Macaulay, Essat sur les papes
ia remarque de M. Brunetière, le catliolicisme luimême y court des risques. Attaquer la casuistique, c'est atteindre la confession. Toutes les religions ont leurs casuistes. Il serait aisé d'extraire du Talmud un Code de jésuitisme hébraïque. L'étonnante devise de Lulher : l'ecca [orliler, sed [nrlius crcde (flèche à cœur joie, mais que ta (oi soit encore plus robuste que ton péché) ne le cède point aux plus ingénieuses inventions d'Escobar. Les religions, et c'est bien là leur côté d'ombre, organisent un marchandage avec le ciel ; car les hommes aspirent à faire leur salut, mais au plus bas prix possible. La spécialité des jésuites était d'offrir le plus fort rabais.
Notre excellent maître M. de Sacy, — non point M. de Saci de Port-Royal, mais M. de Sacy du Journal des Débats, —écr'w ail dnus ce journal que, si Pascal revenait parmi nous, ce ne serait pas contre les jésuites, mais contre certains de leurs adversaires qu'il tournerait son éloquence indignée. Ceuxci ont, en effet, perfectionné les procédés de FOrdre qu'ils combattent, sans imiter le désintéressement personnel de ses membres, l'héroïsme de ses missionnaires, le zèle de ses savants. Il existe des jésuites rouges : il en est de toutes les couleurs de Tarc-en-ciel. Voltaire se plaint de ce que Pascal, dans les Pensées, traite la nature humaine comme il a traité les jésuites dans les Provinciales,
On ne voit plus aujourd'hui dans ces incomparables fragments des Pensées, supérieures encore par leur spontanéité à l'art achevé des Provinciales, une confession de Pascal, mais bien une apologé-
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tique, destinée à révéler à l'homme sa misère et sa grandeur, puis à le jeter au pied du Calvaire. M. Brunetière signale l'étroite affinité de Pascal avec les pessimistes contemporains. Les pages où M. Boutroux cherche à retracer l'ordre logique du raisonnement et des preuves, dans les Pensées, sont peut-être les plus remarquables du livre. Pascal reprend le tableau du monde tracé par Montaigne ; mais où Montaigne ne trouve que des occasions de sourire, Pascal n'aperçoit que des raisons de gémir. L'aimable raillerie de l'un se transpose chez l'autre en trouble et en amertume. Dans son idée de l'ordre social, Pascal donne la main à Hobbes et à Machiavel. Les contradictions de la philosophie ne lui offrent aucun remède. Ce n'est qu'à mesure que se purifie la disposition intérieure de l'homme que la vérité se dévoilera à ses yeux, et il ne la trouvera pas ailleurs que dans la religion chrétienne, embrassée par la charité du cœur.
Ce n'est pas à une foi troublée par les assauts du scepticisme que conduisent les Pensées, mais au mysticisme pur, à la communion de l'homme avec Dieu, et à l'ascétisme, au renoncement à toute joie terrestre. Le récit des dernières années de Pascal, enflammées d'un zèle de prosélytisme inextinguible, nous apparaît aussi beau, dans sa simplicité, que la légende du Bouddha, ou la vie de saint François d'Assise, dont il n'avait pas la tendresse. Plus d'un trait de la conversion de Pascal rappelle, à s'y méprendre, ces princes de l'Inde devenus ascètes, voués aux austérités effrayantes, au culte de la
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pauvreté, à la religion de la souffrance el du malheur.
M. Boutroux, el c'est par là qu'il termine, exprime les réserves d'un philosophe sur les excès de l'ascétisme, dont la contagion n'est point dangereuse : « Est-il vrai, écrit-il, que nous devions travailler, non seulement à modérer, mais à anéantir les instincts inférieurs de notre nature ? Le même instinct qui nous dégrade, si nous nous y abandonnons passivement, nous contient et nous porte, si nous le pénétrons d'intelligence et de liberté. » Peut-être même y a-t-il parfois quelque mérite à affronter sans défaillance les luttes et les épreuves toujours renaissantes de la vie, plutôt que de se réfugier, une fois pour toutes, dans ce lent suicide de l'ascétisme. Mais l'ascète prouve que l'homme se sent digne d'une destinée supérieure, qu'il est capable de vaincre la nature, de briser toutes les chaînes qui nous attachent à l'animalité.
On ne saurait, d'ailleurs, se figurer un Pascal s'accommodant du train habituel de la vie et résigné à transiger avec les hommes et avec le siècle. Ne pouvant souffrir que la perfection, il n*avait de refuge que le renoncement. Tourmenté de la nostalgie du divin, il accueillit la mort, à trente-neuf ans, avec des transports de joie.
Que d'attrait exerce cette frôle et maladive figure du plus grand apôtre de la conscience humaine ! et qu'est auprès de lui Luther, gros Allemand trop bien nourri, trop soucieux d'intérêts temporels ? Nous vénérons en Pascal un exemplaire
LE VRAI PASCAL
unique de notre nation et de notre race, l'alliance de la plus haute intelligence et du plus grand cœur, de l'art, de la science et de la foi, du génie et de la sainteté.
4 août 1900.
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