ATTENTATS CONTRE LA PERSONNE
La muqueuse pulmonaire, toujours humide, sur « une surface de 200 mètres carrés, sépare le liquide sanguin de l'atmosphère gazeuse contenue dans les poumons, réservoir d'air d'une capacité maximum de 4 à 5 litres. Cette grande surface est aux trois quarts composée par les capillaires qui contiennent à peu près deux litres de sang. Celui-ci se renouvelle constamment, puisqu'on a calculé qu'en vingtquatre heures il en passe au moins vingt mille litres. Nous n'avons pas à expliquer comment vont se faire les échanges (voir notre Précis d'hygiène, où la question de respiration et des gaz du sang est longuement traitée). Piappelons que l'acide carbonique reste en dissolution dans le sang artériel, quand la mort est produite par l'asphyxie ou le refroidissement. Pour M. Bert, qui a étudié l'asphyxie en vase clos, l'acide carbonique ne joue aucun rôle; et la mort doit être attribuée à la privation d'oxygène. On peut, d'après le savant professeur, généraliser ces conclusions à l'asphyxie par strangulation, par submersion, par obstacle quelconque à l'entrée de l'air dans les voies aériennes; dans tous ces cas « le vase clos, c'est le poumon ». Pour Bert, la mort naturelle est toujours une asphyxie. Dans une atmosphère confinée, l'oxygène diminue, l'acide carbonique augmente. Si, dans un vase étroit, la mort survient rapidement et avec des convulsions, dans une vaste enceinte^ elle est lente et sans secousses. D'après cela, les convul* sions ne dépendraient pas de la proportion des gaz contenus dans le sang, mais du degré d'irritabilité des centres ner* veux. Ajoutons qu'un médecin russe, Srabinski dans ses expériences sur les animaux prétend avoir trouvé une lésion constante et accompagnant toutes les asphyxies : c'est une anémie caractéristique de la rate.
MMi Mathieu et Urbain* dans leur remarquable mémoire sur là coagulation du sang, ont expliqué le mécanisme de l'asphyxie. D'après ces physiologistes, lorsque le sang d'un animal vivant a dissous les trdis quarts de son volume d'acide carbonique, des accidents d'asphyxie sont prêts à se produire, c'est-à-dire, que de l'acide libre peut passer dans le plasma et y déterminer des coagulums. Tous les auteurs ont constaté ces coagulums, mais à Mathieu et Urbain
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revient le mérite d'avoir montré que la mort par rétention d'acide carbonique et coagulation spontanée du sang, pouvait être consécutive à l'asphyxie pulmonaire ou à la suppression de la transpiration cutanée.
Les causes qui produisent l'asphyxie agissent : ou sur les centres nerveux dont elles enrayent Faction physiologique, ou sur les phénomènes mécaniques de la respiration, ou sur les phénomènes chimiques.
A — Action sur les centres respirateurs.
Ce sont des blessures, surtout celles de la moelle allongée ou de la moelle au-dessus de l'origine des nerfs phréniques. Si la blessure porte plus bas, l'asphyxie arrive lentement, la respiration pouvant être encore entretenue par le jeu du diaphragme.
Dans la section des pneumogastriques, la mort arrive lentement, l'asphyxie se produit. Certaines substances toxiques, comme le chloroforme, Péther, les anesthésiques, agissent de même sur les centres nerveux; ainsi que nous Pavons prouvé.
Citons encore la fulguration, la mort rapide par la chaleur ou le froid extérieurs.
B — Causes qui portent sur les phénomènes mécaniques de la respiration.
Toutes celles qui entravent le jeu des poumons ou des muscles. Ainsi la compression du poumon, quand il y a double plaie de poitrine ; la compression du thorax (dans les foules), la compression de l'abdomen (arrêt du diaphragme).
