Traduit dans la nevue de philosophie du l" avril
l'HAdMATlSMi:
Les habitudes nous oppriment. Beaucoup de gens échappcul à cette oi)pressi<^n. d iuk^ façon intermittente, par des escapades, des sottises qui les soulagent ; il n'est pas douteux, quoi qu'en disent les moralistes, que certaines fugues, certains excès ne soient des remèdes momentanés ; comme aussi l'effort pour résister à des attraits, à des lontations, nous hausse à un degré d'énergie supérieur, à une plus grande étendue de puissance.
Cet empire sur soi-même ou, comme nous dirions, dans le jargon du jour, cet auto-impérialisme, on peut l'obtenir par un dressage calculé. Ceux qui ont le mieux connu l'âme humaine ont construit des disciplines ascétiques sur des plans d'énergie de plus en plus éle\és. Tels sont les Exeicices spiriliieh d'Ignace de Loyola, et le plus vénérable de ces systèmes, l'Yoga dans l'Hindoustan, à l'usage des aspirants à la perfection, et dont les résultats sont l'impartialité du jugement, la force du caractère, le pouvoir personnel et la constance immuable de l'Ame.
A ce propos M. William James cite l'exemple d'un ami européen, légèrement névrosé, cjui avait tiré des règles du Halha yoga des résultats merveilleux ; il était par\enu à vaincre le sommeil, la faim et le vol capricieux des pensées, à atteindre une paix insoupçonnée et la certitude du succès dans toute entreprise.
Nos pensées, poussées par la volonté, qui est ellemême mise en mouvement par l'émofion, le désir, exercent un pouvoir plastique sur notre corpS4 nous
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pcnnellont d'éliniiiicr nos émotions superllues, de nous en rendre niailres, tôt ou tard, par une thérapeutique suggesti\e. L'iiomnie autoritaire et cassant sera susceptible de de\enir patient et raisonnable, (rac(|uéiir des idées saines, de tourner à l'optimisme : sans sélcxer jusqu'à l'héroïsme, il suffit de se donner sa parole d'honneur de faire ou de ne pas faire telle chose, pour y réussir. On raille le mind cure : M. William James estime (iue ce mouxemenl religieux outrepasse certainement les prévisions el les critiques rationalistes.
Kn dernière analyse, l'individu possède des pou- \oirs variés, que, la plupart du temps, il ne réussit pas à employer ; presque toujours il se montre inférieur à son être plein et complet. Ces barrières prétendues invincibles que le tempérament, le caractère semblent nous imposer, viennent de la paresse et de l'indolence. Nous ignorons nos limites. Rien ne justifie mieux le mot de Joseph de Maislre : « L'homme devrait agir comme s'il pou\ait tout et se résigner comme s'il ne pouvait rien i. »
24 septembre 1907.
1 A ce résumé très succinct de l'étude de William James sur Les énergies humaines, nous devons rattacher le traité de M. Jules Payot, sur l'Education de la volonté, qui date de 189i, et qui vient di'atteindre en 1907 (Paris. F. Alcan) sa vingtseptième édition. Cela prouve à quel point il correspond à des préoccupations du public. M. Payot, dont le livre s'adresse aux jeunes gens, doit être rangé parmi les pragmatistes avant le mot et avant la lettre.
BouRDEAU. — Pratrmatismc.