‹ Pragmatisme et modernismeChapitre 50 sur 68 · I. F. PiUon, l'Année philosophique, p. 226. F. Alcan · texte numérisé non relu

I. F. PiUon, l'Année philosophique, p. 226. F. Alcan

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(jualrièine Ëvangile. .M. Le Uoy, de même que M. Loisy, partage quelques-uns des scrupules de l'exégèse profane : la \ision de saint Paul sur le chemin de Damas, sous forme d'une lumière éblouissante et d'une voix qui n'émane d'aucune forme corporelle, lui fournit le type dont il a besoin pour pouvoir soutenir que la résurrection n'a pas été constatée comme un fait vraiment physique.

Hormis pour ceux qui ne voient dans les dogmes que des mystères établis par Dieu, afin de confondre l'orgueil humain, la résurrection matérielle du Christ est, au point de vue intellectuel, inconcevable, autrement qu'à titre de simple métaphore sans portée pratique. Il en va tout différemment, si, comme le veut M. Le Roy, on donne au dogme un sens négatif. Jésus n'est pas mort en ce sens que la mort corporelle n'a pas mis un terme à son action sur les choses de ce monde, que la mort n'a pas été pour lui comme pour le commun des hommes une cessation définitive de l'activité réelle, ce qui ne veut pas dire que la personnalité de Jésys a repris les phénomènes corporels ordinaires. Cela ne signifie point non plus que l'enseignement de Jésus lui survit, de la même maniè're, par exemple, que la pensée de Victor Hugo survit dans ses poèmes. Jésus est ressuscité en ce sens qu'il n'a jamais cessé d'être une source jaillissante et une règle efficace de vie.

Il en va de même pour le dogme de la Transsubstantiation, du changement miraculeux de la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ. Interpréter la transsubstan-

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liation dans le sens lilléral, c'csl la rendre inintelligible. Pour M. Le Roy, ce n'est pas cependant une figure. Il n'y a pas de réalité plus réelle que la présence du Christ en face du catholique agenouillé devant l'hostie sainte : un changement s'est opéré dans les espèces eucharistiques. Mais M. Le Roy ne veut pas qu'on lui impose la formule comme une thèse physique ; il veut avoir le droit de l'interpréter, et il puise ce droit dans les termes mêmes du décret du Concile de Trente. Le dogme n'a de l)ortée pratique que si nous comprenons que notre altitude, en face de l'hostie consacrée, doit être celle (jue nous aurions en face de Jésus devenu visible ; et cette pensée est susceptible d'affecter profondément notre conduite. C'est dans le même esprit que nous devons entendre la personnalité divine, l'immortalité, toutes les sublimes doctrines de la foi catholique. Le dogme, tel que Tcntend M. Le Roy, ne nous offre pas une réalité extérieure dont nous ne pourrions nous faire aucune idée satisfaisante ni, par conséquent, tirer aucun avantage ; il a une signification, non pour la raison, mais pour la conscience ; ou. ])lus cxactenKnit. M. Le Roy attribue au dogme une portée ontologique, intuiti\e, et non pas siin|4ement symbolique, tout en disant qu'il n'est ])as objet de représent;ili<in intollccluelle ;'i quoi on serait tenu d'adhérer. Ainsi seulement il nous apporte une énergie d'action, une force de \ie.

La philosophie moderne, le pragmatisme renouvellent le sens de la tradition. La tradition, d'après .\L Le Roy. n'est pas quelque chose de figé, d'im-

mobile, elle est soumise à une réinterprétation perpéluelle qui permet de l'adapter à nos besoins. Toute la hardiesse de M. Le Roy naît de cette nécessité de concilier les exigences de l'esprit et celles de la 'vie pratique, et à conserver pure et intacte la quintessence du catholicisme.