G — Causes qui arrêtent les phénomènes chimiques. 1° Il y a privation d'air, quel que soit l'obstacle qui empêche celui-ci d'arriver dans les voies aériennes ; 2° Les gaz respirés sont autres que l'air atmosphérique.
Dans ces divers genres de mort, les recherches cadavériques doivent principalement porter sur les organes delà respiration, de la circulation, sur les centres nerveux. Il faut donc, soit dans le transport des
DES SECOURS A DONNER
cadavres, soit pendant l'autopsie, bien surveiller tout ce qui peut modifier l'état de vacuité ou de plénitude des organes. M. Emile Blanchard a conseillé de faire la ligature de la trachée, afin de laisser les poumons dans les conditions où ils se trouvaient au moment de la mort. Il recommande ensuite de les insuffler ; la congestion passive peut ainsi disparaître et les lésions deviennent plus évidentes.
Instruction générale et méthodique rédigée par le Conseil de santé des armées sur les secours à donner aux asphyxiés, quelles que soient les causes de l'asphyxie.
Asphyxiés par submersion.
Intimement persuadé que tous les chirurgiens des corps connaissent parfaitement les phénomènes de l'asphyxie produite par la submersion, et ses résultats, le Conseil de santé se bornera à de très-courtes réflexions sur la nature des causes qui déterminent la mort des noyés, afin de faire mieux apprécier les moyens qui doivent être successivement mis en usage pour les rappeler à la vie.
Il faut bien se convaincre que l'eau n'entre pas en quantité (comme on l'a pensé fort longtemps) dans l'estomac et dans les bronches de l'individu qui se noie; quelquefois même il n'y en entre pas du tout. L'élasticité et la contractilité du pharynx et de l'œsophage, ainsi que l'abaissement de l'épiglotte sur l'ouverture du larynx, par suite de l'état de contraction dans lequel l'individu entre tout à coup, lorsqu'il se voit en danger, s'opposent au passage de ce liquide dans les cavités de ces organes. D'un autre côté, pour opérer cette ingestion dans l'estomac, il faut un mouvement complet de déglutition ou de contraction péristaltique de l'œsophage, mouvement qui ne peut être commencé que sous l'influence de la volonté du sujet, que le danger qui le menace repousse, et qu'un besoin instinctif écarte. Plus tard, le développement des gaz remplit les cavités splanchniques, en distend les parois et s'oppose encore à l'introduction du liquide dans lequel le sujet est submergé. Néanmoins, il peut arriver qu'avec la première inspiration qui succède aux dernières expirations du sujet qui est tout à fait plongé dans l'eau, une petite quantité de ce liquide pénètre dans les divisions bronchiques; mais comme il se mêle immédiatement au fluide muqueux de.
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ces canaux, et au peu d'air qu'il peut y rencontrer, il s'établit, dans leur intérieur, une égale résistance qui ne permet plus à une nouvelle collection d'eau d'y arriver. Les fonctions respiratoires sont suspendues, et le sang, privé de l'oxygène qui lui donne le principe de vie nécessaire à l'excitation et à la nutrition des organes, n'est plus propre à produire ni à entretenir l'activité de l'encéphale; l'innervation vers tous les systèmes des fonctions de relation est aussitôt interrompue ; enfin, l'asphyxie se développe et amène promptement là mort totale du sujet. Cependant, comme le cœur et les vaisseaux capillaires reçoivent, en grande partie, leur stimulus du système > nerveux ganglionnaire qui se trouve, moins que le cerveau, sous l'influence de la circulation générale du sang, ils peuvent recéler, pendant un temps plus ou moins considérable, un principe vital suffisant pour servir à rallumer celui qui se trouve totalement comprimé ou éteint dans la plupart des autres organes de la vie intérieure.
Ces idées, basées sur la physiologie et confirmées par des expériences exactes, doivent d'avance tracer au médecin les moyens qu'il faut mettre en usage pour empêcher que cette étincelle de vie ne se dissipe entièrement.
