‹ Pragmatisme et modernisme [microform]Chapitre 34 sur 52 · L'AS · texte numérisé non relu

L'AS

MODKRNISMK.

lion justifie la règle de morale pratique impliquée dans le dogme.

Tandis que les modernistes d'inclination mystique, sans se soucier de la lettre, s'absorbaient dans le sens profond et caché des dogmes, les modernistes de l'école critique, les exégètes, s'attachaient au contraire à la minutie des textes, à la découverte de la vérité historique. D'après Loisy, l'Ëvangile nous raconte moins des faits réels que des visions chrétiennes. Les miracles furent les croyances do l'époque. Selon ïyrrel, les histoires religieuses sont à la réalité à peu près comme les drames de Shakespeare aux chroniques qui leur servent de canevas. Loisy, remarque Wilbois, écrit à la fois contre les orthodoxes, qui croieni que rKglise a été à l'orjgiiir tout ce qu'elle est à présent, et contre les protestants, qui affirment qu'elle a renié la pensée du Sau veur. L'Ëglise est dans l'Iuaiigile, mais en germe : son but est de propager l'Ëvangile intégral, en s'adaptant aux pays et aux temps. Loisy est évolutionniste finaliste. — 11 s'agit seulement de ne pas contredire la science historique, et d'accorder les symboles avec la mentalité contemporaine. La supériorité du catholicisme sur le protestantisme, fig'1 dans les textes évangéliques, réside dans cette faculté de changement, d'adaptation progressive, à laquelle il ne faut apporter aucune entrave.

Si foncièrement opposées que soient les tendances des modernistes anti-intellectualistes et des modernistes historiens, ils s'unissent contre l'excès d'autorité dont dispose le Vatican. « Attendu que l'auto-

LE MODERNISME ET l'oRTHODOXE.

rilé n'est pas un principe de certitude recevable dans l'ordre de la connaissance » (Le Roy), ni dans celui (le la conscience (Newman, Hecker), ils aspirent, sur le modèle des Américains, à une activité plus affranchie, à une pensée plus libre en théologie, en philosophie, en sociologie, en exégèse. Sans doute, à la différence des prolestants, les modernistes obéissent à l'Ëglise spirituelle : mais cette obéissance est volontaire, autonome, nullement passive. Le fidèle est une personne, et non pas seulement un membre flu troupeau. On est catholique par conviction et non pnr ordre. L'Église n'a plus de pouvoir coercitif, mais Tautorité ecclésiastique condamne sans entendre. La Congrégation de l'Index supprime votre pensée, sans que vous soyez ni averti ni interpellé sur le point de savoir si vous voulez retirer votre livre : elle ressemble plus au Conseil des Dix qu'à un tribunal moderne.

Les modernistes se défendent cependant de vouloir rien renverser. Ils se contenteraient d'un régime monarchique tempéré, succédant à l'autocral'e organisée par le génie des Jésuites, d'une Église, société de fidèles, où les prêtres soient moins des L^uides que des serviteurs, servus servorum, d'une l^i^lise faite pour le croyant, plutôt que du croyant l-iit pour l'Église.

Telles sont, ou plutôt telles étaient, dans leurs ''•aits les plus généraux, les thèses des modernistes, l'^sayons de résumer la réplique de l'orthodoxie.

28 Juillet 1908.

BouRDBAU. — Pragmatisme.

LE MODERNISME ET l'oRTHODOXE.

Tout d'abord faisons quelques réserves sur la façon dont M. Prezzolini rattache le modernisme à Pascal et à Newman, comme à deux précurseurs. Sans doute Pascal a cherché, loin de la scolastique et du rationalisme cartésien, une nouvelle apologétique fondée sur le sentiment de la misère humaine : inintelligible pour la raison, son Dieu est sensible au cœur. Par là, en effet, certains modernistes peuvent se réclamer des Pensées. Mais, dans son Discours sur les prophéties, Pascal devance visiblement Bossuet. Tout initié qu'il est à la plus haute science et aux méthodes rigoureuses, il croit à la réalité des miracles, à la matérialité des récits bibliques. « Il est impossible de ne pas reconnaître, écrit Sainte- Beuve 1, que ce moment du Discours, qui transporta le plus nos amis de Port-Royal, est précisément celui qui nous arrêterait le plus aujourd'hui. »

Il en est de môme de Newman, la plus grande figure du catholicisme contemporain, à côté de Léon XIII. Manning, homme d'action, aux vues un peu étroites, signalait en Nevv^man un novateur dangereux. Il semble qu'on retrouve dans son œuvre le point de départ du modernisme : autonomie de la foi, principe du développement au lieu de l'immutabilité, interprétation symbolique de la Bible remplaçant l'interprétation littérale, immanence substituée à la transcendance, dans la conception du phé-

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