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III. Caractères scientifiques

D'après ce qui précède, nous sommes arrivés à conclure que pour l'exercice de la responsabilité ou de la capacité il fallait :

1° Une maturité physique de l'individu, c'est-à-dire un séjour assez long dans le milieu social ;

2° Un cerveau suffisamment développé ;

3° Le fonctionnement physiologique de cet organe.

Examinons successivement chacune de ces trois conditions.

A. L'âge a été déjà étudié, et nous nous sommes occupés de la responsabilité. Il faut se rappeler que, jusqu'à la puberté et quelque temps après elle, les impulsions organiques sont très-fortes, la volonté nulle, l'éducation mentale insignifiante, d'où difficulté du discernement; à la puberté, il survient des changements dans le corps, le caractère devient plus ou moins romanesque, l'imagination exaltée.

B. Nous avons à parler des êtres à organisation cérébrale incomplète. Le cerveau s'est arrêté dans son développement, ou bien il a pris une direction pathologique. On a rangé dans cette classe les crétins, les idiots, les imbéciles, les faibles d'esprit, et même les sourds-muets. Zacchias les avait divisés en deux catégories sous le nom de macarones et de fatui.

Si quelques-uns de ces individus ont manifestement une absence plus ou moins grande de la plupart des facultés cérébrales, d'autres, au contraire, présentent un développement remarquable d'une des facultés au détriment de quelques-unes, qui peuvent même ne donner lieu à aucune manifestation. C'est ainsi qu'on en voit posséder la mémoire des chiffres, du calcul, faire de la musique, de la peinture, etc. En médecine judiciaire, nous avons surtout à nous occuper des idiots et des faibles d'esprit, ou mieux des insuffisants cérébraux.

Chez les idiots, l'instinct conservateur ou nutritif prédomine, l'instinct sexuel est moins développé. Il n'y a pas de vie intellectuelle, mais une véritable torpeur physique : il est passif, et rien ne l'incite au mouvement. L'aspect physique est caractéristique, le crâne peut être mal conformé et présenter des restes de maladies des centres. Un peu plus perfectionné, il réagit, si on le contrarie ou s'il se trouve gêné, d'où violents mouvements de colère, qui parfois sont spontanés et périodiques. Il ne peut accomplir un crime en suivant un plan logique ou judicieux. Ils sont souvent accusés d'attentats aux mœurs ou de viol, et d'incendie. Dans ce dernier cas, on peut n'y voir qu'un plaisir enfantin ou une idée d'imitation. L'idiot peut avoir des hallucinations, mais il n'a jamais d'illusions.

Comme les descriptions remplacent bien difficile- / ment la vue elle-même des * types, nous avons pensé qu'il serait intéressant de donner ici quelques figures que nous empruntons aux Fi&- 4- — Idiot de 28 ans. Principles of Forensic medicine des docteurs Guy et Ferrier.

La figure 4 est la tête d'un idiot de 28 ans, front aplati,

QUESTIONS GÉNÉRALES

lèvres épaisses, bouche béante, bave s'écoulant constamment, démarche I \ chancelante; son attitude favorite est de s'adosser à une porte qu'il frappe doucement de la tête, rit souvent bruyamment; sans affection, sans pudeur, non émotionné par la musique, porté à l'onanisme.

La figure 5 représente la tête d'une idiote âgée de 18 ans, front aplati, taille petite, bien conformée, sans expression, d'un rire niais, dit : « bon jour et bonne nuit », comme un perroquet; aime les douceurs, la parure; pas de sens génésique.

La figure 6 est le portrait d'un enfant idiot, de 6 ans, appartenant à la classe d'idiots sans diffor^ mité du crâne ou de là face. H est né idiot, à trois ans a eu la rougeole. Ses sens sont parfaits. Il dit : « mère et pau-

vre enfant»; il aime ses parents.

Chez les esprits faibles, on constate que l'individu a des idées et des notions abstraites ; mais elles n'arrivent jamais au degré convenable.

Leur examen est difficile. Ils sont superstitieux , crédules , égoïstes, et souvent même très- prétentieux. Leur responsabilité est diminuée sans cloute, surtout si l'action coupable est commise lors d'un mouvement passionnel.

Comme l'idiot de la figure 6, l'individu de la figure 7 est bien conformé (tête et membres). Il est âgé de dix-huit ans, a des traits convenables et une expression agréable, bien qu'assez insignifiante» Il sait lire et écrire> aime la musique, y réussit, chante fort bien. Boulanger, puis domestique i il a des attaques d'épilepSie, se dispute facilement; il est menteur et se masturbe.

[Fig. 7. — Esprit faible, épileptique.

Fig. 8. — Imbécile âgé de 30 ans.

