‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 86 sur 208 · I. Définition et étioïogie · texte numérisé non relu

I. Définition et étioïogie

L'étude de la mort par inanition trouve naturellement sa place après la mort parle froid, qu'elle complique ou accompagne si souvent. D'ailleurs les symptômes communs à ces deux sortes d'accidents, des règles d'expertise semblables dans les deux cas, engagent à rapprocher leurs descriptions. Il est regrettable que ces considérations n'aient point frappé les auteurs des traités modernes de médecine légale qui ne consacrent, en général, que quelques lignes à ces deux genres de mort à propos de l'infanticide.

Cependant, les circonstances sont nombreuses dans lesquelles un individu est exposé à mourir de faim, et la justice peut avoir intérêt à connaître les causes de la mort. Depuis longtemps, les médecins avaient observé la résistance présentée par les différents organismes à la privation de nourriture. Hippocrate avait déjà dit que les jeunes gens et surtout les enfants, supportaient malle jeûne ; que les hommes faits, au contraire, et particulièrement les vieillards, à moins qu'ils ne soient accablés de vieillesse, résistaient longtemps à l'abstinence. Dante, qui comme les grands poètes possédait toutes les connaissances de son époque, n'a pas manqué de tirer parti de ces faits dans son Enfer (chant xxxin). Par ordre de l'archevêque Roger, le comte Ugolin fut enfermé dans une prison avec ses deux fils et ses deux petits-fils. Les clefs de la tour qui, depuis, prit le nom de tour de la Faim, furent jetées dans l'Arno. L'enfant de trois ans mourut le quatrième jour, les autres du cinquième au sixième, Je vieux comte ne succomba que (e huitième.

DE LA MORT

Morgagni s'occupe de ce genre de mort dans sa vingthuitième lettre. Il cite Fontanus qui a rapporté l'observation d'une femme ayant refusé toute nourriture jusqu'au cinquantième jour, où elle mourut. Morgagni remarque que cette femme buvait, et la boisson prolonge la vie, ainsi qu'il résulte des curieuses expériences de Rédi. Fodéré a consacré, de son côté, un long chapitre à la mort par inanition. Puis sont venues les expériences de Magendie, Collard de Martigny, de Chossat, celles de Regnault et Reisset. Nous utiliserons tous ces matériaux, ainsi que les mémoires spéciaux de notre ami Grach-Laprade (thèse de Strasbourg, 1867), de Lépine (article Inanition du Dictionnaire pratique), de Balestre (thèse d'agrégation, 1875), d'Arnould (article Famine du Dictionnaire encyclop.), ouvrages dans lesquels on trouvera une bibliographie complète du sujet.

Au point de vue médico-judiciaire, nous devons distinguer deux circonstances écologiques assez différentes et que le médecin expert peut avoir à reconnaître. Il y a une inanition brusque. Des voyageurs égarés, des mineurs enfouis dans une galerie, des naufragés sur un radeau, sont tout à coup privés de nourriture. C'est l'inanition aiguë. Mais il y a aussi une inanition moins bruyante et plus lente : c'est celle qui survient dans les temps de famine et de disette, celle qu'on a observée, il y a peu de temps encore, au Bengale et en Algérie. Cet état de misère, souvent accidentel, quand il prend des allures épidémiques, frappe isolément et en tout temps les malheureux, dénués de ressources, les vagabonds, etc. C'est surtout en hiver que ces misérables sont atteints ; ils succombent au froid et à la misère. Voilà l'inanition lente ou progressive.

Il y a donc des affamés et des faméliques. Ils se dif-

PAR INANITION

férencient par les circonstances du fait et les symptômes qui accompagnent ces conditions.

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