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C. DES BLESSURES PAR ARMES A FEU

Il faut examiner les effets de la poudre et des projectiles.

La poudre est de plusieurs espèces (de chasse, de guerre, de mine). Avec les anciens fusils, une partie des grains n'étant pas complètement brûlée, pouvait être projetée et déterminer des incrustations comme tatouage. En outre, comme il y a un fort dégagement de calorique (on a évalué la température de 619 à 1200°), il peut se produire des brûlures graves et les objets voisins peuvent s'enflammer. On peut avoir à tenir compte de l'explosion de la poudre, de la lumière produite, de la fumée, de la différence des projectiles.

Les effets des projectiles sont aussi variables.

Pour la bourre : à une petite distance, elle pénètre dans les tissus. On peut la trouver dans les vêtements, et, dans certains cas, elle est devenue un signe d'identité. A une plus grande distance, elle agit comme corps comburant. C'est ainsi que la bourre du fusil Chassepot est lancée à 2, 3 et 4 mètres.

Les balles sont rondes ou coniques. Il y en a d'explosibles. La plaie est le plus souvent formée d'un orifice d'entrée et de sortie; toutefois celui-ci peut ne pas exister. Les orifices et le trajet montrent du sang coagulé et des tissus meurtris. Ainsi l'ouverture d'entrée est plus large, béante, déchiquetée, avec bords noirâtres si le coup est tiré de près (de 16 centimètres à 1 mètre) ; elle est plus petite dans îe cas opposé. La balle traverse les tissus qu'elle contond comme un coin ou un emporte-pièce. Le trajet peut être plus étroit à l'entrée, plus large à la sortie; la direction varie avec la position du corps et les obstacles rencontrés par le projectile.

Les plombs (distingués en seize catégories : douze au-dessus de zéro, quatre au-dessous) font à la peau une incision comme une piqûre avec ecchymose. Dans la charge du fusil de chasse, il y a 30 grammes de plomb. Lorsque le coup est tiré de très-près (non au delà de 0,55), il fait balle; au delà, chaque grain suit une marche isolée. De 11 à 15 pas, une charge de plomb n° 8 (en moyenne 303 grains de 2mm,20 de diamètre), tirée sur le dos, se dissémine dans toute l'étendue de cette région.

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Les projectiles tels que bombes, obus, grenades, sont remplis d'un fulminate (de mercure ou autre), et lorsque la chaleur s'élève assez (mouvement transformé en chaleur), ils éclatent en morceaux qui se répandent de tous côtés. Les plaies ont des directions variables, de forme irrégulière, sont peu saignantes, avec une grande tendance à l'inflammation.

Rappelons l'influence et les effets de la distance.

D'abord, le tir à bout touchant : dans le suicide, par exemple, si l'application est immédiate, la balle peut ne pas pénétrer et il n'y a que contusion. Si l'arme est introduite dans une cavité, il y a des éclats et des délabrements.

Dans le coup de feu a petite distance : la blessure est irrégulière, les bords sont contus et meurtris, la peau est desséchée, il y a parfois incrustation des grains de poudre; à six centimètres, les objets peuvent être enflammés, le coup a été tiré à brûle-pourpoint. La bourre enflammée peut produire les mêmes accidents. La nature du projectile a peu d'importance, tous font balle.

Notre ami le docteur du Mesnil, dans une excellente relation méd?co-légale de l'affaire Godefroy [Ann. dlxyg., 1877), a montré que toutes les fois que la peau ou les vêtements présentent des traces de brûlures, des traces de poudre déposée ou incrustée à la surface, le coup a été tiré à une distance qui, suivant que l'arme est un revolver, un pistolet d'arçon ou un pistolet de poche rayé, peut, varier de 10 centimètres à 2 mètres. Mais aujourd'hui, avec les armes nouvelles et la qualité de la poudre, les particules charbonneuses brûlent plus complètement, et un coup de feu peut être tiré à brûle-pourpoint sans laisser de traces extérieures.

Dans le coup de feu a grande distance, il y a une ou plusieurs ouvertures, d'après le nombre des projectiles.

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Les bords de la plaie sont moins contus et sans aréole noire.

Les considérations précédentes permettent de répondre aux questions ordinairement posées par la justice : La blessure a-t-elle été produite par une arme à feu? Quelle est l'arme? A quelle distance le eoup a-t-il été tiré ? Dans quelle direction (examen du vêtement, du trajet dans les tissus) ? Ces blessures sont-elles le résultat d'un ou de plusieurs coups de feu (il peut 'y avoir des signes du coup à bout portant et du coup de feu à distance) ? L'arme présentée a-t-elle été déchargée depuis longtemps? (Après la décharge, il y a une crasse bleuâtre qui est du sulfure de potassium. Après trente heures, celui-ci se transforme en sulfate de fer qui, plu's tard, devient de l'oxyde de fer : c'est la rouille. Si celle-ci est en grande quantité, on peut en conclure que l'arme a été lavée après la décharge.)

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Nous nous occuperons successivement des brûlures produites par le calorique et par les caustiques, de la foudre et de la combustion spontanée :

1° Par le calorique. — Les brûlures varient en profondeur, en étendue, d'après le corps qui les a produites. On observe successivement et en gravité croissante l'érythème, les phlyctènes, puis l'escarre; l'albumine se coagule, le derme se désorganise, les tissus se carbonisent. Dans la brûlure au premier degré, il y a rougeur; elle n'a lieu que pendant la vie. Dans le deuxième degré, il y a vésicules ; mais comme il faut un certain temps pour qu'elles se produisent, leur absence ne permet pas d'affirmer que la brûlure a été faite après la mort. La phlyctène, entourée d'un liséré rouge, est caractéristique de la brûlure faite pendant la vie ou quelques minutes après la mort. Leuret et Champoullion ont

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montré qu'il était facile de développer des phlyctènes sui des cadavres infiltrés. Les trois autres degrés des brûlures représentent une destruction plus ou moins profonde des parties.

