‹ Pragmatisme et modernismeChapitre 67 sur 68 · I.A PHirO^OPlIlK m M. lîF.RGSON · texte numérisé non relu

I.A PHirO^OPlIlK m M. lîF.RGSON

l'univers (•onsidt'Té comme la maiiilVslalioa d'un principe spirituel. M. Bergson parti de l'étude des mathématiques, formé par vingt années de travaux scientili.iucs, a pu montrer la valeur de la science s'exer- .ant sur la matière, et dépasser la connaissance scientiti(iue par l'intuition de la vie. Il continue, selon une métiiode profondément originale, la tradition idéaliste de Ravaisson et de M. Boutroux. Il l)rend la science tout entière, il la retient comme un ensemble de vérités constatées ou démontrées s'appliquant à certaines parties de l'univers et établies en vue de certaines fins pratiques. Puis il demande à la métaphysique de nous renseigner non plus sur telle ou telle partie de l'univers, mais sur la vie même, et il attend cette connaissance de l'ensemble des facultés humaines, car nous vivons dans l'absolu, nous pouvons le sentir, nous portons quelque chose de lui en nous. Ainsi, l'intelhgence voit sa souveraineté limitée, mais l'homme voit sa puissance accrue ; car, pour constituer la métaphy- $ique, ce n'est pas à des hypothèses, à la logique, à l'imagination que M. Bergson fait appel ; c'est à l'expérience. Les méthodes scientifiques, illégitimement transportées dans le domaine de la métaphysicpie, sont replacées avec précision dans les cas où elles ont toute leur valeur. Le spiritualisme, suspendu par d'autres philosophes au-dessus de la terre. (^'st ramené à l'expérience. La scolastique, qui tendait à prévaloir depuis de nombreuses années, tirait la métaphysique des sciences et prétendait expliquer le tout, mécaniquement, comme s'explique cette partie du tout qui est la matière. La philosophie bergsonienne montre comment l'exphcation scientifique est tout entière vraie pour la partie de l'univers à laf[uelle elle s'applique, mais ne peut s'appliquer au tout. Et dans l'univers, souvent présenté jadis comme un mécanisme, c'est la liberté et la spiritualité qui rentrent. L'avenir nous apprendra quelle sera la

■Jo() Ain-ENuici:.

i'urtune d'une iiiélhode qui fait onlrevoir tant de perspectives et quelle influence elle exercera. S'il est permis de formuler en terminant un vœu, c'est que M. Bergson continuant ses beaux travaux, entreprenne maintenant de chercher quelles conséquences pratiques peu^■ent être induites de sa doctrine pour la science des mœurs, la vie sociale, et pour ce que les philosophes appellent l'éthique.

Jniiriinl des nrbnis du 2i mai 190S.

Page 1