XI. Symptômes généraux et pathogénie
On a distingué l'inanition, c'est-à-dire le terme fatal de l'absence d'alimentatin, de Yinanitiation qui constitue la série des changements successifs éprouvés par l'organisme pendant cet épuisement. Nous allons présenter les symptômes de l'inanition d'emblée et ceux de l'inanition après inanitiation prolongée.
A. De V inanition d'emblée.
Nous empruntons à Savigny, qui se trouvait à bord du radeau de la Méduse, la description des effets éprouvés par la suppression brusque d'aliments et de boissons.
« L'imagination leur retraça tout d'abord, sous les couleurs les plus noires, les tourments de la faim auxquels leur isolement, sur ce fatal radeau, allait les condamner. A cette sorte de surexcitation première, parfaitement raisonnée du rester succédèrent la consternation, l'affaissement moral, puis un désespoir violent se traduisant par des cris de fureur et de vengeance contre ceux de leurs compagnons qui les avaient lâchement abandonnés. Dès la première nuit qu'ils passèrent sur le radeau, et après vingt-quatre heures seulement de privation de toute nourriture, des hallucinations commencèrent à se montrer chez un certain nombre de ces naufragés. Ils croyaient voir la terre ferme ou des navires qui s'avançaient à leur secours. Dans la nuit, après l'ingestion d'une quantité assez considérable de vin, des accès de fureur s'emparèrent de ces malheureux qui se jetèrent les uns sur les autres. Soixante d'entre eux périrent dans ce combat affreux où, des survivants, les uns étaient pris d'accès de démence, d'autres étaient en proie à des idées fixes et prononçaient des paroles absolument incohérentes. La troisième nuit fut calme; dans la quatrième, un nouveau massacre, plus sanglant que le premier, eut lieu sur le radeau ; puis, grâce à une nourriture horrible, un peu de calme revint et persista chez la plupart des survi-
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vants jusqu'au treizième jour de leur abandon, jour où ils furent recueillis par Y Argus ; de cent cinquante hommes, ils se trouvaient réduits à quinze. »
Les huit mineurs enfermés sans nourriture, pendant cent trente-six heures, dans la houillère du bois Monzil, n'eurent pas à souffrir de la soif et ne présentèrent aucun des symptômes dont nous venons de parler. « Quant aux angoisses de la soif, dit Soviche, que l'on sait encore être plus intraitables que celles de la faim, elles leur furent totalement inconnues ; ils avaient à leur disposition une eau qui n'avait rien d'impur, et ils ne songèrent à aller boire que le quatrième jour de leur emprisonnement. »
A ces différents exemples, nous pouvons joindre les observations d'hommes qui se sont suicidés en s'abstenant complètement de toute nourriture.
Mais citons d'abord le cas d'un alchimiste nommé Duchanteau auquel Diderot fait allusion 1. Duchanteau pensait qu'après quarante jours de jeûne, en ne prenant pour toute nourriture que son urine, il produirait la pierre philosophai par « cohobation du supérieur et de l'inférieur. » 11 supporta ce régime pendant vingt-six jours et ne mourut pas. La dernière urine évacuée, « d'une odeur balsamique et excellente», fut conservée par la loge des Amis réunis jusqu'à la Révolution.
Le docteur Desbarreaux-Bernard a publié l'observation de Granié qui s'est laissé mourir de faim dans les prisons de Toulouse en 1851. La mort est arrivée au bout de soixantetrois jours ; presque tous les jours il but un peu d'eau, et souvent il en but avec excès ; une seule fois il prit du bouillon et un peu de vin; parfois aussi il but son urine; quelques convulsions ont précédé son dernier soupir.
Quelques jours après, le docteur Serrurier communiqua à l'Académie de médecine une observation de suicide par inanition analogue à celle du prisonnier de Toulouse, Le sujet était un musicien ambulant qui, pendant soixante jours, c'est-àdire depuis l'instant de sa résolution annoncée par lui avec le plus grand sang-froid, jusqu'à sa mort, ne prit de temps
1 Dans ses Éléments de physiologie; — voir la note d'Assezat qui raconte l'observation d'après Je haron de Gïeichen.
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à autre que quelques gorgées d'eau et de sirop d'orgeat. L'amaigrissement fut peu sensible pendant les quinze premiers jours. L'excrétion des matières alvines eut d'abord lieu, puis fut supprimée. L'urine, abondante dans les premiers temps, devint rare, brune, floconneuse, avec dépôt, d'odeur phosphorescente. Pendant les vingt derniers jours de la vie, odeur cadavéreuse de tout le corps, diarrhée de matières fétides, haleine putride, trismus douloureux, sentiment de douleur vive à l'épigastre, amaigrissement rapide, déformation de la poitrine qui devient étroite et bombée ; les épaules rentrent et laissent saillir les vertèbres ; le ventre s'aplatit, le bassin semble former une cavité immense. La peau se couvre de pétéchies et se détache par lambeaux. Il meurt le 60e jour ; l'autopsie n'a pas été faite.
