TACHES DE SPERME
Ce que nous avons dit plus haut pour l'examen des taches de sang trouve ici son application. Nous ajouterons que pour
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l'examen des taches de sperme il faut prendre encore plus de précautions et éviter de froisser ou de déchirer le linge ou les objets sur lesquels elles se trouvent.
a. Caractères physiques et chimiques. — Le linge est empesé, surtout du côté où il a été mouillé, alors même que l'on a essayé un lavage superficiel ; les taches ont une forme irrégulière, découpée comme les contours d'un continent sur une carte géographique ; elles sont d'un gris sale ou
Fig. 19. — Sperme de l'homme.
jaunâtre, coloration qui se manifeste facilement si on les chauffe sur de la vapeur d.'eau, expérience qui permet de constater en même temps l'odeur spermatique. Notons que sur la peau humaine le sperme donne des taches qui ressemblent à du collodion désseché.
Le sperme est un composé des produits de sécrétion de plusieurs glandes situées sur le trajet des voies génitales. On y trouve, provenant du testicule, les spermatozoïdes d'une longueur de 5 centièmes de millimètre. Les spermatozoïdes,
doués d'une vitesse évaluée à 4 millimètres par minute, peuvent longtemps conserver ce mouvement dans les organes génitaux de la femme et même dans le rectum, chez les pédérastes passifs. Cette constatation permet d'établir d'importantes inductions sur l'époque du coït ou des relations contre nature.
Le canal déférent, l'épididyme, fournissent des produits de desquammation épithéliale. Les vésicules séminales donnent en très-grande abondance des cellules épithéliales cylindriques, des globules blancs, des globules rouges (surtout quand il n'y a pas eu coït depuis longtemps, — très-abondants dans le sperme des vieillards), des concrétions calcaires (phosphate et carbonate de chaux) et azotées. Celles-ci sont constituées par de petits grains, formés d'une masse uniforme, gélatineux et granuleux, se brisant en éclats par la pression, et que Robin a appelés sympexions. Ce sont ces derniers éléments qui rendent le sperme grisâtre. Ajoutons enfin le liquide prostatique et celui des glandes de Cooper et de Littre, qui est muqueux et filant. Peu de temps après son émission,' il se forme dans le sperme des cristaux caractéristiques de magnésie. 1
b. Examen microscopique. — On découpe le linge en lanières ou bandelettes que l'on mouille par capillarité, en les faisant tremper dans un verre de montre rempli d'eau avec sulfate de soude ou glycérine. On ne laisse en contact avec le liquide que la portion non tachée du linge. Quand la tache est imbibée, on la racle avec un scalpel et on porte la matière sur le porte-objet du microscope.
La figure 19 montre en a, a des spermatozoïdes normaux ; en a', des spermatozoïdes à petites têtes, que l'on trouve chez certains sujets ; en b, une cellule épithéliale pavimenteuse ; en c, un leucocyte ; en d, des cristaux de phosphate fie magnésie. — Pour mieux voir les spermatozoïdes, on peut ajouter une goutte d'acide acétique ou les colorer a^vec de la teinture d'iode iodurée (Roussin).
Taches de lait. — Le linge taché par le lait prend aussi un aspect jaunâtre, il est raide et empesé. L'examen de ces taches se fait de la même manière que celui des taches de sperme. L'examen microscopique (fig. 20) permet de recon-
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naître de petits globules qui sont des globules de lait, et des globules plus gros, granuleux, qui sont des corpuscules de colostrum.
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Fig. 20. — Lait d'une femme qui vient d'accoucher.
Nous empruntons à MM. Robin et Tardieu la description et l'examen de certaines taches.
Taches de mucus nasal. — D'un jaune foncé, décolorées par l'eau ; le liquide évaporé ne donne pas de flocons, mais précipite par l'acide azotique. On y trouve du mucus et quelques cellules d'épithélium prismatiques.
