‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 60 sur 208 · TACHES DE SANG · texte numérisé non relu

TACHES DE SANG

a. Caractères physiques. — En général, elles sont rouges, mais leur coloration peut varier avec l'épaisseur de la tache et la nature de l'objet ou du tissu sur lesquels elle s'est desséchée. L'éclairage par une lumière artificielle permet parfois de mieux les apprécier. Elles peuvent ressembler à celles qui sont produites par certains sucs végétaux : pissenlit, laiteron, laitue vireuse ; par des liquides albumineux colorés avec de la garance, de la cochenille, etc., par de la rouille. — Elles empèsent le tissu ; elles ont une odeur semblable à celle de la sueur ; leur saveur est salée.

b. Caractères chimiques. — Elles ne disparaissent pas si on les traite par de l'acide hypochloreux, qui décolore aussitôt les taches de sucs végétaux. L'acide chlorhydrique, qui dissout les taches de rouille en produisant du perchlorure de fer, est sans action sur elles. — Si l'on fait macérer cette tache dans l'eau, on observe qu'une partie se délaye dans ce liquide sous forme de filaments rougeâtres. Si l'on chauffe ce liquide, il se trouble et se décolore parce que l'albumine se coagule. Que l'on verse alors de la potasse, qui dissout l'albumine et l'hémoglobine, le liquide redevient limpide et d'un rouge verdâtre. La partie qui est restée sur le linge est de la fibrine, ainsi qu'il est facile de le constater au microscope. D'ailleurs, cette fibrine se dissout dans la potasse et on la précipite par l'acide chlorhydrique.

c. Caractères micrographiques. — Le microscope fournit de précieux renseignements ; il permet de reconnaître, dans

QUESTIONS GÉNÉRALES

la tache, la présence de la fibrine, des globules rouges, des globules blancs, et même, dans certaines limites, le sang de divers animaux. Nous allons emprunter à l'excellent ouvrage de nos amis Duval et Lereboullet (Manuel du microscope, 2e édit.) l'étude qu'ils ont faite des taches, et les figures qui permettent d'abréger les descriptions. Nous y joindrons les procédés qui se trouvent dans V Instruction pour servir à déterminer les éléments constituants du sang dans les taches; cette instruction a été rédigée par une commission composée de MM. Mialhe, Mayet, Lef'ort et Corail1.

Les globules rouges sont absolument caractéristiques ; examinés intacts dans du sang frais, on peut dire s'il s'agit du sang d'homme ou d'animal. Leur matière colorante, Y hémoglobine, donne par l'analyse spectrale des raies caractéristiques et qui varient suivant qu'elle est oxygénée ou réduite. Un dérivé de l'hémoglobine, Yhématine, a une couleur spéciale qu'il est possible de déterminer au spectroscope, et elle donne avec l'acide chlorhydrique, des cristaux de chlorhydrate d'hématine, cristaux colorés faciles à obtenir avec une petite quantité de matière colorante du sang et qui sont absolument caractéristiques.

Les globules rouges sont très-délicats. Ils sont altérés par l'eau, les acides, les bases, etc. Il faut donc éviter de mettre un réactif en contact avec les taches à analyser. Mais certains liquides conservent ces globules. On se servira de ceux-ci pour imbiber les taches par capillarité.

Les meilleurs de ces liquides sont ceux qui se rapprochent le plus de la composition du sérum (matière albumineuse dissoute et chlorure de sodium). L'urine conserve les globules, mais modifie leurs formes. On peut employer le sérum iodé de Schlutz ou un sérum artificiel (270 grammes d'eau distillée, 30 grammes de blanc d'œuf, 40 centigrammes de sel marin). Ces liquides albumineux s'altèrent facilement. On peut employer aussi un liquide composé de 1/2 de chlorure de sodium pour 100 grammes d'eau distillée, ou de 5 à 6 pour 100 de sulfate de soude.

Dans les cas difficiles, l'expert doit diviser en quatre parts

4 Bulletin de la Société de médecine légale^ 1873-1875, p. 53.

les spécimens dont il dispose et qu'il réservera, la première à l'analyse histqlogique, la seconde à l'analyse spectrale, la troisième à la recherche des cristaux de chlorhydrate d'hématine, la quatrième au procédé chimique de Taylor.

La figure 12 montre les globules rouges du sang : en aa, ils sont vus de face; en b, de profil; en c, empilés comme des pièces de monnaie; en e, décolorés par l'eau; en f, ratatinés par suite de l'évaporation. Ces disques ont une largeur de ^ de millimètre.

Les globules blancs (fig. 15) ont un diamètre qui est d'un

tiers plus considérable que celui des globules rouges. Leur aspect est granuleux. En a, b, c, on voit des globulins et de petits globules blancs ; en d, de gros globules possédant plusieurs • noyaux ; en e, les mêmes qui ont été traités par l'acide acétique.