Casper donne, dans son ouvrage, l'observation d'une tentative de suicide par inanition. D'après cet auteur, « un homme bien portant et sain ne succombe à une abstinence complète de nourriture ordinairement qu'après quinze jours, de sorte que, vice versa, si la mort a eu lieu par abstinence, on pourra conclure qu'un tel laps de temps s'est écoulé. » L'individu dont Marc rapporte l'observation et qui s'est suicidé par la privation de toute nourriture est mort le dix-huitième jour.
Haller a rassemblé de nombreux cas d'abstinence prolongée, dans lesquels le mystérieux joue un si grand rôle, qu'il n'est pas possible d'ajouter foi à tous ces exemples extraordinaires. On raconte aussi que Charles XII, de Suède, voulant savoir combien de temps il pourrait rester sans prendre de nourriture autre que de l'eau, arriva ainsi jusqu'au cinquième jour. Après vingt-quatre heures , l'abstinence de boisson est déjà insupportable.
En général, les effets de l'abstinence sont les suivants :
D'abord la faim, dont le sentiment finit même par disparaître. « Nous éprouvâmes, durant les six premiers jours, des douleurs épigastriques inexprimables; quand nous fûmes arrivés au neuvième jour de nos souffrances,
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cette faim qui, dans le commencement, nous avait cruellement tourmentés, était presque nulle. » (Savigny.) Casper a fait la même observation sur son malade.
Les tiraillements à l'épigastre deviennent très-douloureux et peuvent occasionner des vomissements, la face est pâle, l'individu est triste et abattu, faible, se refusant à faire tout mouvement. En même temps, voici ce qui se passe du côté des différents appareils organiques. Les gencives se tuméfient, la salive est rare, la langue se couvre d'un enduit blanchâtre et épais; l'haleine devient chaude et fétide, — les mineurs, dont nous avons parlé plus haut, incommodés par l'haleine les uns des autres, étaient obligés de se tourner le dos. Le premier jour de l'abstinence, les fèces sont copieuses ; elles sont le résidu de l'alimentation des jours précédents. Jusqu'à f avant-dernier jour, elles sont insignifiantes, solides et vertes. Vers la fin, et malgré l'absence d'eau, les fèces deviennent liquides et il y a comme une diarrhée colliquative ; cette quantité de fèces influe sur la durée de la vie.
La respiration devient moins fréquente, puis vers la mort elle est haletante. Le pouls, vers la fin, est petit et misérable : l'accusé Granié avait, le dernier jour, trente-huit pulsations.
La perte de calorique augmente de plus en plus, surtout dans les dernières quarante-huit heures. Les sécrétions ont diminué, les urines ne se suppriment pas. D'après Lépine, la quantité d'urée baisse d'abord, puis reste constante et enfin diminue d'une manière considérable dans les dernières heures de la vie ; il en est de même des sulfates et des phosphates ; la sécrétion biliaire e3t insignifiante; il y a parfois des sueurs pro-
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fuses. Tous les observateurs ont noté la fétidité et une sorte d'enduit sale de la peau, symptômes qui tiennent probablement à la diminution de vitalité du tégument; en outre, l'individu vivant de sa propre substance a l'odeur fétide et nauséeuse des carnivores. Comme troubles nerveux, d'abord agitation, fièvre, insomnie, hallucinations, délire, puis collapsus, coma, convulsions. « Chez ceux qui survécurent, dit Savigny, les troubles cérébraux se manifestèrent le dixième jour. Le délire qui s'emparait de nos esprits reconnaissait pour cause les privations que nous supportions ; en général, c'était un délire tranquille. L'un de ces malheureux disait à ses camarades : « Ne craignez rien, je « vais chercher des secours ; dans peu vous me rever- « rez, » et il se jetait à la mer. »
Yers la fin, l'amaigrissement s'accentue, c'est un état squelettique ; il n'y a plus de saillies musculaires, les articulations semblent plus volumineuses, la face est pâle et livide, les yeux enfoncés dans leur orbite, les pommettes saillantes, le nez allongé et effilé, les lèvres pâles et minces, le menton pointu, les oreilles blanches et comme tirées en arrière. La perte de poids s'accentue surtout dans les deux derniers jours. « Granié ne pesait plus que 26 kilogrammes. Un a m aurotique, conseillé par un charlatan, a succombé après quarante-sept jours d'un régime à l'eau pure ; son corps était réduit de 65 kilogrammes à 48,5. Quatre jours d'abstinence ont suffi, d'après Savigny, à rendre méconnaissables les hommes de l'équipage. » D'après Chossat, un animal soumis à l'abstinence périt quand il a perdu les 0,4 de son poids initial ; l'embonpoint et l'âge modifient ce dernier chiffre. Si l'animal est jeune, il succombe dès que le poids de son corps est
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diminué de moitié. Disons aussi que tous les expérimentateurs qui ont étudié la température ont constaté un abaissement graduel se terminant par une chute brusque de la courbe thermométrique un peu avant la mort.