- L'heure toutefois semble peu propice. Devant l'attaque toujours plus pressante, la papauté exige l'obéissance d'une armée en campagne ; elle resserre la double discipline intellectuelle et matérielle ; quiconque s'en écarle encourt le soupçon de défaillance et de traîtrise. Si le pragmatisme individuel de M. Le Roy était justifié, à quoi se réduirait le rôle de ces ordres Dominicains, Jésuites... gardiens de la tradition, interprètes du dogme, qui ont sauvé l'Église de la Renaissance païenne et de la Réforme, et tenu en échec la Révolution ? Nul doute, si ce n'est déjà fait, que M. Le Roy ne soit condamné, tout au moins, sévèrement blâmé par Rome. L'Osservatore romano avertit les libraires catholiques de ne pas répandre un livre où l'étiquette catholique ne sert qu'à mieux déchirer le catholicisme. D'après le journal romain, Dogme et critique est rœu\re d'un protestant déguisé. En quoi, ce censeur trop zélé prouve qu'il ne l'a pas compris. Selon la remarque de M. G. Sorel, la thèse de M. Le Roy écarte le fardeau de la Bible historique aussi lourd que la pesante armure scolastique à des épaules qui ont besoin d'être équipées à la légère i. M. Le Roy réduit

1. Voir, dans la Revue générale de Critique et de Bihllorjraphie de mai, le savant arfiv'Je de M. Sorel.

la Bible a une parole, à un enseigiieiiienl inlérieurs ; il ne sautait êlre suspect (railînités avec le protestantisme orthodoxe.

Nous nous occuperons, dans un prochain feuilleton, du livre de M. Bureau, la Crise morale des temps nouveaux, qui marque une autre tendance émancipatrice, qui touche non plus au dogme, mais aux mœurs. C'est l'œuvre, pareillement, d'un de ces catholiques de gauche dont le nombre semble s'accroître et qui. après une réaction passagère, ne désespèrent pas du succès.

8 Juin 1907.

Incedo per ignés, nous traitons un sujet brûlant. A propos des pages qui précèdent, un correspondant nous écrit : « Les questions religieuses sont délicates et complexes entre toutes. » Ne risquet-on pas, en les examinant du dehors, de froisser les consciences ? Il est malaisé d'en parler avec cette liberté à laquelle nous ont habitués les philosophes. Ceux-ci sont les meilleures pâtes qu'il y ait au monde ! Rien ne les émeut, rien ne les scandalise, ni les affirmations les plus osées, ni les plus fortes absurdités. Mais ces questions s'imposent à nous, l'ji \iuii un minislre a inomené son éteignoii" sur les lumières du ciel, afni (jue les lampions de la société de l'avenir brillent d'un plus ^'if éclat. Les mouvements trop brusques suscitent toujours des réactions.

160 Modernisme.

La séparation de TËglise et de l'Etat a mis les sujets religieux à l'ordre du jour. Les revues, même indépendantes, en sont encombrées, et l'offre ne fait que répondre à la demande des consommateurs. En langage de librairie, « la religion se vend ».

Préoccupés de renseigner nos lecteurs sur les courants plus ou moins profonds, plus ou moins durables de la pensée contemporaine, nous avons été conduits, à l'occasion du Pragmatisme si fort en faveur, à signaler le livre de philosophie religieuse dû à M. Le Roy, intitulé : Dogme et Criiique, d'une ingéniosité aussi sincère que merveilleuse pour se tirer de difficultés inextricables, au point de vue de l'histoire et de la science. Jamais il ne nous est arrivé de recevoir autant de lettres, d'objections, de rectifications, bienveillantes pour la plupart. Nous les avons lues avec déférence et nous nous excusons de n'y pouvoir apporter ici que dé brèves réponses ^. Un de nos coi"respond;uits attire notre attention sur ce fait que l'Eglise ne tolère aucune interprétation arbitraire et résout les objections en se fondant sur la raison : rien ne nous semble, en effet, plus conforme à l'orthodoxie. Cependant, notre pensée dépend-elle de nous quand l'attention et la réflexion s'en emparent ? Un autre s'étonne que nous parlions du livre de M. Le Roy, désapprouvé par la hiérarchie compétente ; c'est oublier que les études philosophiques demeurent en dehors de toute juridiction.

1. Un grand nombre de lettres portaient sur une omission matérielle, à propos du dogme de la résurrection, omission aussitôt rectifiée.