Les globules rouges sont les corpuscules caractéristiques du sang. « Les globules du sang du fœtus se distinguent de ceux de l'adulte par l'existence d'un noyau, et ce n'est que vers le quatrième (Robin) ou le cinquième (Kœlliker) mois de la vie embryonnaire qu'ils perdent cet élément : la présence de ce noyau après la naissance constitue un état le plus souvent pathologique. En même temps, les globules du fœtus sont un peu plus volumineux que ceux de l'adulte; ils s'altèrent plus facilement après l'extravasion, et présentent alors parfois des espèces de prolongements sarcodiques (Robin).

« Les globules sanguins des mammifères adultes ressem-

Fig. 12. — Globules rouges du sang.

Fig. 13. — Globules blancs du sang.

QUESTIONS GÉNÉRALES

blent à ceux de l'homme comme forme, mais en diffèrent comme dimensions; les plus petits sont ceux du cochon d'Inde ; ceux de l'homme (fig. 14) étant représentés par 7 (comme diamètre) , nous trouvons 2 pour ceux du cochon d'Inde, 4 pour la chèvre, 5 pour le mouton, 5 pour le cheval, 6 pour le lapin, 7 pour le chien, 9 pour l'éléphant; seuls parmi les mammifères , les caméliens (chameau et lama) possèdent des globules elliptiques, mais toujours

Fig. 14. — Globules sanguins de l'homme.

sans noyaux. Ceux des oiseaux (fig. 15) sont elliptiques, en général deux fois plus gros que ceux de l'homme (représentés par 15), biconvexes et avec un noyau généralement peu visible.

« Ceux des reptiles et des amphibies (fig. 16) sont encore plus elliptiques, plus volumineux (représentés par 20 chez la grenouille), plus bombés et avec un noyau granuleux trèsvisible. Enfin, ceux des poissons (fig. 17) présentent généralement les mêmes caractères, sauf quelques exceptions peu importantes à notre point de vue (cyclostomes) et peuvent atteindre des dimensions surprenantes. »

Le microscope permettra donc de reconnaître l'origine

d'un sang examiné ; il permettra surtout de différencier le sang de l'homme du sang d'un animal domestique, dont les globules sont d'ordinaire plus petits. On comprend de suite combien ces données peuvent être importantes dans les expertises médico-judiciairès *.

D'ailleurs, si les conditions de l'examen le permettaient,

Fig. 15. — Globules sanguins des oiseaux.

on pourrait [faire la numération des globules à l'aide de l'appareil du Dr Hayem ou de celui du D* Malassez, et même employer le colorimètre de ce dernier médecin ; cet instru-

1 Les globules rouges de l'homme mesurent 0mm,0075 ; ceux des mammifères domestiques sont plus petits. Ils mesurent, chez le chien 0mn\0073 ; chez le lapin 0m*,0069 : chez le chat 0m,n,0065; Chez le cochon 0mn,,006; chez le cheval et le bœuf 0mm,00o6; chez le mouton 0mm,005 ; chez la chèvre 0rara,0(M6 ; chez les oiseaux 0mm,012 à 0mm,004; chez la grenouille 0mm,021. .

Outre les difficultés de son procédé, Malinin (inReV. d'Hayem} 1876) avoue lui-même qu'il est impossible de déterminer si on a affaire à du sang de chien, de cochon, ou d'homme. Disons d'ailleurs que Richardson avait proposé le même procédé (1874) et que Woodward a montré que chez le cochon d'Inde, le lapin* et surtout chez le chien, les globules rouges ont la même dimension (jue chez l'homme.

201 QUESTIONS GÉNÉRALES

ment permet d'apprécier la quantité d'hémoglobine contenue dans un millimètre cube de sang (Société de biologie, octobre 1.876).

Fig. 16. — Globules sanguins des reptiles et des amphibies.

Fig. 17. — Globules sanguins des poissons.

M. Tourdes, dans l'article Blessures du Dictionnaire ency- L> ? édigue, affirme que des taches presque imperceptibles

de sang ont été démontrées avec certitude par la production des cristaux d'hémine (Y Instruction les appelle avec raison cristaux de chlorhydrate d'hêmatine ; l'hématine est un produit de dédoublement de l'hémoglobine). Voici le procédé d'Erdmann: « Toutes les opérations se passent sur le porteobjet du microscope ; on y place une petite parcelle de la tache à examiner; on y ajoute un fragment presque imperceptible de chlorure de sodium ; avec une baguette, on dépose sur la plaque une gouttelette d'acide acétique monohydraté, de telle sorte que, par l'effet de la capillarité, elle se mette en contact avec le sang. On chauffe avec une petite lampe à alcool jusqu'à ce que le sang soit dissous ; en tenant la plaque de verre à une plus grande distance de la flamme, on finit par sécher la tache ; on examine, à diverses reprises, au microscope, et [bientôt on voit apparaître les cristaux d'hémine. Les cristaux s'obtiennent mieux quand la petite plaque de verre qui recouvre l'objet n'est pas trop fortement