Bien qu'on ait des exemples de personnes qui ont été rappelées à la vie après une ou plusieurs heures de submersion, particulièrement dans les saisons froides, on ne peut généralement pas compter sur ce succès au delà de vingt-cinq à cinquante minutes. Dans tous les cas, au sortir de l'eau, le corps des submergés est froid, et livide ; le pourtour des yeux et les ongles des pieds et des mains sont bleuâtres, les membres raides; le ventre est plus ou moins distendu par des gaz qui se développent rapidement dans l'estomac et les intestins ; mais ces phénomènes, il est important de le répéter, ne caractérisent pas la mort du sujet; le médecin ne doit donc pas perdre toute espérance, car pour prononcer d'une manière positive sur cet état de mort, il faut des signes de putréfaction commençante; tels sont le ballonnement excessif du bas-ventre empreint d'une teinte verdâtre, l'exfoliation de l'épiderme ; l'affaissement et la flétrissure du globe des yeux, la teinte noire des extrémités ; l'odeur cadavérique, enfin, qui s'exhale bientôt de ce corps.
11 faut d'abord s'assurer si ces signes de mort ne sont pas développés, ou s'il n'existe point sur le corps de l'individu des blessures qui aient été capables d'anéantir, à l'instant de la submersion, l'action contractile des muscles qui servent à la respiration; car, dans l'une ou l'autre de ces circonstances, toute espèce de secours serait inutile.
Dans le cas, au contraire, où l'on croirait encore reconnaître le moindre signe de vitalité dans le cœur, il faudrait s'empresser
DES SECOUUS A DONNER
de remplir, avec toute l'activité possible, les indications que commande l'état de l'individu frappé d'une mort apparente. Ces indications sont :
4° De l'éloigner de l'humidité; de le poser dans un lieu sec, au grand air, et, autant que possible, sur un lit peu élevé, garni de matelas, et de lui enlever ses habits, s'il en est couvert, en les coupant avec des ciseaux pour ne pas perdre de temps.
2° Il faut ensuite faire éponger et essuyer promptement le sujet avec des linges et de la laine, lui mettre le peignoir et le bonnet de laine, préalablement chauffés, s'il est possible, et pratiquer, immédiatement après, des frictions sèches sur toute l'habitude du corps, qu'on tient allongé sur l'un des côtés, droit ou gauche, de préférence sur le droit ; sa tête étant un peu élevée, des compressions momentanées, légères et répétées, alternant avec des rémissions d'égale durée, doivent être faites, par des mains habiles, sur les régions dorsales et les flancs, de manière à imiter les mouvements alternatifs d'expiration et d'inspiration; si l'on n'a point auprès de soi d'aide assez exercé, on peut, pour en faciliter la régularité, faire faire les compressions abdominales au moyen d'un bandage de corps dont on ferait alternativement serrer et relâcher les chefs, comme on le ferait avec la ceinture contenue dans les boîtes de secours. A ces frictions et manipulations, on fera succéder ou alterner des applications de ventouses sèches, sur toute la région abdominale et sur les régions dorsales.
3° Comme les voies aériennes sont ordinairement encombrées de mucosités plus ou moins épaisses, il est utile, pour y favoriser le passage ou l'entrée de l'air pur, d'extraire cet endroit au moyen d'une aspiration qu'on exécute facilement à l'aide de la petite seringue, garnie d'une canule de gomme élastique, que la décision ministérielle du 8 mars 1840 a prescrit d'ajouter aux objets contenus dans les sacs et sacoches d'ambulance ; on introduit la canule de cette seringue par l'une des narines, et, pendant l'aspiration, on ferme l'autre narine ainsi que la bouche. On aura eu le soin de débarrasser également cette dernière cavité avec un pinceau de linge trempé dans de l'eau savonneuse.
