‹ Pragmatisme et modernismeChapitre 36 sur 68 · I.i: \ lîAI l'VSCAI.. l · texte numérisé non relu

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mais, tandis que nous l'éprouvons, il nous donne autant de joie qu'un plaisir \rai. Il est sans doute pîissatiiT et péi'issalije roniiue nous-mêmes. Mais il nous élève à une plus haute jierfection. 11 n<»us crée « une autre âme. Dans quel transport n'est-on point de former toutes ses actions dans la vue de plaire à une personne que l'on estime infiniment ? On devient toute Liiandcur. T.a passion élèxc tout à sa hauteur ». F^ascal se montre déjà anli-intelleclualisle et antirationaliste. Les raisons du cœur déconcertent la raison. Le cttur est un al)îme infini cl x'ido (|ui aspire à se combler. Le fond de la natiu-e humaine, c'est la passion (non l'intelligence), par où cherche à se satisfaire un être fait pour la pensée stable et qui ne peut la supporter. Sainte-Beuve se demande, à propos de ce petit Discours, d'ailleurs un peu froid, si Pascal aima, s'il eut « la marque des amants ». Et il estime que Pascal n'a point aimé (( lunnainenieiit ».

V^ers ce temps, Pascal songeait à prendre une charge, à se marier. Sa santé était fragile, il avait les nerfs malades. La ferveur religieuse s'empara de lui. Il fréquenlait Port-Royal. C'est un regret que M. Boutroux se soit borné à exposer les deux conversions de Pascal, sans aborder le problème de psychologie qu'elles soulèvent.

Port-Royal tentait une réforme du catholicisme coiili'e les ji'suilcs. rfli'di'o con([uéranl (pii a\ait en partie triomphé de la Réforme luthérienne. Pascal se jeta dans cette lutte à corps perdu. Il composait en 1050 et 1057, avec un soin extrême, s'y

reprenant jusqu'à vingt fois, ces Petites Lettres ou Provinciales, chefs-d'œuvre inimitables d'éloquence probante et persuasive, écrites tantôt sur' le ton de la moquerie froide et familière, tantôt dans un accès de colère foudroyante, et qui sont des actes au même titre que les harangues de Démosthône. Contre ces destructeurs de l'Église de Dieu, la parole de Pascal précède le glaive, elle en fait déjà briller l'éclair.

En quoi consistait cet esprit jésuite contre lequel Pascal engageait un combat mortel ? Le but que poursuivaient les jésuites n'était pas de corrompre le monde, il n'était pas non plus de l'améliorer, il s'agissait pour eux de le gouverner. On ne gouverne les hommes qu'en se pliant à leur caractère. La religion devenait entre leurs mains une politique, la morale une casuistique. Suivant l'intérêt de leur Ordre, qu'ils confondaient avec celui de l'Église, il prêchaient des doctrines d'extrême obéissance, ou des doctrines d'extrême liberté, le droit des souverains d'opprimer les peuples, Te droit des peuples de poignarder les souverains. Ils se montraient directeurs stricts ou relâchés selon le tempérament de chacun. Le gai cavalier qui venait de percer son ri\al d'un coup d'épée, la fragile beauté qui avait oublié son vœu de mariage, trouvaient dans le jésuite un homme du monde facile et bien élevé, indulgent aux peccadilles des gens de bonne compagnie. L'essentiel était de les retenir dans l'Église ; ne valait-il pas mieux qu'ils fussent de mauvais catholiques que de mauvais protestants et de mau-

vais libres penseurs"? Et s'il se trouvait enfin des hommes assez malheureux pour être des duellistes, des débauchés, des menteurs ou des voleurs, ce n'était pas une raison pour en faire par-dessus le marché des hérétiques ^

La morale des jésuites n'est autre que la morale du monde. Pour Pascal, au contraire, la religion chrétienne est la protestation contre la morale du monde ; elle en est la condamnation éternelle.

« En vain, écrit M. Boutroux, l'Ordre des jésuites, supprimé en 1764, fut-il rétabli en 1814. En vain le fondateur de l'Institut des rédemptoristes, saint Alphonse de Liguori, restaura-t-il le probabilisme, sauf explication en ce qui concerne l'adultère, le parjure et l'homicide : la conscience publique n'a point cassé le jugement de Pascal. Et la maxime qui justifie les moyens par la fin ; la duplicité savante qui permet de mentir en faisant semblant de dire la vérité ; la casuistique, qui réduit en règles ce qui n'en comporte pas et lue l'esprit par la lettre ; la complaisance qui appelle bien ou déclare permis ce qui est mal, sous prétexte que les hommes répugnent à s'en détacher ; le formalisme qui dispense les hommes du devoir d'amour et de piété intérieure ; la religion comme instrument de domination ; l'habileté et la politique comme moyens de travailler au royaume de Dieu, sont demeurés des objets d'aversion pour les âmes religieuses et délicates. »

Mais les Provinciales \ont liioii au delà. et. selon

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