Taches de salive. — Les unes sont jaunes, d'odeur spermatique ; macérées dans l'eau, le liquide précipite par l'acide azotique. D'autres sont blanches, sans odeur, et rendent simplement l'eau visqueuse. Au microscope, des cristallisations, des lamelles épithéliales provenant de l'enduit buccal et des geobules de mucus.
Taches de mécoiiium et de matières fécales. — Sur la toile
blanche, les taches de méconium sont d'un vert brunâtre, empesant fortement le linge. Elles se gonflent rapidement clans l'eau. Au microscope, on y constate des cellules d'épithélium prismatiques de l'intestin, des granules de couleur jaune ver dâtre ou jaune orangé foncé, et des cristaux lamelleux, minces, rhomboïdes de cholestérine (fîg. 21), qui existent deux à trois fois sur cinq dans le méconium normal. Les taches produites par les fèces sont d'un aspect et d'une coloration très -variable. Leur forme varie selon qu'elles ont été produites par simple écoulement ou par frottement. Au point de vue chimique, il faut y rechercher la cholestéine et la matière colorante de la bile.
Au microscope on y trouve des globules de mucus, des cellules épithéliales, des granulations biliaires, des cristaux de cholestérine et des débris alimentaires.
Il est fort difficile de distinguer les excréments d'un animal d'une espèce déterminée. On peut cependant, dans certains cas, trancher la question par la présence d'éléments anatomiques végétaux ou animaux qui n'auraient pas été attaqués par les sucs intestinaux.
Taches de substance cérébrale desséchée. — La substance adhérente à un instrument quelconque ou à du linge est grise, feuilletée, d'apparence cornée, d'un aspect humide et graisseux, hygrométrique. D'après Orfila, lorsque ces taches sont humectées et mises en contact avec de l'acide sulfurique concentré, la matière est tout de suite dissoute, et le liquide prend une couleur violette qui persiste sans que le mélange se charbonne. L'examen microscopique permet, avec un grossissement de 600 diamètres, d'y reconnaître les cellules et les tubes nerveux.
Taches formées par V enduit sébacé et V épiderme fœtal. — Cet enduit sébacé tache le linge sur lequel l'enfant a été dé-
Fig. 21. — Cristaux de cholestérine.
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posé : drap délit, toile de paillasse ou de matelas. Ces taches sont grises, sèches, écailleuses comme des taches faites par le poisson. Au microscope, on constate des cellules épithéliales pavimenteuses : les cellules les plus profondes sont plus petites et pourvues d'un noyau ; quelques poils du duvet fœtal, poils pâles, incolores, sans matière colorante dans leur épaisseur, ni canal médullaire, à racine petite et effilée.
Dans les différents examens microscopiques que nous venons d'indiquer, outre les éléments caractéristiques, il s'y joint toujours des débris de l'étoffe sur laquelle se trouvait la tache et que le raclage a entraînés. Nous croyons utile, pour éviter toute erreur dans ces recherches, de donner l'examen microscopique à la page 213 (gross.400 diam.)des produits qui peuvent être le plus souvent rencontrés tels que des fibres de chanvre (fig. 22), de lin (fig. 23), de coton (fig. 24), des brins de soie (fig. 25), de la laine de mouton (fig. 26), un cheveu noir et un poil blanc (fig. 27). Nous terminons par les considérations suivantes, empruntées à M. Tourdes (art. Blessures), et qui trouvent ici leur place : « Il faut distinguer les cheveux des poils d'animaux, les cheveux d'hommes de ceux de femmes et d'enfants, et déterminer l'identité des cheveux qui font l'objet de l'expertise avec la chevelure de l'assassin ou de la victime. La distinction des cheveux et des poils est établie sur les caractères suivants : 1° la forme cylindrique dans les cheveux, coniques dans les poils ; les poils de cochon se rapprochent de la forme cylindrique, mais sont plus raides et rameux au sommet; les crins sont cylindriques, mais plus volumineux; 2° les dimensions : cheveux plus longs que les poils, en général, poils plus gros ; 0mm,66 de diamètre pour les premiers ; 0,02 à 0,08 pour les seconds ; 3° section à la pointe abrupte sur les cheveux coupés, effilés, sur les animaux non tondus ; 4° la transparence centrale : canal continu pour les cheveux, opacité pour les poils ; ceux de chèvre et de blaireau ont des transparences partielles ; le chien et le loup ont aussi des poils transparents au centre. La distinction des cheveux d'homme, de femme ou d'enfant est basée sur leur longueur et leur diamètre, qui est notablement plus faible
Fig. 26. — Laine de mouton.