De récentes catastrophes ont attiré l'attention sur un nouveau côté de la question1.
Le 11 avril 1877, des eaux venant tout à coup d'une mine voisine abandonnée firent irruption dans les galeries de Trœlyrhiw, un des puits les plus importants des environs de Pontyfritt, dans le pays de Galles. Quatorze ouvriers restèrent enfermés à l'extrémité d'une galerie. L'air comprimé à son tour faisait matelas et mettait obstacle au mouvement ascensionnel de l'eau. Sans cette circonstance, ils auraient été certainement noyés. On creusa dans la direction des bruits entendus et on arriva à un groupe de malheureux après vingt-quatre heures. Mais on ne fit pas attention à la puissance d'expansion de l'air, foulé sous une pression d'au moins deux atmosphères ; aussi quand la cloison vint à tomber, le mineur qui était en tête, une pioche à la main, fut projeté en avant avec tant de force que cet instrument lui pénétra dans la poitrine et le tua sur le coup. Un autre groupe de cinq prisonniers ne fut délivré que dans la nuit du 20 au 21 avril. L'air qui s'échappait peu à peu laissait augmenter le niveau de l'eau, et quand on arriva à eux, celle-ci atteignait leur menton. Leur réclusion avait duré neuf jours et dix nuits.
Au mois de mai dernier, un événement identique s'est produit dans le puits de Rhins, de la compagnie de Rochela-Molière près de Saint-Etienne. Trois mineurs sont restés enfermés sept jours dans une galerie ; mais dans ce cas, l'air n'était pas comprimé. Ils ont eu d'abord très-soif; ils ont beaucoup plus souffert du froid que de la faim.
Il est incontestable que ces hommes ont mieux supporté que dans les conditions ordinaires l'absence d'aliments. D'après le journal anglais, la Lancette, s'ils ont ainsi vécu, sans nourriture, plus d'une semaine, dans un espace à air
1 L'inondation des mines et la pression de l'air {Revue scientifique, n° 47. — 19 mai 1877).
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comprimé, c'est qu'ils avaient de l'eau à leur disposition et que la grande humidité de l'air et le froid sont des circonstances favorables à l'entretien de la vie. Il faut aussi tenir compte de l'absence de mouvements, de la privation de lumière et de l'influence de la pression de l'air.
B. — De l'inanition lente ou après inanitiation prolongée.
Il se trouve aussi des individus que la misère tue progressivement et à la longue ; la quantité et la qualité de leurs aliments baisse peu à peu, et ils succombent ainsi après un temps plus ou moins long d'une inanition continue. Ils sont comme les habitants des malheureux pays, soumis à toutes les horreurs de la famine.
De Mersseman a magistralement décrit sous le nom de fièvre de famine la famine des Flandres de 1846-1847, qui, d'après lui, aurait coûté à l'Europe un million d'habitants : « Lorsque l'épuisement de l'homme a lieu lentement et par une épreuve prolongée, les altérations de l'organisme diffèrent beaucoup de celles qui sont le résultat de l'action rapide, je dirai presque corrosive de la faim.... Le premier degré de cette décadence se caractérise par tous les signes qui sont propres à l'appauvrissement du sang : la pâleur, l'amaigrissement, la tristesse, le découragement, la difficulté de la digestion, la distension du ventre, l'enflure des extrémités inférieures, l'affaiblissement du système musculaire, et par suite la douleur dans les membres, les mouvements pénibles, le travail difficile.
