher* chant à se délivrer ; mais on sait que quand la tête a franchi la vulve, le reste du corps ne tarde pas à suivre. D'ailleurs, les traces semi-lunaires laissées par les ongles d'une main criminelle auraient leur convexité tournée vers les pieds ; ce serait l'inverse dans le cas où la femme aurait cherché à se délivrer.

4° De V infanticide par immersion dans les fosses d'ai^ sances.

C'est un procédé assez usité dans les villes. Il faut établir si l'enfant y a été jeté vivant ou mort, et comment il a succombé.

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Le cadavre exhale une odeur particulière; dans les premiers jours il est d'un blanc verdàtre, plus tard il devient brunâtre. Il présente souvent des excoriations et des écorchures de la face, des fractures du crâne qui sont le résultat de son passage à travers le détroit de la cuvette ou du tuyau de descente. La tête est en général introduite la première. La putréfaction est très-lente (voy. page 180).

Si l'enfant a été précipité vivant, on constate des matières dans l'estomac. Mais la femme prétend qu'elle a été à la garde-robe, qu'elle a fait des efforts et qu'alors l'enfant est tombé. S'il en était ainsi, le placenta se serait détaché et aurait été entraîné avec l'enfant, ou bien le cordon se rompt à une de ses extrémités ce qu'il est facile de constater. Dans tous les cas, on mesure l'orifice de la cuvette et on voit s'il a pu laisser passer la tête de l'enfant sans produire d'excoriations. En outre on recherche si l'axe vulvo-vaginal coïncide avec l'axe de la cuvette, et si la femme était assise ou montée sur le siège.

5° De l 'infanticide par submersion.

Nous avons donné les caractères de la mort par submersion (page 271). Tardieu résume ainsi les objections que peut faire l'expert aux assertions d'une femme qui prétendrait avoir accouché dans un bain : « La femme n'est pas accouchée dans un bain ainsi qu'elle le prétend si le corps de l'enfant n'a pas été lavé par l'eau et si les poumons ont manifestement respiré. Enfin, en admettant que la femme fût réellement accouchée dans le bain, ce ne serait pas une raison pour que l'enfant fût mort noyé. L'état du cordon ombilical, les traces d'un autre genre de mort violente achèveront d'éclairer la question. »

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6° De l'infanticide par plaies, mutilations, blessures diverses.

Le plus souvent le cadavre est coupé en morceaux pour en faciliter la dispersion. Les morceaux sont jetés dans une rivière, une fosse d'aisances, ils sont enterrés ou livrés à la coction.

D'autres fois ce sont des blessures faites par des instruments vulnérants tels que des aiguilles, des ciseaux, des poinçons. Des piqûres se rencontrent à la tête, au niveau des fontanelles, à la partie supérieure de la moelle épinière, dans l'oreille, aux organes génitaux, à l'anus. Nous avons déjà dit l'importance des coagulations qui viennent démontrer que la blessure a été faite pendant la vie.

Disons enfin que si certaines blessures peuvent être Je fait d'opérations obstétricales, on a alors le témoignage de l'homme de l'art. On n'oubliera pas cependant que des fractures peuvent se rencontrer chez des enfants syphilitiques alors même que l'accouchement a été normal. M. Polaillon vient d'en montrer un exemple intéressant à la Société de médecine légale.

7° De V infanticide par combustion.

La combustion peut être complète ou incomplète. On peut donc trouver sur le cadavre tous les degrés des brûlures. Si on le suppose réduit en cendres, on tamise très-soigneusement les cendres du foyer pour y rechercher des débris d'os qui ont souvent échappé à la calcination. Orfila avait cherché par l'analyse chimique à différencier les cendres végétales des cendres animales. Tardieu et Roussin ont montré qu'il fallait surtout se préoccuper de la proportion de fer retirée des cendres : les cendres végétales et minérales n'en renferment que des traces.

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8° De V infanticide par hémorrhagie ombilicale.

