III. Résultats anatomo-pathologiques
L'aspect des cadavres est très-variable selon que l'asphyxie a été rapide ou lente.
Si la mort est survenue rapidement et si le cadavre est examiné peu de temps après, les muscles ont conservé leur rouplesse, on constate une grande pâleur de la peau et des muqueuses, et sur le tégument externe, aux mains, au ventre, à la poitrine, quelques petites plaques rosées; le sang est alors d'un rose vif ou d'un rouge cerise.
Si l'asphyxie a été lente et que l'examen ne soit fait que quelques heures après, on trouve la face plus colorée, les oreilles sont violacées, il y a des plaques de même couleur ou rosées sur les différentes parties du corps ; le sang est d'un rouge plus foncé, il y a une rigidité musculaire si prononcée que, d'après Marye, on peut enlever le cadavre en le saisissant à ses deux extrémités, à la manière d'une planche.
Dans les deux cas, et comme phénomènes caractéristiques, il faut retenir l'existence de larges plaques rosées, le sang fluide et d'une coloration vermeille, une chaleur longtemps persistante dans le cadavre, la lenteur de la putréfaction.
Tous les organes vasculaires sont teintés par la rutilance du sang.
Les poumons, la muqueuse trachéale et bronchique, sont d'un rouge brique. Dans le parenchyme très-dense, pas de noyaux apoplectiques ni d'ecchymoses sous-pleurales. La muqueuse digestive est rosée. Il n'y a rien au cerveau.
IV. Conséquences médico-judiciaires et règles de l'expertise.
Ce que nous venons de dire de letat du cadavre permet d'affirmer si un individu a succombé à l'asphyxie par les vapeurs de charbon. On peut d'ailleurs en avoir une nouvelle preuve par l'analyse spectroscopique du sang. Voici le procédé conseillé par M. Coulier :
« Pour faire cette expérience, il suffit de délayer quelques gouttes de sang dans un peu d'eau, de manière à obtenir un
ASPHYXIE PAR LE CHARBON. 329
liquide opalin légèrement rosé. Ce liquide est versé dans un tube à expérience ordinaire, et ce tube est placé devant la fente d'un spectroscope recevant la lumière des nuées ou d'une lampe. On aperçoit alors les deux bandes d'absorption du sang artériel, que l'addition à une douce chaleur d'une goutte ou deux de suifhydrate d'ammoniaque ne modifie pas. 11 en sera de même si on fait traverser le sang intoxiqué par un courant de gaz acide carbonique. Cette action de l'oxyde de carbone sur l'hémoglobine explique également la présence des taches rosées sur la peau, et leur persistance jusqu'à la putréfaction bien accentuée, alors que le sang dans tout autre genre de mort prend la teinte veineuse, par suite de la combustion qui continue après la cessation de la vie. »
L'asphyxie peut être le résultat d'un accident, d'un suicide, d'un homicide.
Dans le premier cas, on constate que l'individu a fermé la clef qui est placée dans le tuyau du poêle ; le poêle s'est transformé en brasero et les gaz délétères se sont répandus dans la chambre. — Ou bien encore, la cheminée de la chambre à coucher est en communication avec le tuyau d'une autre cheminée dans laquelle on fait du feu et les produits de combustion peuvent ainsi être attirés. — Enfin une cause plus rare est la combustion lente des poutres et des solives.
Dans les cas de suicide double, dans les cas d'homicide, il ne faut pas oublier que les individus doivent présenter une certaine équivalence dans les symptômes éprouvés. Voici quelques -unes des questions qui ont souvent été adressées à l'expert :
Lorsque deux personnes sont placées à des hauteurs inégales dans une chambre (par exemple, sur un lit et sur le parquet), quelle est celle qui succombe la première?
Comme le conseille M. Coulier, on pourrait répéter l'expérience en se servant d'animaux que l'on observerait du dehors. Voici d'ailleurs ce qui se passe. Le gaz
DES ASPHYXIES
délétère étant plus léger que l'air va d'abord dans le haut de la pièce; quand il s'est suffisamment refroidi, il tombe à la partie inférieure; après vingt-quatre heures, par exemple, le mélange par diffusion s'opère, suivant la loi de Dalton, d'une manière uniforme. Dans une petite pièce, et avec une combustion rapide, la personne couchée sur un lit peut succomber avant celle qui serait allongée sur le plancher. '"Dans des conditions opposées, l'inverse pourrait se produire.
Quelle est la quantité de charbon nécessaire pour asphyxier dans une chambre ?
Il faut tenir compte de la capacité de celle-ci, des ouvertures aux portes et fenêtres, de la qualité du charbon, etc. Leblanc pensait qu'un kilogramme de charbon en combustion pourrait rendre asphyxiants 25 mètres cubes d'air. On a dit aussi que la braise des boulangers fournissait plus d'oxyde de carbone que le charbon ordinaire.
Quant à savoir la quantité de charbon brûlé, il est souvent impossible de répondre à cette question, soit que la combustion ait été complète, soit que celle-ci ait eu lieu dans un fourneau qui renfermait déjà des cendres.
On doit se rappeler que l'asphyxie a quelquefois été simulée par des individus qui voulaient détourner les soupçons : l'état du cadavre et l'examen des circonstances extérieures auront alors la plus grande importance.
B. ASPHYXIE PAR LE GAZ D'ÉCLAIRAGE