EXAMEN DE L'ÉTAT MENTAL
Recherches des troubles de l'intelligence, des sentiments affectifs, de l'activité.
a. Troubles de V intelligence. Les facultés intellectuelles sont, comme nous l'avons vu, abolies, affaiblies, excitées ou perverties. Le docteur Sémerie a, dans une thèse remarquable, parfaitement étudié les symptômes intellectuels de la folie. Le dément est un pauvre d'intelligence qui a été riche, l'idiot a toujours été pauvre.
b. Troubles des sentiments. Les sentiments sont toujours atteints en même temps que les facultés intellectuelles, et disparaissent même avant celles-ci, parce que nous leur commandons moins bien. Presque toutes les folies sont marquées par la prédominance des instincts égoïstes ; l'on constate la disparition des sentiments de famille, les pleurs sont faciles, le rire est constant, la parole modifiée. Les instincts peuvent être abolis, diminués ou pervertis. Ainsi instinct de conservation (nosomane, suicide), destructeur (vol, incendie), génésique (satyriasis, pédérastie, tribadisme, vampirisme, bestialité). Il y a des hallucinations des sens (Socrate, Luther, Jeanne d'Arc, Pascal) ; hallucinations viscérales, musculaires.
c. Troubles de V activité. Il y a des troubles musculaires. Ceux-ci sont caractéristiques dans la paralysie générale. Ainsi, au début, hésitation de la parole, mouvement fibrillaire de la langue, inégalité pupillaire, tremblement des membres, troubles viscéraux du côté des organes digestifs ; vers la fin, paralysie partielle, puis complète, accès épilep tiques. Dans l'hystérie, on constate aussi des convulsions et des contractures.
Pour l'examen du fou, il faut beaucoup de discrétion, lui manifester de l'intérêt et de l'affection. Pour l'interroger, il faut prendre pour guides les grands motifs qui déterminent les actions humaines.
On interroge les instincts conservateur ou nutritif, sexuel, maternel, destructeur, constructeur, ceux d'orgueil et de vanité.
Comme l'a montré Morel, l'aliéné n'est jamais privé de l'idée de cause, de substance, il ne confond pas les idées de temps avec celles de distance; il n'abjurera pas les idées de forme, d'étendue ou de mouve-
QUESTIONS GÉNÉRALES
ment et ne les appliquera pas surtout à des choses diamétralement opposées. D'Aguesseau a dit : Si un fou peut commettre parfois un acte de sagesse, un sage ne saurait accomplir un acte de folie.