‹ Pragmatisme et modernismeChapitre 54 sur 68 · W. James, loc. cit. p · texte numérisé non relu

W. James, loc. cit. p

2. Voir los Etudes dos Pèros de la Compagnie de Jésus, 20 mai

Li: Muuehmsml: i:t l'outhodoxl;. 181

]ucl>Miil <lciuoiitrcr (juc le seiiliiiiciilalisiiic icliyirux u'csl aiilro cliosc qu'un simple subjectivismo dont l'Iionunc n'ilcchi liiiit par prendre conscience. Selon lui, ce Dieu que Uousscau a cru prouver d'une façon irréfutable par le sentiment intérieur, n'est que son propre miroir, la traduction de ses pensées les plus hautes, de ses aspirations les plus pures. Le mystique ne s'aperçoit pas que dans ce dialogue entre l'homme et Dieu, il fait la demande cl la réponse et adore son propre écho, iju'il projette son ombre dans le ciel, que ce sont les larmes du cœur qui, « en s'évaporant, forment rimage nuageuse de la di\inité ». La religion, d'après Leuerbach, ne serait que le reflet de la nature humaine, ce qu'il y a de meilleur dans l'homme. (( L'homme, a tlit llenan, fait la beauté de ce qu'il aime, la sainteté de ce qu'il croit. » Le modernisme, selon les Eludes, n'est en somme que le « sabotage de l'apologétique ».

Les modernistes, il est vrai, témoignent des meilleures intentions. Ils \eulent, disent-ils, libérer l'activité religieuse d'une dialectique qu'ils jugent impuissante et caduque, pour la restituer à la conscience intime et à la \ ie pratique ; ils cherchent à travers les contradictions et les divergences des évangiles ce qui peut servir à l'éducation et à la force morale. En réalité, religion intérieure et extérieure, ferveur et formalisme, lettre et esprit, dogme et action, opposés en apparence, restent inséparables, et se retrouvent dans toutes les religions. . Quant aux modernistes exégètes, ils prétendent

concilier l'esprit religieux et l'esprit critique et, pour ainsi dire, trouver un moyen terme entre les Exercices de saint Ignace et ï Introduction aux Ètudem historiques de MM. Langlois et Seignobos. On rencontre sans doute parmi les prêtres et les laïques catholiques des historiens et des philologues de premier ordre et de parfaits critiques. Mais pour ce (jui touche à l'histoire de l'Eglise dans son ensemble, à ses origines, la première condition de l'exégète, d'après Renan, c'est d'écarter tout surnaturel, de cesser d'être catholique. Au lieu de conquérir la science historique au catholicisme, les exégètes juste-milieu sont à demi conquis par elle. Ils imitent ces Pères Jésuites qui suivaient les cérémonies bouddhistes pour mieux convertir les Chinois. Aux esprits que le surnaturel n'étonne pas et ne repousse pas, écrivait Sainte-Beuve, à propos de la Vie de Jésus, il paraîtra toujours plus facile et plus simple de croire à ce qui a été transmis et enseigné par la tradition, que d'entrer dans l'explication tout historique et nécessairement laborieuse d'un passé si imparfaitement connu, — et nous pouvons ajouter impossible à connaître exactement.

Le petit groupe moderniste, que i orthodoxie condamne, se flatte cependant de représenter la vraie foi catholique et le réalisme sincère contre les protestants orthodoxes et libéraux. Loisy combat Harnack qui ne voit dans l'Église que des déviations à l'Évangile. L'Église, d'après Loisy, s'est enrichie par une foule d'initiatives. Il réduit le rôle du Christ et de l'Éxangile et blesse par là les protestants et

LE MODERNISME ET l'oRTHODOXE. 183

l'orthodoxie catholique, pour laquelle la doctrine du Christ n'est soumise ni à évolution ni à transformation, renferme autant de vérité que le premier jour, est à la fois dans l'Eglise yenne et ferment ^, contient en elle les dogmes, les idées, les institutions et les mœurs, comme le gland contient le chêne, Loisy a proclamé que tout se réduit à l'action de l'Église ; et quand celle-ci a voulu faire acte d'autorité contre lui, il a protesté au nom de l'Évangile. Son système avait pour but de justifier un absolu scepticisme au sujet de la Bible : tout se ramenait à une interprélalion de l'Église. Or les vrais protestants croient à la Bible. Mais, a-t-on remarqué, par le fait que les modernistes persistent, alors même que Rome les excommunie, à se déclarer antiprotestants, c'est en fin de compte l'Église romaine qui bénéficie le plus de leur propagande.

Les modernistes et les protestants néanmoins ont un point de contact dans une commune méthode : l'examen personnel. L'examen personnel est condamné par le Saint-Siège. Le Pape est chargé du salut de tous les fidèles. Il est général en chef. Chaque fidèle, au lieu d'obéir, veut-il examiner, il y a désordre dans l'armée et tout est perdu 2.

Il est vrai que les modernistes tracent des limites au libre examen. Ils distinguent ce qui appartient à l'autorité et ce qui ne relève que de l'autonomie. Mais on ne saurait faire à chacune sa part ; autono-

1. Voir la licvue des Sciences philosophiques et théologiques. Janvier 1907.

■2. Stendhal, Promenade dans Home, I, p. 253

18 i MODERNISME.

mie et auloiilé prétendent Tune et l'autre à l'empire sur l'âme entière. 11 n'y a pas en effet de séparation absolue entre les facultés humaines, entre la pensée et l'action, entre les jugements et les croyances de la raison et les déterminations de la volonté. AI. Pillon 1 s'étonne, à juste titre, de cette inconséquence dans la philosophie religieuse de M. Le Roy. M. Le Roy prétend faire de l'autonomie la règle légitime du jugement et de la croyance, il accepte d'autre part une autorité externe tenue pour infaillible, comme règle de la détermination et de la conduite. En opposition avec un pouvoir qu'ils sont obligés de respecter et auquel ils doivent se soumettre, les modernistes se trouvent dans une situation fausse et gênante, réduits, eux, les ennemis des casuistes, à in\enter une nou\elle casuisli<]ue sur les limites de la désobéissance.

La Papauté représente le pouvoir le plus illimité qui existe. Les fidèles seraient toutefois mal venus à se plaindre de cet absolutisme : l'obéissance est toute volontaire. L'Eglise ne possède i)lus aucun pou\oir coercifif : nul ne peut taxer Rome d'intolérance. Les partis politiques, autant que les sociétés ndigieuses, tracent à leurs adhérents des principes et un but, et ne se font pas faute d'exclure et d'excommunier ceux qui s'en écartent.

Transformer l'autocratie papale en une sorte de monarchie constitutionnelle serait, d'après M. Prezzolini, une des aspirations des modernistes. La monarchie constitutionnelle n'est auti'c chose qu'une

Page 1