QUESTIONS GÉNÉRALES

L'individu de la figure 8 est un imbécile âgé de 30 ans, taille moyenne, très-petite tête, expression niaise; l'œil est cependant animé ; il possède plus d'intelligence que l'on ne

wp) liaisons, commit un

| vol, fut acquitté

Fig. 9. - Intelligence faible, 40 ans. comme irresponsable.

Calme, inoffensif, taciturne, répond convenablement à de certaines questions. Il est sujet à de fréquentes attaques d'excitation, attaques précédées de mouvements brusques dans les pieds. Il parle alors d'une façon incohérente, est inquiet et même méchant pour son voisinage ; il a cherché à se suicider.

Il faut faire entrer dans cette catégorie une classe d'individus chez lesquels il y a de véritables lacunes dans le domaine affectif et moral. Ils ont des idées fausses d'esthétique, de morale, de droit, d'où leur conduite bizarre et irrégulière, leur immoralité et leur dépravation. C'est le moral insanity des Anglais, la folie morale des Allemands [Tkrufft-Ebing), ce qu'on pourrait exactement dénommer le désordre mental par insuffisance cérébrale. Il y a chez eux prédominance des instincts égoïstes, et on peut présumer que ces individus n'ont pas le cerveau parfaitement équilibré dans toutes ses parties. On les distingue des criminels par les caractères suivants : il existe une affection cérébrale congénitale (hérédité, ivrognerie des parents) ou acquise (blesf sures de la tête, — apoplexie, ce sont les frappés, comme

pourrait le croire d'après ses apparences, parle bien sur un sujet banal et rend

*JS$ quelques services; a Ijjf été domestique.

Celui de la figure 9 est un homme de 40 ans, intelligence faible, mais susceptible d'éducation, puisqu'il a été copiste. Entraîné par de mauvaises

disait Hippocrate, — épilepsie, — méningite, — surtout l'atrophie sénile); la périphérie reflète souvent les maladies des centres et en fournit des preuves : pied-bot, bec-delièvre , strabisme, tic, vices des organes génitaux, de l'oreille ; aussi ces individus sont-ils plus disposés aux congestions cérébrales ; d'humeur variable, ils sont très-irritables et ont une très-grande susceptibilité pour les boissons alcooliques ; ajoutons que leur horizon intellectuel est assez limité. Leurs instincts sont pervertis, surtout l'instinct sexuel (les pédérastes d'instinct, par exemple) ; ils sont dipsomanes, cleptomanes, vagabonds ; et tous "ces vices ont une marche progressive qui n'est pas sous la dépendance exclusive des conditions extérieures.

C. Passons maintenant aux maladies du cerveau qui influencent la responsabilité ou la capacité civile, c'est-à-dire à l'étude de Y aliénation mentale.

D'après ce que nous venons de dire, il nous faut rechercher quels sont les symptômes d'une maladie de l'encéphale et les rapports qui existent entre cette maladie et la suspension du libre arbitre.

Nous pouvons affirmer qu'il n'y a pas de type normal d'une santé intellectuelle parfaite, d'où la difficulté d'un terme de comparaison.

Aussi faut-il tenir compte des principes suivants : c'est que ces maladies de l'esprit sont bien des maladies du cerveau.

Dans ces conditions pathologiques, il n'y a pas un changement radical des fonctions cérébrales, mais une modification des conditions dans lesquelles elles se produisent. On ne doit donc pas s'occuper exclusivement du trouble des fonctions, mais des conditions qui provoquent ce trouble. Les idées chez l'aliéné, au lieu d'être provoquées par une circonstance extérieure concordante, proviennent du fonctionnement anormal du cerveau et reposent sur une base subjective.

Aussi les formes de ces maladies importent peu, et les classifications n'ont pas une grande importance. Le médecin doit démontrer que cet état mental est anormal, de nature pathologique, et capable d'annuler le libre arbitre. Le juge appréciera.

Ce qui est certain à notre époque, c'est que les maladies

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mentales sont des maladies du corps de nature organique, et que toutes les fonctions psychiques sont solidaires les unes des autres. Il ne faut donc pas admettre des altérations isolées de la volonté, des monomanies, etc., d'où responsabilité partielle, le libre arbitre n'étant annihilé que par des actes en rapport avec la conception délirante, et fonctionnant bien pour tous les actes qui se trouveraient en dehors de la sphère morbide.

Ce sont ces idées médicales fausses sur les monomanies et les impulsions instinctives qui ont provoqué les défiances des magistrats.

Il en est de même pour les maladies du cœur : un individu est atteint de rétrécissement aor tique ; un autre d'insuffisance mitrale, ou d'insuffisance aortique : ce sont tous des cardiaques. Les désordres de l'organe sont seuls apparents au début ; mais ne savons-nous pas qu'il se passe des changements dans la tension artérielle, des modifications dans la circulation capillaire, des congestions, des stases, tous phénomènes qui se compensent ou s'ajoutent et finissent par conduire à l'asystolie, qui e§t comme la démence des cardiaques ?