LA CHISE DU CATHOI.ICISML. iOl

Lue dernière remarque eoncernait le tilre même : /'( ('lise du Callwlicifime : c'est réjouir les achersaires, nous a-l-on dit, à un moment bien inopportun. Ici nous in\oquerons M. l'abbé de Pascal, Mgr Haudrillarl, qui ont prononcé le même mol, exprimé la même idée, et M. Paul Bureau, professeur à rinstilul catholique, doni le livre, la Crise morale des temps nouveaux, l'ail Tobjet de celle élude. Il apparaît à M. Bureau que nous vivons à une époque de transformations rapides, au milieu il'une crise générale ; la crise est partout, dans le parlementarisme, le radicalisme, voire ranlicléricalisme, s'il faut en croire une brochure de M. Buisson : l'Eglise catholique sortira peut-être de cet état critique plus aisément que d'autres institutions qui n'ont pas sa solidité, sa pérennité.

A suivre M. Bureau, nous ne risquon.s plus de nous égarer, de nous perdre dans les broussailles et les halliers de la théologie. M. Bureau nous convie à observer les mœurs régnantes : il obéit à des préoccupations morales cl sociales (jui sont pour lui la marque essentielle d'un esjirit religieux ; il constate des maladies, il cherche des remèdes. Il se rattache au pragmatisme en ce sens que l'efficacité des croyances est pour lui la preu\e la plus con\aincanto de leur vérité.

Le libéralisme, la largeur du catholicisme de M. Bureau se manifeste tout d'abord par la préface de M. Alfred Croisel. C'est à un esprit libre, à un agnostique, à l'hellénisant si délicat, bon citoyen de la Cité moderne autant qu'exact connaisseur de la

BouRDEAir. — Pracniatisnie. 11

Cité antique, que M. Paul Bureau s'est adressé pour présenter son livre au public, ne faisant en cela que suivre les directions de Léon XIII. Ce grand Pape recommandait, en effet, aux fidèles et aux prêtres, de rechercher le commerce des hommes de toutes confessions et de toute opinion, pourvu qu'ils fussent honnêtes gens.

M. Bureau n'est pas de ces esprits chagrins qui ne voient partout que mal et péché. Il célèbre la magnificence de nos sociétés modernes, les merveilles de la civilisation ; il constate les progrès accomplis dans la famille, le régime du travail, les pouvoirs publics, les institutions religieuses, la culture scientifique. Mais il y a une ombre, une tache au tableau. La valeur de l'homme n'a pas progressé : il semble que si l'homme a pris sur la nature un empire dominant, il a perdu cet empire sur luimême.

Il suffit, pour le prouver, de dresser le bilan de l'immoralité contemporaine, M. Bureau nous cite des faits et des chiffres. Intempérance, alcoolisme, accroissement des divorces, abaissement de la natalité française, cupidité, vanité, témoignent des défaillances dans la vie privée. Notre auteur est fort bien renseigné et a\erti, en particulier sur la société parisienne. Très persuadé de l'importance de la morale sexuelle, il s'effraye de \oir l'impudicité submerger Paris et s'étendre comme une épidémie que le mariage facilite, au lieu de la réfréner. Il aperçoit trop d'yeux chargés d'adultères, trop de malthusiens pratiquants, trop de partisans effectifs de l'union libre,

trop de dissolus embourbés dans les délectations charnelles. M. Bureau toutefois est fort éloigné de nous naner par le détail toutes ces turpitudes sur le ton d'un censeur malveillant et rogue. Il nous engage simplement à un examen de conscience, dussions-nous en rougir jusqu'aux oreilles.

Au dérèglement des individus joignez les désordi'es de la vie collective, et cela dans tous les domaines intellectuel, économique, politique, religieux : ici l'autoritarisme et l'intolérance ; là l'esprit d'anarchie, bans la gestion mercenaire de l'Ëtat, qu'il s'agisse (lu corps électoral, de l'armée, de la magistrature, c'est l'espionnage, le favoritisme, l'injustice au service des intérêts personnels coalisés. Exclue des affaires publiques, l'aristocratie s'amuse, et de quelle façon ! Médiocrement active dans les carrières commerciales et industrielles, la bourgeoisie se livre à la chasse des dots et des sinécures administratives ; les paysans ne voient que leur intérêt immédiat ; les ouvriers ne rêvent que la révolution. Partout il y a relâchement du lien social.