M. Budin a indiqué à quel moment on doit opérer la ligature du cordon et prouvé que pratiquer la ligature et la section du cordon ombilical de suite après la naissance c'est empêcher l'enfant de puiser dans le placenta environ 92 grammes de sang et par conséquent le priver d'une quantité de sang qui équivaudrait chez l'adulte à une saignée de plus de 1700 grammes. La mort par hémorrhagie du cordon est rare, mais cependant elle est admise par tous les accoucheurs. Il y a alors décoloration des tissus, les vaisseaux sont vides, le cadavre exsangue, les lèvres pâles. Tardieu insiste sur la décoloration et l'absence du sang dans le foie.

9° De V infanticide par défaut de soins, exposition au froid, inanition.

L'omission de soins qu'il faut donner à l'enfant qui vient de naître peut entraîner la mort. L'enfant est abandonné volontairement, et alors il succombe au froid ou à la faim. Dans le premier cas, on constate les lésions signalées par Laborde 1 et qu'il est possible de rapprocher de celles que nous avons déjà données : « Le cadavre de l'enfant est en général d'un blanc mat ; au toucher il présente dans les régions atteintes* par la maladie une induration qui permet à peine de pincer le derme. Une coupe pratiquée sur les parties malades laisse écouler une assez grande quantité de sérosité infiltrée dans les mailles du tissu cellulaire. Ce dernier parait hypertrophié et composé de couches superposées et divisées transversalement. Le derme n'est pas épaissi; en le coupant avec le scalpel, il présente une

1 Action du froid sur les nouveau-nés et les enfants à la mamelle. Thèse de Paris, 1866, n° 20.

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dureté assez considérable, on éprouve la même sensation qu'en coupant un tissu fibreux dense. Les capillaires cutanés paraissent complètement exsangues. Les poumons sont presque toujours engoués, quelquefois hépatisés. Ils sont gorgés d'un sang noir et fluide. Le cœur droit renferme de gros caillots. Les grosses veines sont remplies de sang noir, surtout les tissus du crâne. Le cerveau offre un piqueté très-abondant, le péritoine est injecté; le foie n'est pas augmenté de volume, mais il est rouge, hyperémié ainsi que la rate : ils laissent échapper beaucoup de sang lorsqu'on les incise. Les reins sont rouges ; la vessie quelquefois pleine m'a permis de recueillir l'urine, et je n'ai constaté dans aucun cas la présence d'albumine. »

Le nouveau-né peut supporter pendant plusieurs jours la privation d'aliment. Bouchaud, qui a consacré à ce sujet une excellente thèse1, constate qu'un enfant de 3 kilogrammes perdant en moyenne 100 grammes par jour cesse de vivre lorsqu'il ne pèse plus que 2\200, c'est-à-dire vers le huitième ou neuvième jour. Alors Fémaciation est extrême et le cadavre présente les lésions que nous avons décrites chez les inanitiés. Dans ces cas, la justice apprécie si l'enfant doit être encore considéré comme nouveau-né.

40° De V infanticide par empoisonnement.

11 est très-rare. Tardieu n'en cite que deux cas, et il insiste à ce propos sur ce point de thérapeutique que les médecins doivent toujours avoir présent à l'esprit : c'est que le nouveau-né ne peut supporter l'opium à quelque dose que ce soit.

Telles sont les causes de la mort et les preuves de la

Thèse de Paris, 1864, n° U.

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vie de l'enfant nouveau-né, les deux points essentiels, les seuls que l'expert doit s'attacher à mettre en lumière. Que le médecin n'oublie jamais les sages conseils du docteur Guy (cité par M. Penard). « La mission de l'expert est tout autre que celle de l'avocat, du juge et du juré : l'avocat a un clientèle médecin légiste n'en a pas ; le juge est l'interprète et le ministre de la loi, le médecin légiste n'a rien à faire avec la loi ; le juré a mandat de décider de la culpabilité ou de l'innocence, le médecin légiste n'a à produire ni innocent ni coupable. La justice peut puiser dans la cause des motifs de sympathie ou de compassion. C'est un droit qui ne saurait appartenir au médecin légiste. Si les lois existantes sont sévères mal à propos, c'est sur la législation que l'odieux repose et c'est à elle qu'incombe le devoir de les modifier ; mais en aucune circonstance le médecin légiste ne peut et ne doit se laisser aller à un mouvement de passion quelconque sans offenser le droit et le juste. »

Introduction 1

Histoire de la médecine judiciaire 2

Administration de la justice en France 19

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