Fig. 27. — Cheveux.
A, noirs; B, blanc.
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dans le premier âge. Des observations comparatives seront toujours faites et serviront à établir l'identité du cheveu. »
Taches de boue, poussière, poudre, etc. — Les taches de boue, de poussière, de plâtre, etc., peuvent, dans certains cas, servir à constater l'identité des individus en démontrant leur passage dans telle localité qui a laissé sur leurs vêtements des traces de la nature du sol.
M. Boutigny (d'Évreux) a parfaitement étudié les taches que la déflagration de poudre produit avec les armes à feu. Nous en reparlerons à propos des blessures. Pour savoir si des mains sont noircies par la poudre» on lave avec un peu d'eau les parties noires, on évapore cette eau et on la met dans un tube avec une lame de cuivre bien décapée, on chauffe, et il se dégage du gaz azoteux qui démontre la présence de la poudre.
Nous avons indiqué (p. 109) les procédés à employer pour reconnaître la coloration factice des cheveux. Il sera tout aussi facile de démontrer certains changements de coloration déterminés à la surface de la peau par des préparations mercurielles ou saturnines.
Des empreintes sur le sol : traces de pas d'homme ou d'animal. — Le pied ou la chaussure s'impriment plus ou moins bien sur le sol d'après la nature de celui-ci, son état de dureté ou d'humidité. C'est ainsi que l'on peut constater la conformation de la surface plantaire et la disposition des orteils, l'état de la semelle et même la disposition des clous. Pour conserver ces empreintes faites sur un terrain meuble, M. Hugolin a conseillé de les solidifier. On les chauffe d'abord en passant au-dessus une tôle chauffée au rouge, puis on verse de la poudre stéarique. Si ce sont des empreintes laissées sur la neige, on verse de la gélatine pure rendue liquide par une température convenable.
Il peut arriver que des empreintes de pieds ensanglantés soient marquées sur le parquet ou surjm tapis ; c'est par un procédé semblable que nous avons obtenu celles qui sont représentées dans la figure 28.
Ces deux exemples montrent combien la conformation du pied et surtout de sa voûte, peuvent donner des impressions différentes. Les lignes que nous avons tirées, d'après le
Dr Causse (d'Albi), servent à établir l'identité de celles-ci et permettent de les comparer à celles qu'il serait facile de produire en faisant marcher l'individu suspecté dans les mêmes conditions. Si l'empreinte était nettement marquée, sur un tapis, par exemple, nous pensons qu'il serait facile d'en retracer très-exactement tous les contours à l'aide de l'instrument appelé pantographe.
Fig. 28. — Empreintes de pas.
Ajoutons, avec Briand et Chaudé, que l'on peut, en étudiant les empreintes de pas sur la neige ou la terre humide, préciser si ces traces de pas sont accompagnées des traces de la roue d'une brouette, d'une voiture ; reconnaître si l'individu s'appuyait sur un bâton porté dans la main droite ou dans la gauche. De même on peut examiner l'empreinte laissée par les fers d'un cheval, d'un âne> d'un bœuf. Et même, en tenant compte des travaux de Marey et Carlet, que nous avons analysés longuement ailleurs1, se faire une idée de l'allure de l'homme ou de l'animaL
1 Voir notre Prévis d'hygiène, page 194.
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11 en serait de même pour conserver des empreintes de mains ensanglantées sur des meubles ou des vêtements. Des traces de sang, non étalé, sur certaines parties des vêtements que la main de la victime n'a pu atteindre, sont un signe d'homicide. Par exemple, d'après Wald, l'empreinte sanglante d'une main gauche sur le bras gauche de la victime.