4° L'insufflation de l'air, même de l'oxygène, dans les poumons, a le double inconvénient, 1° de refouler vers les vésicules bronchiques les matières muqueuses qu'on n'a pu extraire, auxquelles d'ailleurs cet air se mêle, ce qui le rend iuutile à la respiration ; 2° de rompre ces vésicules, pour peu qu'elle soit exécutée avec force, et de produire, dans le parenchyme pulmonaire, un nouvel et définitif obstacle au rétablissement de la respiration. Ce moyen doit donc être rejeté. Il suffit à l'air libre, surtout après les compressions et l'aspiration dont il a été parlé
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dans les paragraphes précédents, de son élasticité propre et, de sa pesanteur, pour pénétrer dans les voies aériennes et y provoquer une salutaire excitation.
5° D'après l'opinion du Conseil, la décoction de tabac, administrée en lavements ou en fumigations dans les voies alvines, est constamment pernicieuse, en ce que les principes acres et narcotiques de cette plante détruisent promptement les propriétés vitales qui peuvent exister encore dans les membranes des intestins. La fumée, que sa combustion produit et qui tient en suspension une partie de son huile essentielle, en déterminant un effet toxique analogue à celui de la décoction de la plante sur la membrane interne des intestins, a le double inconvénient d'en distendre outre mesure les parois, et d'opposer, par le ballonnement qui en résulte, une résistance insurmontable à l'abaissement ou à la contraction du diaphragme, pour accomplir l'inspiration. La stimulation intérieure peut être, du reste, provoquée par des lavements d'eau de savon passée dans un linge, d'eau salée ou vinaigrée, à la température de la chaleur animale. Si par hasard les matières alvines endurcies encombraient l'intestin rectum, il faudrait d'abord les en extraire au moyen d'une curette de bois.
6° Il faut titiller les membranes sensibles des fosses nasales et du gosier avec les barbes d'une longue plume trempée dans de l'alcali volatil affaibli, et la faire pénétrer dans le pharynx, pour porter l'irritation dans toute l'étendue de ce conduit et jusqu'à l'estomac. Aux frictions sèches, il faut ajouter des frictions pratiquées avec des substances ou liqueurs éthérées, alcalines, alcooliques, camphrées, ainsi que des cataplasmes chauds de farine de moutarde qu'on applique aux pieds et aux jambes. Dans les cas très-urgents, il sera plus expéditif d'employer des compresses imbibées d'ammoniaque, que l'on aura soin de retirer dès que la vie se manifestera.
7° On ne doit faire avaler aucune boisson au sujet, avant que la respiration ne soit entièrement rétablie : en effet, les liquides, loin de descendre dans l'œsophage, dont les parois s'entretouchent, entreraient dans le larynx, où ils trouveraient moins de résistance ; car l'épiglotte, dans l'état de relâchement qui, à ce degré de l'asphyxie, remplace la constriction dont il a été parlé plus haut, est constamment relevée par l'effet de la suspension de la contractilité des muscles qui doivent fixer cet opercule sur la glotte, et la présence du passage de ces liquides dans les bronches compléterait nécessairement l'asphyxie. Il n'y a pas d'ailleurs urgence à introduire aucune substance dans l'estomac : il faut se borner aux stimulants extérieurs et à l'appMcation graduée de la chaleur artificielle.
DES SECOURS A DONNER
8° Lorsque, par suite de l'emploi rapide de tous ces moyens, 1 chaleur latente s'est développée ; lorsque les lèvres se colorent, que les yeux s'entr'ouvrent spontanément, et qu'on sent, par l'application de l'oreille sur la région du* cœur, des battements à cet organe, il faut s'empresser de poser des ventouses mouchetées sur les régions dorsales, à l'épigastre et aux hypocondres. On fera prendre, lorsque les circonstances le permettront, un bain chaud. On pratiquera légèrement une embrocation d'huile camphrée, et par l'ouverture du peignoir, on massera ou l'on pétrira toutes les parties du corps. On frictionnera légèrement, en même temps, le front et le visage avec quelques liqueurs spiritueuses aromatiques.
