‹ Pragmatisme et modernismeChapitre 35 sur 68 · Chez Hachette · texte numérisé non relu

Chez Hachette

relies acharnées du passé. Pascal est si peu uioit, que tout l'effort des encyclopédistes, au dix-huitième siècle, de Voltaire à Condorcet, fut de faire passer [:four fou ce redoutable ennemi de la philosophie de la raison. Les romantiques le prirent pour un des leurs. En lui, pensait Chateaubriand, se livrait la lutte tragique de l'intelligence et du cœur. Sainte- Beuve voyait le doute enfermé dans Pascal comme un lion en cage. Infiniment curieux de la variété des caractères humains, et cherchant à pénétrer le secret d'une âme pieuse, il s'était épris de Port-Royal ; puis il s'en détacha. Son œuvre, aux pages émues et édifiantes, s'achève en un rire méphistophélique : « Hélas ! pauvres Messieurs, que fûtes-vous, s'non une illusion de plus, au sein de l'illusion infinie ? » Dans une lettre adressée, en 1863, à M™^ Hortense Allart de Méritens, il écrivait : « J'ai étudié dans ma jeunesse un peu de mythologie chrétienne. C'était pour moi ce que fut pour Jupiter le plumage du cygne, un moyen d'obtenir accès près des belles et de saisir des instants plus doux. » M. Ernest Havet a fait comparaître Pascal au tribunal de la raison raisonnante. M""^ Ackermann, M. Jules Lemaître ont évoqué un Pascal en proie aux terreurs du moyen âge et aux inquiétudes de l'âge moderne, et pour qui la Croix n'est déjà plus qu'un roseau.

M. Boutroux, en s'abandonnant docilement à l'influence de Pascal lui-même, en le cherchant dans sa vie et dans son œuvre, sans souci des antithèses poétiques, des causes à servir et des écoles à satisfaire, a découvert un tout autre Pascal. Il nous a

Iracé, d'une main sobre et sûre, un portrait d'une clarté profonde, qui l'ait songer au mot de Faust : « Tu es l'égal de l'esprit que tu comprends. » Au lieu d'un Pascal au cœur déchiré, se précipitant par terreur du scepticisme dans le gouffre de la foi, il aperçoit un Pascal d'accord avec lui-même, dont toutes les. puissances, sans s'affaiblir, se sont rangées sous l'amour de Dieu, un Pascal qui s'élève par degré ;i l'unité la plus parfaiie, à la suprême harmonie.

Le trait de nature, chez Pascal, la pensée dominante, le sentiment exclusif, c'est l'ardeur de la perfection, la passion d'exceller en tout.

Doué de dons merveilleux, il éprouvait pour la science une telle passion, qu'il oubliait le reste du monde lorscpi'il s'y livrait. Les plus hautes aptitudes en mathématique et en physique se joignaient dans son esprit au génie de l'invention.

Il y avait en lui un mondain, spirituel et ironique, aimant l'élégance, la vie fastueuse, délicate et raffinée, la comédie, peut-être bien le jeu. Le duc de Roanncz ne pouvait se passer de lui. Il fréquentait le chevalier de Méré, modèle de l'honnête homme, des épicuriens, et cette grande précieuse, amie de Port-Royal, la marquise de Sablé. Vers 1652, il faisait la cour à une Muse poitevine, la Sapho du pays, en compagnie de deux autres soupirants. Ce fui peut-être pour elle qu'il composait, vers trente ans, les quelques pages du Discouis sur les passions l'.c l'amour ^. L'amour est peut-être un plaisir faux ;

1. On sait que l'authenticité d'attribution à P<iscal. en a été contesté©.

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