PASCAL ET LES FA8CALI8ANT
: Il
nilé accompagnée d'nagoisse. C'est aussi l'opinion do Leibnilz, « qu'en voulant approfondir les choses de la religion, Pascal est devenu scrupuleux jusqu'à la folie ». Pascal dira de lui-même, dans son opuscule sur la Conversion dn pêcheur : « Un scrupule continuel combattait son âme dans la jouissance des choses auxquelles il s'abandonnait auparavant avec une pleine effusion de cœur. » Mais par d'autres côtés, Pascal répond bien peu au signalement des obsédés de M. Pierre Janet, car sa méditation est continuellement cohérente et précise, et c'est après sa crise religieuse, au milieu des veilles cruelles et des mortifications, qu'il a écrit les Provinciales, ce chef-d'œuvre d'ironie délicate, d'esprit, de démonstration pressante et d'éloquence enflammée, puis qu'il jette, comme au hasard, sur le papier, ses immortelles pensées. La critique ne saurait donc, sur ce sujet, se montrer, comme le demande M. Sully Prudhomme, trop circonspecte et trop respectueuse. Et sans nier que l'indisposition physique de Pascal ne soit entrée pour beaucoup dans ce qu'on appelle son moral, disons avec Sainte-Beuve que Pascal n'eut d'autre folie que celle de la croix, et remarquons avec Bayle que le vrai christianisme est si rare que celui qui le pratique paraît « un individu paradoxe de l'espèce humaine ».
Afin de mieux comprendre la maladie de Pascal, demandons à M. Pierre Janet à quel signe se reconnaît un homme mentalement sain. M. Pierre Janet nous répondra : l'homme mentalement sain vit dans la réalité, dans le présent et s'y sent à l'aise ou
cherche à s'y accommoder ; il ne se noie ni dans les regrets du passé, ni dans les anticipations de l'avenir. Il est doué de la faculté de s'adapter tant bien que mal à tous les milieux, sans se laisser toutefois absorber par eux. Ses sentiments pénibles ou agréables sont en rapport et proportion avec cette réalité môme. Il prend, en un mot, les hommes tels qu'ils se rencontrent et le monde comme il est. C'est un parfait opportuniste. S'absorber dans la religion, la poésie, la philosophie, se laisser envahir par un sentiment trop vif de justice, de surhonnêleté, que l'imperfection sociale et humaine ne comporte pas, c'est manquer d'équilibre mental.
A ce prix, « qui n'aimerait mieux, écrivait Renan, être malade comme Pascal, plutôt que bien portant, comme le vulgaire ? » Cette santé, Pascal en connaissait si bien les effets, qu'à la fin il la redoutait. L'état naturel du chrétien, c'est la maladie, son état contraire, c'est cette prospérité florissante, qui risque de le rendre égoïste et haïssable, insensible aux misères des autres.
Nul mieux que M. Lanson n'explique l'action de la maladie sur la pensée de Pascal : « Elle n'agit pas en affaiblissant l'intelligence, en la désarmant i, mais en l'excitant, en rendant le problème du bonheur plus angoissant, en écartant les solutions faciles et imparfaites dont l'homme en bonne santé peut se contenter. Elle éloigne Pascal des joies de l'esprit et de la passion, l'empêche de s'absorber dans la science, l'amour, l'ambition, lui découvre le néant