De telles mœurs trouvent une opinion, non pour protester contre elles, mais pour les justifier. M. Bureau' cite les apologistes de la délation, de la \iolence, de l'antipatriotisme, de l'avortcment. Dans la conduite comme dans les idées, on conspire à creuser le tombeau de la France.

M. Bureau fait preuve d'une extrême impartialité. Bien loin de croire que tout le bien soit d'un côté, tout le mal de l'autre, il ne juge pas selon l'étiquette : maints catholicjues mènent des vies païennes, maints

adversaires se rapprochent d'un idéal religieux. Les causes de cette crise, M. Bureau les cherche à la fois chez ses coreligionnaires qu'il appelle les enlants de la tradition, et chez ceux qu'il désigne sous le nom des enlants de V esprit nouveau.

-Les enfants de l'esprit nou\eau ont trop mis leur confiance dans l'efficacité morale du progrès scientifique ; ils onl été viclimes de celte erreur d'après laquelle il suffit d'éclairer les hommes pour les rendre meilleurs. Ils ont jugé que la société devait s'améliorer fatalement, de même que le soleil se lève, sans notre effort, sans notre concours. Ils ont remporté d'admirables succès, par le bienfait des découvertes de la science, par l'aménagement des intérêts matériels de la \\e. Ils ont essuyé de graves et nombreux échecs. Tout ce qui affranchit l'esprit de l'homme sans le rendre maître de lui-même est malfaisant.

Les méprises des enfants de la tradition se sont produites en sens inverse, par leur hostilité à la pensée moderne, par la confusion de l'esprit de conscr\atioa et de l'esprit de réaction. Ils ont rendu de précieux services à la collectivité, créé des œuvres d'assistance, défendu la famille, donné l'exemple de la moralité personnelle ; mais infiniment plus (|u"cn Allemagne, en Autriche, en lialie, ils ont p(U(lu. en France, le contact des masses populaires, des paysans et des ouvriers des villes.

Les uns et les autres ont également échoué ; ils ont pri\é notre pays des forces morales dont il a

besoin. La crise aiguë qu'il tra\erse frappe les plus a\eugics. Ce double de\oir de réforme individuelle incombe aux croyants comme aux incroyants. Les incroyants cherchent le fondement de cette éducation dans la morale de l'évolution, de la solidarité. M. Bureau critique ces deux morales laïques, où il ne réussit pas à découvrir l'origine et la légitimité (lu de\oir iiiiii('M;ilir. 11 ne ra])err()il <|U(* dans lo sentiment religieux, dans la foi agissante, seule source de régénération efficace et de vie sociale.

Quelques remar([ucs achè\eront de faire comprendre la pensée de l'auteur. M. Bureau croit qu'il existe un lien entre la morale des individus et le bien général de la société. Cette idée semble contredite ])ar M. de Gobineau (pii n'aperçoit pas de relation entre la moralité privée et la vitalité sociale : le fanatisme, dit-il, le luxe, les mauvaises mœurs et l'irréligion n'amènent pas nécessairement la chute des Empires. Les sceptiques renchérissent encore. Bayle cherche l'origine des sociétés dans les besoins, les imperfections, les appétits de l'homme. Mandeville vante la nécessité des passions antisociales, il salue l'orgueil, la sensualité, la paresse, la prodigalité, l'envie, l'avarice, comme les patrons du commerce, de l'industrie, de l'art, de la science; il fonde la civilisation sur les sept péchés capitaux, et condense sa théorie dans la dangereuse formule private vices, public beneliis. Kant, en dépit de sa haute morale, admire cependant la force impulsive des pires défauts de l'homme, la vanité malveillante, la passion de commander. Hegel signale la méchan-

ceté, le Bœse, comme le levier du progrès humain. Les utilités du vice n'empêchent pas d'ailleurs qu'il ne soit mauvais. Mais les vices n'ont peut-être pas entre eux autant de liaison que l'imagine M. Bureau, et telle vertu, remarque Bayle, se conserve mieux dans un cœur avec plusieurs vices éclatants qu'avec dès défauts médiocres.