appliquée Les cristaux sont d'un jaune-clair et d'un brun

rougeâtre, ils ont une forme identique de losanges réguliers, de lames rhomboïdales divisées en deux, à lignes trèsnettes ; ils varient de grosseur Si l'on a obtenu des cristaux d'hémine, on est sûr que les taches sont formées par du sang, et ce procédé fait découvrir les traces les plus petites et les plus anciennes ; les cristaux d'hémine ont été retirés de quelques gouttes de sang provenant du meurtrier de Kotzebue, et qui étaient desséchées sur du papier depuis 4820 l. » Mais si l'on ne prend pas toutes les précautions indiquées, si l'acide acétique est impur, etc., la réaction peut ne pas se produire. On peut alors avoir recours à la preuve négative à l'aide de la réaction de Van Deen; tous les doutes sont ainsi dissipés.

« La plus petite quantité de sang, aussi ancienne qu'elle puisse être et mêlée à toute autre matière, bleuit par la teinture de gayac, jointe à un corps ozonisé. On introduit dans un tube de verre un demi-centimètre cube d'essence

1 Pour la recherche et la mensuration des hématies, pour la constatation des cristaux de chlorhydrate d'hématine on emploie un grossissement de 300 à 400 (Objectif n° 5 de Nacbet, n°8 de Hartnach, n° 7 de Verick).

LACASSAGXE. 12

206 QUESTIONS GÉNÉRALES

de térébenthine ozonisée et la même proportion de teinture de gayac ; on ajoute un peu de sang à ce mélange, et en le secouant, on voit paraître une couleur bleue claire, et la teinture de gayac, en se déposant, devient d'un bleu foncé. Des étoffes lavées et sur lesquelles on ne voyait plus de traces de sang ont encore présenté ce changement de couleur. Quand la couleur bleue ne paraît pas, on peut en conclure que la tache examinée n'est pas formée par du sang ; si la réaction se montre, il est très-probable que c'est du sang, quand l'étoffe elle-même ne bleuit pas aux points non tachés, et quand la tache ne provient pas d'un sel de fer* »

Mais si les taches ne sont pas visibles, ou si le drap a été lavé, voici le procédé de Taylor (d'après Y Instruction). La portion suspecte du tissu est mouillée avec de l'eau distillée. Deux ou trois feuilles de papier buvard blanc préalablement essuyées par le gaïac, sont vigoureusement posées sur la tache mouillée; si la tache est produite par la matière colorante du sang, une tache rouge ou jaune rougeâtre, ou (si c'est du vieux) une tache brune s'imprime sur le papier. Le chimiste peut alors, avant d'ajouter du gaïac, être en état de se former une opinion et d'apprécier si la tache est telle que pourrait la produire du sang> S'il obtient une couleur rouge, il peut traiter par l'ammoniaque un morceau de papier taché pour voir si cet alcali change la couleur en teinte cramoisie ou verte. Sur un autre morceau de papier, on laissera tomber une ou deux gouttes de gaïac» Qu'il se manifeste tout à coup un changement en couleur bleue, alors une recherche [par les procédés physico-chimiques précédents est absolument nécessaire pour déterminer si le principe colorant est dû au sang et à toute autre cause.

Si la tache sur le papier ne subit pas de changement par l'addition du gaïac seul, on y verse quelques gouttes d'éther ozonisé ; dans le cas de la présence du sang, le morceau de papier taché acquiert une couleur bleue variant d'un bleuciel pâle à la teinte de l'indigo foncé, en rapport avec la quantité de matière colorante qui s'y trouve, sauf cependant le cas de la présence du mucus nasal et de la salive qui se comportent de la même manière que le sang.

Au contraire, l'absence de toute coloration par l'emploi

successif de la teinture de gaïac et de l'éther ozonisé est un indice certain que la tache suspecte n'est pas produite par du sang.

On peut encore reconnaître de plus petites quantités de sang avec le spectroscope et le microspectroscope (Ritter, Balley, Yalentin, Benoît) ; mais l'emploi de ces instruments

Fig. 18. — ' Épithélium vaginal.

rend ce procédé peu usuel. L'ouvrage deDuvaletLereboullet donne un excellent résumé des derniers travaux publiés sur ce sujet.

Rappelons que le sang artériel jaillit à une grande distance, que ses caillots sont plus épais et plus rouges.

Quant au sang menstruel, il renferme très-peu de concrétions fibrineuses. On y remarque des débris d'épithélium utérin et vaginal. La figure 18 montre, d'après Tyler-Smith, l'épithélium vaginal à tous les degrés de développement dans la leucorrhée épithéliale ou vaginale. — Si le sang ne provient pas des règles, il est assez difficile de dire si c'est du sang d'homme ou du sang de femme. Notons cependant qu'on a prétendu que le sang de la femme avait une odeur un peu moins forte ou un peu moins aigrelette.

Page 1