Nous dirons donc que les maladies mentales sont des maladies de l'encéphale pouvant déterminer un trouble complet ou partiel dans les trois importantes fonctions psychiques de l'intelligence, du caractère, des sentiments ; d'où folie des pensées, folie des actes, folie des sentiments.

Quelques mots sur les formes les plus ordinaires de ces maladies. Je serai très-bref, n'ayant pas à présenter des considérations de pathologie.

Le docteur Audiffrent, qui a écrit un des livres les plus fortement pensés de notre époque (Des maladies du cerveau et de V innervation, Paris 1874) * divise les principaux symptômes propres à la folie en symptômes généraux et en symptômes spéciaux.

Il est aussi difficile de classer les gens privés de raison que ceux qui jouissent de l'intégrité de leurs facultés. Toutefois, on peut diviser les insensés en deux grandes catégories : chez les uns, les dispositions sont expansives, il y a de l'agitation, tous les actes sont caractérisés par un défaut de prudence : ce sont les maniaques (Pinel). Chez les autres, les

dispositions sont concentrées, il y a de la tristesse; tous les actes sont caractérisés par un excès de prudence : ce sont les lypémaniaques (Esquirol) , les mélancoliques. Le docteur Audiffrent réserve le mot de manie (Mon/ta , fureur, délire) à l'état de folie en général, et emploie les termes d'exosmanie ou endosmanie suivant qu'il y a dispositions expansives ou concentrées. Ces expressions rappellent le défaut ou l'excès de prudence de chacun de ces états, ou bien l'excitation accompagnée de gaieté et la dépression avec tristesse qui se montrent dans ces deux conditions de l'organisme.

Ces deux états, qui sont la conséquence d'une augmentation ou d'une diminution de l'intensité des phénomènes normaux, peuvent alterner; ils sont aigus ou chroniques, généraux ou partiels, et dans ce dernier cas, il y a alors monomanie.

Dans le cours de l'exosmanie, après une agitation plus ou moins longue, parfois le malade tombe dans l'abattement et devient prostré, insensible à tout : c'est la stupeur. Puis il y a de nouveau de l'excitation.

Dans le cours de l'endosmanie, la concentration peut s'exagérer, et il y a parfois une dépression extrême qui va jusqu'à la stupidité.

L'une et l'autre forme peuvent conduire à la démence.

Les symptômes spéciaux peuvent être distingués en moraux, intellectuels, de l'activité. Les folies par excès d'attachement, de vénération ou de bonté, sont rares ; cependant le type de don Quichotte en est un exemple. Comme nous l'avons dit, dans la folie il y a excès de subjectivité, et les fous sont des égoïstes par excès de vanité, d'orgueil, ou d'un des instincts constructeur, destructeur, maternel, sexuel, conservateur. Les deux instincts personnels, la vanité et l'orgueil, qui se montrent avec le plus d'excès, sont aussi ceux qui donnent le plus souvent lieu à la manifestation de la folie. A ces formes viennent s'ajouter les manifestations des autres instincts : conservateur (sentiment de la peur, dispositions à l'avarice, au vol, collectionnisme, gloutonnerie) ; sexuel (érotomanie, satyriasis, nymphomanie) ; maternel (hystérie, folies puerpérales;; destructeur (homicide, folie suicide, manie incendiaire, accès de fureur et de rage surtout chez les épileptiques) !

136 QUESTIONS GÉNÉRALES

Les symptômes intellectuels sont statiques (hallucinations, illusions, incohérence) ou dynamiques. Pour ces derniers, il y a « prépondérance continue de l'observation concrète sur l'observation abstraite, de l'imagination sur l'observation, révélée par les formes du discours. » (Sémerie).

Les symptômes de l'activité montrent pour les mouvements l'exagération des phénomènes normaux. A l'état physiologique, les mouvements sont excités (dans le courage, par exemple), retenus (prudence), maintenus (persévérance). Chez les fous, quand les mouvements sont excilés,il y a agitation et même accès épileptiques ; ordinairement, chez les maniaques, quand les mouvements sont retenus, il y a immobilité, résistance à tout changement de situation; ordinairement, chez les lypémaniaques, si les mouvements sont maintenus, la concentration est extrême, et il peut même y avoir accès de catalepsie. Ce sont encore là des phénomènes propres à l'endosmanie.

IV. Conséquences médico-judiciaires et règles de l'expertise.

Dans de pareilles questions, il peut être nécessaire de procéder à quatre examens différents : 1° Examen de l'état mental ; 2° De l'état physique ; 3° De l'autopsie, s'il y a lieu ; 4° Des antécédents.

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