En admettant qu'il puisse y avoir quelque grain de vérité dans ces paradoxes, tout esprit sensé est obligé de reconnaître que l'ordre social exige un certain degré d'honnêteté dans la famille, de probité dans les transactions, de conscience dans la gestion des affaires publiques, de discipline dans l'armée, et d'esprit religieux, au sens large. Nous sommes en France, à l'heure présente, au-dessous de ce niveau, comme on l'était par exemple au temps du Directoire, avec cette infériorité qu'à la fin du dixhuitième siècle la meilleure âme de la France s'était réfugiée dans la vigueur et l'enthousiasme de ses armées. L'histoire d'Angleterre nous révèle d'autre part le rôle des élites morales. C'est à l'esprit puritain que l'Angleterre doit encore aujourd'hui sa prospérité économique, sa colonisation resplendissante, la dignité, la puissance et la richesse de ses classes ouvrières.

M. Bureau ne se flatte pas de convertir au puritanisme trente-cinq millions de Français. Mais il ambitionne pour cette petite cohorte, d'après lui toujours grandissante, des catholiques de gauche, le rôle des non-conformistes en Angleterre. Ce sont eux qu'il appelle à former un groupe de forces sociales dont

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la France ne peut se passer. Il les détourne, à tort ou à raison, de l'action politique, sur laquelle d'ailleurs ils sont divisés, pour qu'ils concentrent toute leur énergie sur le bon aménagement de la vie privée, familiale et professionnelle.

Commentant le livre de M. Bureau, dans la revue catholique Demain i, M. Paul de Rousiers, si versé dans la connaissance des hommes et des choses d'Angleterre et d'Amérique, observateur calme et réfléchi, fait ressortir la nécessité de vertus nouvelles, répondant aux nouveaux besoins de notre démocratie industrielle : la docilité, l'obéissance sont les vertus d'un âge de minorité. Ce qu'il faut, c'est l'habileté, l'énergie, l'initiative émancipatrice. A nos sociétés mouvantes et déracinées, le patriarcalisnio. le paternalisme rural et figé d'un Bonald, l'autoritarisme aristocratique d'un Joseph de Maistre ne sauraient convenir.

Par cette école de l'abbé de Tourville, de M. de Rousiers, de M. Bureau, de l'abbé Klein, nous voyons l'influence anglo-saxonne, qui a donné au catholicisme son dernier apologiste Newman 2, pénétrer le catholicisme latin, de même que vers 1860 s'exerçait, .en théologie, l'influence germanique.

Ces hommes nouveaux auquels il faut joindre, dans d'autres sphères, les Tyrrel, les Loisy, les Murri. les Sohell, les Fogazzaro, les Le Roy, et d'autres moins ronnus. sincèrement attachés à l'Église, n'ont visé

1. 10 mai. Cette revue fort Intéressante était l'organe des catholicfues progressistes. Elle se publiait à Lyon.

2. La Grammaire de l'assentiment vient d'être excellemment tr.oduite par M"' Gaston Taris.

qu';'i mieux cclainM' les esprits, à mieux fortifier les cœurs 1.

Une vive réuclion se produit cependant à Rome contre ces tendances, dans les cercles du Vatican, où l'on condamne ces rapprochements, ces manifestations générales d'autonomie, cette ligue pour la ■culture, dont les chefs du Centre catholique allemand ont pris l'initiative contre les procédés de la Congrégation de l'Index. N'est-il pas remarquable (ju'au même temps, dans l'Église anglicane, s'accentue une aspiration vers le sacerdotalisme, l'ecclésiasticisme, et la formation d'ordres religieux sur le modèle catholique, recommandés en Allemagne par le protestant Harnack ? Il n'y a pas assez de catholicisme dans le protestantisme, pas assez de protestantisme dans le catholicisme. De part et d'autre, il s'agirait de concilier la liberté et l'autorité, l'unité et la vie. Mais l'histoire nous enseigne que les institutions ne se maintiennent que par l'esprit qui les a fondées.

23 Juillet 1907.

1. Sur Tesprit des libéraux modernistes voir : les Menus propos d'u7i catholiijue libéral, par M. Léon Chaine. 1 vol. 1908. et du même auteur Les catholiques Jranrnis et leurs difficultés actuelles. 2 vol. in-8, 1904 et 1908.

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