9° Lorsque le retour de la circulation s'est manifesté par tous les signes qui lui sont propres et que le pouls est devenu plein, il faut ouvrir l'une des veines sous-cutanées les plus sensibles, afin de dégorger le cerveau et les poumons. On répétera, s'il est nécessaire, les saignées révulsives faites avec la ventouse posée à la nuque, entre les épaules et la région de l'estomac. Quelques moxas, appliqués à la base du crâne et sur les côtés de la colonne vertébrale, contribueraient beaucoup au rétablissement des fonctions nerveuses.
10° Lorsque le malade pourra avaler, ou lui fera prendre des boissons aromatiques tièdes, sucrées et acidulées avec le citron, et l'on pourra passer ensuite par degrés à l'usage du bouillon et du bon vin, pris en petite quantité, ou d'un peu de café pur. Enfin, après avoir enveloppé le bas-ventre avec une ceinture de laine, on couchera le malade dans un lit, où le sommeil rétablira entièrement le calme et l'équilibre dans toutes les fonctions.
Tel est, en général, le mode de traitement rationnel qu'il convient de mettre en pratique pour rappeler, lorsqu'il en est temps encore, les noyés à la vie. Dans tous les cas, le véritable homme de l'art n'est jamais au dépourvu; il sait suppléer aux principes des meilleurs auteurs parles ressources de son propre esprit, et c'est surtout aux officiers de santé militaires que ce génie d'improvisation est nécessaire.
Maintenant, comme mesures prophylactiques, on doit recommander à messieurs les chefs de corps et à tous les surveillants, d'ordonner que les soldats se baignent par fractions, mais en commun, dans un lieu favorable du fleuve ou de la rivière, qu'on aura soin de faire cerner avec des barques ou des filets ; des marins intelligents et bons nageurs seront sur ces barques, ou se tiendront disponibles sur le bord, pour être à même de porter secours au premier individu qui viendrait à disparaître sous l'eau. Il est indispensable aussi que, dans ces exercices
AUX ASPHYXIÉS
hygiéniques, un officier de santé, muni des objets et médicaments indiqués dans l'instruction ci-dessus, se trouve à l'école de natation, pour pouvoir administrer promptement et avec tout le succès désirable, les secours commandés par l'état du sub mergé, si, malgré toutes ces précautions, un tel accident sur-* venait,
Asphyxiés par les gaz méphitiques.
Les asphyxies occasionnées par les gaz impropres à la respiration peuvent toutes être traitées par les moyens suivants :
1° Sortir promptement l'asphyxié du lieu méphitisé, et l'exposer à l'air libre ;
2° Le débarrasser de ses vêtements avec autant de célérité qu'il sera possible ;
3° Le placer dans la position assise; l'y maintenir en faisant soutenir sa tête ; asperger le corps, et principalement le visage, avec de l'eau froide ;
4° Frictionner toute la surface du corps ;
5° De temps à autre, faire un temps d'arrêt employé à provoquer la respiration, en comprimant alternativement la surface de la poitrine, en même temps que le bas-ventre, de bas en haut, afin de faire exécuter à ces parties les mouvements qui ont lieu quand on respire ; ,
6° Ne pas cesser les affusions d'eau froide quand l'asphyxié commence à donner quelques signes de vie, mais avoir l'attention, dès qu'il fait quelques efforts pour respirer, de- jeter l'eau de façon à ce qu'elle ne puisse entrer dans la bouche ;
7° Si quelques efforts de vomissements ont lieu, titiller l'arriérebouche avec la barbe d'une plume;
8° Aussitôt que l'asphyxié peut avaler, lui faire avaler de l'eau acidulée;
9° Enfin, lorsque la vie est rétablie , il faut bien essuyer le corps de l'asphyxié; le coucher dans un lit bassiné; lui faire prendre un lavement composé d'eau dégourdie, dans laquelle on aura fait dissoudre environ quinze grammes de savon, ou à laquelle on aura ajouté deux cuillerées à bouche de vinaigre; appliquer, aux régions désignées plus haut, des ventouses mouchetées.