Ce qui frappait d'abord, c'était l'extrême maigreur du corps, la livide pâleur du visage, les joues creuses, et surtout l'expression du regard, dont on ne pouvait perdre le souvenir quand on l'avait subi une fois; il y a, en effet, une étrange fascination dans cet œil où toute la vitalité de l'individu semble s'être retirée, qui brille d'un éclat fébrile ; dont la pupille, énormément dilatée, se fixe sur vous sans clignotement et avec un étounement interrogatif, où la bienveillance se mêle à la crainte. Les mouvements du corps sont lents, la marche chancelante; la main Semble; la voix,
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presque éteinte, chevrote. L'intelligence est profondément altérée, les réponses sont pénibles; la mémoire, chez la plupart, est à peu près abolie. Interrogés sur les souffrances qu'ils endurent, ces infortunés répondent qu'ils ne souffrent pas, mais qu'ils ont faim !
Fig. 34. — Un famélique dans les Indes.
L'haleine est d'une grande fétidité ; la langue amincie, pointue, oblongue, tremblotante, presque toujours rouge ; la pointe, souvent aphtheuse, est partout couverte d'un enduit jaunâtre et épais ; l'épigastre est creux, et la peau, dans cette région, est pour ainsi dire collée à la colonne vertébrale. »
Parfois il y a météorisme. La respiration est lente. Le pouls est tantôt très-fréquent, tantôt très-lent, très-dépressible et d'une petitesse étonnante. Toutes les sécrétions sont
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modifiées; la peau devient sèche, jaune, semblable à du parchemin. « Les pores du derme rejetaient une poussière visqueuse, qui, s'accumulant et se concrétant, recouvrait le corps d'une croûte noirâtre, pulvérulente et d'une fétidité horrible. » Avec les premiers froids de l'hiver les malheureux succombèrent subitement, ils tombèrent de toute part. « Chez les uns, c'était dans la poitrine que se concentraient les symptômes qui déterminaient la mort; la toux et les glaires les étouffaient, ou ils suffoquaient par suite d'une collection séreuse dans le péricarde. Chez les autres, c'était sur les intestins que la maladie exerçait ses derniers ravages ; une diarrhée colliquative les emportait. Il y en avait qui, après quelques heures d'un sommeil léthargique, expiraient sans agonie. » Plusieurs succombèrent à Fanasarque et à l'ascite; il en mourut d'indigestions quand les vivres arrivèrent.
Parmi les victimes de la disette, il s'en rencontrait que les affections accidentelles épargnaient comme pour leur faire éprouver toutes les épreuves de l'épuisement et de la dissolution organique.
Dans ces cas, les symptômes d'anéantissement devenaient successivement plus intenses. La décrépitude avait envahi tous ces malheureux; les enfants, les jeunes gens, les adultes, les hommes parvenus à la maturité de l'âge, portaient sur tout le corps les rides, le dessèchement, l'exténuation de la vieillesse : c'étaient de véritables squelettes vivants, incapables de soulever leurs membres décharnés, gisant lourdement, sans voix, avec un œil sans regard, enfoncé dans l'orbite et à moitié voilé par des paupières presque transparentes et chassieuses. Parfois ils étaient horriblement secoués par une toux sèche et convulsive. Enfin, on voyait apparaître les derniers indices de l'extrême appauvrissement du sang : la peau se couvrait de vastes ecchymoses ou de taches pourprées qui devenaient confluentes quelquefois, et ces tristes victimes de la famine rendaient le dernier soupir au milieu de l'agitation, de la carphologie ou de la fatigante loquacité du délire famélique.
On retrouve les mêmes symptômes dans les disettes d'Irande, de Silésie et surtout dans la famine effroyable qui
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régna sur l'Algérie en 1867-1868. « C'est alors que l'on vit en Algérie cet ensemble étrange et émouvant que l'histoire a rattaché à toutes les famines célèbres : les familles humaines se levant, avec des allures de fauves, sous l'aiguillon de la faim, tantôt se jetant sur des palliatifs alimentaires illusoires ou immondes, tantôt accomplissant des crimes, dans tous les cas se rapprochant par bandes, à la fois honteuses et farouches, des grands centres habités où elles savent que l'industrie et la prévoyance ont amassé des ressources plus que suffisantes pour le nombre des habitants et l'heure actuelle. » (J. Arnould.) En ce moment, le fléau frappe les populations de Madras, de Bombay, du Mysore, l'Inde française. Dans un article du journal la Nature (n° 224, 1877), nous avons étudié les causes et les moyens de combattre la famine dans ce pays.