Certains caractères des brûlures varient avec la nature du calorique. Ainsi si l'agent est de la vapeur très-chaude ou une flamme de gaz, la brûlure est étalée, le derme à nu; si c'est un liquide chaud (huile, bouillon, etc.;, la brûlure est étendue, les parties rouges et tuméfiées, les escarres molles, les vêtements sont empreints. Quand le corps incandescent est solide, la plaie est unique et profonde.

2° Par les caustiques. — Elles sont produites par la vengeance ou la jalousie. Il peut y avoir brûlure et empoisonnement. Mais nous voulons parler surtout des caustiques liquides versés à la surface du corps ou introduits dans une cavité. Ce sont des rayons ou des sillons formant rigole et partant du point sur lequel a d'abord porté l'action. L'escarre varie avec la nature du caustique. L'acide suif uri que en produit de grises et de noires ; l'acide azotique de plus sèches et de jaunâtres. L'examen des vêtements donne de trèsbons renseignements.

D'une manière générale pour les blessures produites par le calorique ou les caustiques, la gravité est en rapport avec l'étendue et la profondeur. Les brûlures étendues déterminent facilement des réflexes généraux et une sensibilité extrême (tétanos). Celles qui sont profondes occasionnent des suppurations et des hémorrhagies. On doit tenir compte aussi des accidents consécutifs : rétraction des cicatrices, adhérences vicieuses, canaux ou ouvertures oblitérés.

Dans les brûlures étendues, la mort survient à différentes périodes pendant lesquelles, d'après le Dr Mendel, des lésions caractéristiques se produisent : il y a paralysie du système nerveux central ou congestion d'organes internes; dans la période d'inflammation : phlegmasies, telles que pneumonie, pleurésie, péricardite, gastro-entérite et surtout duodénite (par altération de la bile?), tétanos ; dans la période de suppuration et d'épuisement : pyémie et septicémie, hydropisie, hémorrhagies intestinales.

Le docteur Juvénal (thèse de Montpellier, 1805) a montré

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l'importance des brûlures de la muqueuse des voies aériennes par les vapeurs enflammées (sulfure de carbone, vapeur d'eau surchauffée, etc.)- — Récemment, nous avons eu à faire, avec notre collègue le docteur Delorme, l'autopsie de huit artilleurs qui avaient succombé à la suite d'une explosion d'obus et de poudre dans une casemate du mont Valérien. Outre les lésions diverses produites par les éclats des projectiles, nous avons constaté d'énormes brûlures des muqueuses et des parties découvertes : la face était devenue sèche, parcheminée, d'un rouge brique.

3° De la fulguration.

Les auteurs en parlent peu. Le docteur Vincent (de Guéret) a publié sur ce sujet un excellent mémoire. Il faut examiner successivement les circonstances extérieures, les conditions présentées par les vêtements ou objets en rapport immédiat avec la victime ellemême.

a. Circonstances extérieures. — Il y a eu un orage, la foudre a laissé des traces de son passage sur les objets voisins; un incendie a pu être allumé.

b. État des vêtements. — On a vu des individus déshabillés. Les vêtements peuvent être lacérés, les morceaux projetés au loin ; des objets métalliques ont été fondus : il peut y avoir des déchirures semblables à celles que produisent les projectiles par les armes à feu, ou bien il n'y a aucun rapport entre les brûlures de la peau et celles des vêtements.

c. La victime. — Elle conserve parfois l'attitude qu'elle avait au moment de l'accident, ou est projetée à distance. — Les lésions peuvent être multiples.

La brûlure à la surface du corps montre le passage d'un courant électrique. Il peut y avoir une série de brûlures. Les parties génitales sont souvent atteintes.

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D'après Vincent, on ne constate pas les phlyctènes avec liséré rouge. Les escarres sont sèches.

A tous ces signes on ajoute encore les traces bizarres du passage de la foudre : l'individu est épilé, et parfois les poils seuls d'une même couleur ont disparu ; il y a des empreintes de monnaies que la personne avait dans la poche, des images photo-électriques des objets voisins, et cela sur les vêtements ou la peau de la personne atteinte.

4° De la combustion spontanée.

Ce serait, à cause d'une combustibilité spéciale développée par l'abus des alcooliques, l'inflammation subite du corps humain, soit spontanément, soit par le contact d'une substance en ignition.

C'est une question qui n'a plus qu'un intérêt historique, mais qui a permis toutefois d'apprécier les causes capables d'influencer la combustibilité du corps humain. M.Tourdes évalue à 45 ou 48 le nombre total des faits qui, de 1672 à notre époque, ont été enregistrés par la science comme exemples de combustion spontanée. On l'expliquait autrefois soit par l'imprégnation alcoolique de toutes les parties du corps, soit parle développement dans le tissu cellulaire de gaz inflammables (hydrogène pur, carboné, phosphoré, sulfuré). D'autres auteurs attribuent une grande influence à l'électricité.

On lui avait trouvé les caractères suivants : les victimes étaient presque toujours des femmes (4 sur 5), âgées (de 55 à 80 ans), .chargées d'embonpoint et ivrognes. C'était ordinairement l'hiver, pendant la nuit, et après un dernier excès de boissons que l'accident se montrait. Une flamme bleue couvrait le corps, et celui-ci seul se consumait, l'incendie n'atteignant les objets voisins

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