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Ilcpuiili(|iio déguisée ([ui implique le renversemenl lIc la hiérarchie, un changement de souveraineté dans le sens démocratique. Mais pour se maintenir, les institutions doivent rester fidèles à l'esprit qui les a créées. Un césarisme libéral est une contradiction, une chimère : SU ni esl, aul non .sil. L'Eglise est fondée sur l'inspiration divine, et il est au moins aussi raisonnable de considérer cette inspiration comme accordée à un Pape, qui \it de la vie spirituelle dans une sorte de couvent, qu'à une assemblée d'évèques, surtout à une assemblée de fidèles. L'histoire des conciles dévoile autant d'intrigues que l'histoire des Parlements ; l'Esprit esl trop visiblement absent de ces assemblées, tandis qu'on ne \oit pas les intrigues qui se nouent autour du Pape, dont la sainteté cou\re tout.
Demander, au milieu des attaques et des difficultés de l'heure présente, que, pour satisfaire aux exigences de quelques centaines de prêtres et de laïques bourgeois, très cultivés, très subtils, des réformes considérables s'accomplissent dans l'Eglise, auxquelles cent cinquante millions de catholiques qu'il y a dans le monde, rangés et soumis autour de la houlette pastorale, restent profondément indifférents, voire hostiles, conmie en témoignent les grandes Assemblées des catholiques allemands, peut paraître une prétention exorbitante : d'autant que les modernistes ont des aspirations contradictoires. On n'accomplit pas de grands mou\ements religieux avec des pensées troubles, un esprit juste-milieu, un fond de scepticisme, tel qu'il existe, s'il faut en
croire Benedetto Croce, parmi les modernistes italiens. Les grands réformateurs du catholicisme, les fondateurs de ces ordres religieux, de ces milices si disciplinées qui ont sauvé l'Eglise des plus grands périls, les saint François, les saint Dominique, les saint Ignace étaient des enthousiastes, des illuminés.
Une chose enfin devrait avertir les modernistes du danger de leurs revendications ; l'approbation qu'ils reçoivent des ennemis de l'Ëglise, des libres penseurs, des Israélites, si attachés à leur tradition, des franc-maçons si dociles à leurs Loges, des socialistes si soumis à leurs conciles œcuméniques et qui refuseraient aux catholiques le droit et le devoir d'obéir au Saint-Siège !
Il y a cependant autre chose dans le modernisme que des fantaisies individuelles et des querelles d'écoles minuscules. Depuis trois siècles l'Église se restreint et se resserre, devient plus latine, plus liée à la bureaucratie romaine, plus engoncée dans le dogmatisme espagnol. Le modernisme représente des courants nationaux indépendants de l'ultramontanisme centralisateur. Ces courants parviendrontils à l'emporter ? Verra-t-on quelque jour le Vatican envahi par les Yankees, représentants d'un catholicisme pratique, utilitaire, mais sans haute culture, sans goût du passé, sans pompe et sans poésie ? Les amateurs d'antiquités ne manqueraient pas de le déplorer, au même titre que la prise de Rome par les Piémontais, ou l'invasion des barbares.
25 août 1908.