Bien que présentant certains traits communs, les conditions dans lesquelles l'abstinence peut se montrer offrent aussi quelques différences que nous devons apprécier.
C'est ainsi que l'abstinence est bien mieux supportée dans l'état de maladie que dans l'état de santé. On en a observé de remarquables exemples chez les hystériques, des mélancoliques, chez des aliénés dits sitophobes. On comprend de même que dans les grandes affections de l'âme, dans des préoccupations vives, le besoin de réparation s'oublie ou s'émousse : c'est ce qu'on a constaté pendant des études absorbantes ou l'élaboration de grands projets.
Si, au contraire, les mouvements moléculaires et d'échange sont rapides, le besoin de réparer doit devenir plus fréquent et plus impérieux. C'est ce qui s'observe dans certaines conditions d'âge ou de constitution, par exemple, chez les enfants et les jeunes gens, chez les personnes sèches et nerveuses, en tenant compte, bien entendu, du régime et des habitudes, du climat et des saisons,
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On a dit et Fodéré a cherché à prouver que les femmes supportent mieux l'abstinence que les hommes, et que le froid et surtout l'humidité permettent de résister plus longtemps à l'absence de nourriture. Nous croyons que de nouvelles observations sont nécessaires pour justifier de pareilles assertions.
La série de phénomènes qui se présentent chez l'affamé ou le famélique, s'explique bien par les expériences sur les animaux inanitiés. L'animal ne fait plus de recettes, et cependant il a encore à subvenir aux dépenses obligatoires du fonctionnement des organes. C'est surtout par le système musculaire que se font la plupart des dépenses. L'inanition est une usure de l'organisme provenant de ses efforts à entretenir le mouvement : et ce n'est plus une machine animale, celle où la transformation des forces devient impossible.
L'inanitié vit à ses dépens et se nourrit de sa propre substance. Quand l'alimentation est insuffisante, le corps se détruit chaque jour de la quantité nécessaire pour combler le déficit. Comme nous l'avons dit, dans les deux cas, la mort arrive quand l'animal a perdu le quart de son poids.
La diète, de tout temps on l'a remarqué, est un puissant débilitant. L'abstinence modérée exagère la nutrition interstitielle, diminue les phénomènes d'exhalation et augmente ceux d'absorption; et c'est ainsi que la vitalité des différentes parties est équilibrée, et que les liquides épanchés dans les tissus ou les cavités peuvent être repris et remis en circulation.
Mais s'il y a inanition, cette nutrition interstitielle s'exagère, l'absorpti n est à son maximum, elle Ouvre toutes ses bouches pour ainsi dire, et progressivement l'organisme en arrive, par cet autophagisme, à une hyperémie généralisée à laquelle, sous l'influence de la moindre cause excitante, succédera l'inflammation.
D'ailleurs, au bout d'un certain temps, les désordres sont tels, que même la faculté d'assimiler semble perdue. Mathieu et Urbain, dans leurs expériences, ont trouvé que deux jours après le dernier repas, il y avait déjà dans le
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sang des artères une diminution d'oxygène et d'acide carbonique. Plus tard, la quantité d'oxygène du sang rouge continue à décroître, la densité du sang "diminue, les globules deviennent plus rares, et quand l'animal meurt, le sang artériel ne renferme plus que les trois quarts de l'oxygène que contient le sang normal. C'est ce qui explique la diminution des combustions et l'abaissement de température, mais là s'arrête l'assimilation avec la mort qui est produite par le froid extérieur.
L'inanitié a brûlé les matières grasses de son sang et de ses tissus qui peuvent produire de la chaleur, de l'acide carbonique et de l'eau. L'inosité dès muscles s'est transformée en glycose pour fournir des éléments à la combustion.
Cl. Bernard a montré que dans l'abstinence, il se refait encore du sucre aux dépens du sang qui traverse le foie. Mais comme ce sang s'appauvrit peu à peu, la sécrétion sucrée du foie diminue aussi, et avant la mort, elle a complètement disparu. \