Le médecin juge ensuite s'il doit administrer un vomitif, ou s'il y a indication de saigner le malade.
DES SECOURS A DONNER
Asphyxiés par la foudre.
Il faut :
4° Immédiatement porter l'asphyxié au grand air, s'il n'y est déjà; le dépouiller vite de ses vêtements; faire, pendant un quart d'heure, des affusions d'eau froide ; exercer des frictions sur tout le corps, et s'efforcer de rétablir la respiration par des compressions méthodiques et alternatives de la poitrine et du bas-ventre, comme il a été indiqué plus haut ;
2e Si le sujet se ranime, il devra être traité comme les autres asphyxiés rappelés à l'existence.
Asphyxiés par le froid» +
Quand la mort apparente a été occasionnée par le froid, il est d'une très-grande importance de ne rétablir la chaleur que graduellement et lentement. Si le corps d'un asphyxié par le froid était approché du feu ou si, dés le commencement des secours, on le faisait séjourner dans un lieu même médiocrement chauffé, il en résulterait des accidents graves. Il faut donc ouvrir les portes et les fenêtres de la chambre où l'on se propose de secourir cet asphyxié, afin que la température de cette pièce ne soit pas plus élevée que celle de l'air extérieur. Il faut, dans tous les cas, employer, les moyens suivants : 1° Transporter l'asphyxié, le plus promptement possible, du lieu où il a été trouvé à celui où les secours doivent lui être administrés; pendant le transport, l'envelopper d'une couverture, ou de paille ou de foin, en laissant la face libre ; éviter de faire faire au corps, et principalement aux membres, des mouvements brusques;
2° Déshabiller l'asphyxié et couvrir tout son corps, y compris les membres, de linges trempés dans de l'eau froide ;
3° Lorsque le corps commence à dégeler, que les membres, ayant perdu leur raideur, offrent de la souplesse, on doit faire exécuter à la poitrine et au ventre quelques mouvements alternatifs pour faciliter la respiration, et exercer en même temps des frictions sur le corps, soit avec de la neige, si l'on peut s'en procurer, soit avec des linges trempés dans de l'eau froide;
4° Si, par l'usage de ces moyens, la raideur- a cessé et que la vie se rétablisse, on augmente de trois à quatre degrés, de dix en dix minutes, la température des linges dont on a enveloppé le corps, ou avec lesquels on le frictionne, jusqu'à ce qu'on l'ait portée peu à peu à 30° G. ;
5° Lorsque le corps commence à s'échauffer ou qu'il se manifeste des signes de vie, il faut l'essuyer avec soin, et le placer
AUX ASPHYXIÉS
dans un lit, dont la température ne doit pas être plus élevée que celle de l'asphyxié. Il faut aussi avoir l'attention de ne pas faire de feu dans la pièce où est le lit avant que le corps n'ait recouvré entièrement sa chaleur naturelle ;
6° Quand le malade commence à pouvoir avaler, on lui fait prendre par cuillerée une infusion théiforme, avec quelques gouttes d'eau-de-vie. Cette boisson doit être seulement un peu plus que tiède ; sans cette précaution, on s'exposerait à produire dans les tissus qui tapissent l'intérieur de la bouche des ampoules comme celles résultant de la brûlure ;
7° Si la propension à l'engourdissement continuait à se manifester, on feraitboire au malade un peu d'eau légèrement vinaigrée, et si l'assoupissement était profond, on administrerait des lavements irritants, soit avec de l'eau et du sel, soit avec de l'eau et du savon-
Il est essentiel de faire observer que, de toutes les asphyxies, celle qui est produite par le froid, offre, ainsi que cela a été constaté par les peuples du Nord, le plus de chances de succès, même après douze ou quinze heures de mort apparente.
Asphyxiés par strangulation ou suspension. On doit :
1» Couper promptement le lien qui entoure le cou, et, s'il y a pendaison, descendre le corps en le soutenant de manière à ce qu'il n'éprouve aucune secousse; puis enlever toute pièce de l'habillement qui pourrait gêner la circulation ;
2° Placer le corps, en évitant de lui faire éprouver des secousses, sur un lit, si on le peut, ou sur de la paille, et de façon qu'il y soit commodément et que la tête, ainsi que la poitrine, soit plus élevée que le reste du corps, ainsi que cela a été dit pour les autres asphyxiés ;
3° Si le corps est dans une pièce fermée, on doit veiller â ce que la température y soit maintenue à un degré convenable, et à Ce quelle soit aérée ;
4,° Le médecin jugera s*il faut ou non saigner l'asphyxié. La saigriée de la veine jugulaire est, dans ce cas, presque toujours" celle qu'il faut préférer ;
5° Si la suspension ou la strangulation n'a eu lieu que depuis quelques minutes, il suffit quelquefois, pour rappeler à la vie, de faire des affusions d'eau froide sur la face ; d'appliquer sur le front et sur la tête des linges trempés dans de l'eau froide ; de faire en même temps des frictions sur tout le corps ;
6° Dans tous les cas, il est essentiel d'exercer dès le commencement, sur la poitrine et le bas-ventre, des compressions intermit-
DES ASPHYXIES
tentes (comme clans les autres genres d'asphyxies), afin de rétablir la respiration ;
7° On doit avoir l'attention de frictionner l'asphyxié avec des flanelles, des brosses, surtout à la plante des pieds et dans le creux des mains;
8° Les lavements ne doivent être administrés et ne sont utiles que lorsque le malade a commencé à donner des signes non équivoques de vie ;
9° Aussitôt qu'il peut avaler, on lui fait prendre par petites portions du thé ou de l'eau tiède mêlée à un peu de vinaigre ou de vin;
10° Si, lorsqu'il est complètement rappelé à la vie, il éprouve des étourdissements, de la stupeur, les applications d'eau froide sur la tête deviennent utiles;
11° En général, après son rappel à la vie, il doit être traité avec les mêmes précautions que les autres asphyxiés.
Asphyxiés par la chaleur.
1° Si l'asphyxie a eu lieu par l'effet du séjour dans un lieu trop chaud, il faut porter l'asphyxié dans un lieu plus frais, mais pas trop froid ;
2° Le dépouiller de tout vêtement qui pourrait gêner la circulation ;
3° Le saigner si des symptômes de congestion le commandent ;
4° Lui faire prendre un bain de pieds médiocrement chaud, auquel on peut ajouter des cendres et du sel ;
5° Lorsqu'il peut avaler, lui faire prendre par petites gorgées de l'eau froide acidulée avec du vinaigre ou du jus de citron, et lui donner des lavements d'eau vinaigrée, mais contenant un peu plus de vinaigre que celle destinée à être bue ;
6° Si la maladie persiste ou si elle fait des progrès, il devient nécessaire d'appliquer des ventouses scarifiées à l'épigastre et aux tempes ;
7° Quand l'asphyxie a été déterminée par l'action du soleil, comme cela arrive surtout aux moissonneurs et aux militaires, le traitement est le même ; mais il faut, dans ce cas, quand le malade n'est plus en sueur, insister sur les applications froides sur la tête.
A ces indications générales, nous ajouterons la description des méthodes de Marshall-Hall et de Sylvester qui peuvent être employées dans les différentes asphyxies.
La méthode de Marshall-Hall consiste « à tourner doucement le corps sur le côté et un peu en arrière, puis à le