‹ Pragmatisme et modernisme [microform]Chapitre 45 sur 52 · Ch. FiEssiNGER. — science et spiritualisme. Paris · texte numérisé non relu

Ch. FiEssiNGER. — science et spiritualisme. Paris

m: l'HAGMATisMi: EN méuixim:.

laclion. « Pour un pragmatique, dit M. Gustave I e Bon il n'y a ni vérité, ni erreur, mais seulement des résultats. Utilité et vérité sont synonymes i. »

Est-il possible, est-il désirable môme d'appliquer ces notions à la médecine et de créer une doctrine pragmatique de la médecine ? ^ , ^ Si l'on recherche le sens étymologique du mot pragmatique ( ^oavaattxo;, qui étudie les faits en euxmêmes, propre à l'action, efficace, énergique), on voi que la médecine ne peut se comprendre que si elle est pragmatique. Elle est la science de l'observation agissante, et elle est souvent pragmatique sans le savoir Le pragmatisme médical, ce n'est pas le vieil empirisme médical, même pris dans le sens bon vrai et littéral du mot {t^-ii^r.^, expérience). Cest autre chose, ou plutôt, c'est quelque chose de plus. C'est l'expérience de tous les résultats, d'où quils viennent, de la tradition comme de la science la plus récente C'est l'empirisme associé à la science. C'est Yempirisme scientifique, malgré la contradiction apparente de ces deux termes, c'est-à-dire lempirisme faisant usage de tous les moyens que la science met à la disposition de la médecine. Comme la médecine expérimentale de Claude Bernard, la médecine pragmatique est <( par nature une médecine antisvstématique et antidoctrinale » ; comme elle, « elle est' libre et indépendante par essence et ne^ veut se rattacher à aucune espèce de système mé-" dical2 .,. « La clinique prend son bien partout où elle le trouve », a dit très justement mon maître, le professeur Dieulafoy3. La médecine pragmatique dort suivre ces préceptes et se servir de toutes les méthodes d'examen. Elle appliquera aussi bien l'ausculta-

1 Gustave Le Bon. - Philosophie et religion. Leur évolution nouvelle: le pragmatisme («L'Opinion... Il avril 1908).

2 Claude BERNARD. - introduction à Vétufïe de la médecine expérimentale, édition de 1903. p. 350. x^iti^n

3 DiEULAFOY. - Manuel de Pathologie interne. 15' édition.

Aïn*Esuiu:.

LE PRAGMATISME KN MÉOIXINE.

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tiun que les notions les plus récentes sur l'inimunilr vi fera le diagnostic par la déviation du complément, s'il est prouve que la réa(;lion de Wassermann a une valeur spécifique. Elle doit accepter tout, sauf les théories dénigrantes, stériles et impuissantes des rationalistes, qui mènent à l'indifférencr et au scepticisme.

Si l.r pragmatisme est dé.sirable partout en médrcine, il (l(,it surtout s'appliquer à la thérapeutique, cette conclusion logique, pratique et active de la clinicpie.

La thénipoutique pragmatique utilise toutes les iuédications qui soulagent les malades, quelles qup soient leurs origines. Elle n'a aucun amour-propre f^t juge seulement d'après les résultats obtenus.

Eli.' a recours h la Ihérapeutique du passé, où h coté du repos an IJt el de la diète qui datent des premiers c\ges de la médecine, elle puise des médications excellentes comme l'émission sanguine locale et le cautère si utile dans les cardiopathies. Elle y trouve quehjues merveilleuses drogues, comme le colchique ce remède de la goutte qui date de plusieurs centames d années, comme le mercure, comme la digitale, etc. ^

Elle a recours aux diverses pharmacopées, pharmacopée suisse, anglaise et américaine, etc., riches en substances précieuses, voire même à la pharmacopee homœopathique où se trouvent quelques bons médicaments.

Elle a recours aux sciences chimiques, phvsiques, naturelles et biologiques. Elle utilise les progrès synthétiques de la chimie organique, les progrès de la physique, les progrès de la chimie phvsique, les émanations de la matière, les rayons X. le radium, les colloïdes, l'ionisation médicamenteuse, les plantes indigènes et exotiques, ainsi que toutes les découvertes de l'école pastorienne.

Elle a recours à la pliysiologie et traite les troubles

du fonctionnement des glandes par l'opothérapie physiologique. . ,

Elle a recours à la cinésotliérapie, à la physiotherapie, à la climatologie et aux cures hydro-minérales.

Elle a recours aux très petits moyens, s'il le faut, petits m(»yens qui produisent souvent de si grands effets sur les malades, et, convaincue de l'importance dr- ''éte.ils. elle ne néglige jamais de les indiquer.

Elle a recours à la diététique, mais à une diététique basée sur l'expérience, ennemie des régimes draconiens, tenant toujours compte de la physiologie digestive et do la physique alimentaire.

Elle individualise le traitement pour chaque cas particulier. r\ se garde bien de toute systématisation impossible à comprendre avec la diversité que l'héré-"^ dite et les ac(piisitions pathologiques impriment à cliaque cas morbide. Loin de partager l'avis de ceux «pii prétendent ({u'il est criminel de parler de terrain en médecine, elle tient le plus grand compte du terrain naturel et du terrain pathologique.

Elle est, enfin, convaincue de l'infiuence énorme du moral sur le physique, et elle joint la psycothérapie aux diverses médications. Elle ne traite pas rhomme souffrant comme un lapin ou un cobaye, et elle agit bien plus sur son sentiment que sur sa raison. Elle est la vendeuse d'espoir, pleine de promesses, n'arrivant jamais les mains vides devant la détresse humaine, disant toujours oui et jamais non. Elle exerce « le sacerdoce humanitaire » dont parle le professeur Albert Robin, dans sa belle leçon d'ouverture du cours de clinique thérapeutique. Le malade qui s'adresse à elle voit s'élargir <( le lambeau d'espérance » qui l'attache encore à la vie.

I^ thérapeutique pragmatique n'est pas un recul dans la recherche de 'la vérité médicale. En attendant l'heure encore lointaine de la solution scientifique de tous les problèmes médicaux, elle est une

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AI'i'fNDIOE.

turce eu évolution, agissante, toujours à l'uvanlgarde du progrès. Elle ne cesse de chercher le nouveau, s'il lui est utile, acceptant môme les théories si elles sont un instrument d'action et de résultats, quitte à les délaisser ensuite. En un mot, la thérapeutique pragmatique, sur laquelle je me propose de revenir pins longuement par la suite, est la thérapeutique du sens pratique de l'action.

.<>of((>((S rfc ThfrnpeulliiHe, y, juin 1908.

LA PHILOSOPHIE DE M. BERGSON'

par M. ANDRE CHAUMEIX

M Henri Bergson compte, d'un avis unanime, parmi les maîtres de la pensée conteniporame 1 enseigne depuis un peu plus de vingt années, et 1 nnuence qu'il a exercée sur la jeunesse dans les bcées d'abord, puis à l'Ecole ..ormale '^"P<-^>-'«";«; *^"«;; au Collège de France, où il occupe aujourdhui une chaire, e!t déjà profonde. Servi par J-a-^'-'-f es dons de professeur et d'écrivain, par une parole précise, un stvle limpide, précis, parfois même poétique, il joint à la culture d'un lettré une vaste érudition scientilique et de rares qualités d'analyse. Dans les études psychologiques comme <lans la spéculation métaphysi-iue, il a apporté un esprit nouveau. Sa doctrine a passé peu à peu les frontières du monde des „l,ilosophes où elle est née pour se répandre dans le public. Aujourd'hui, de cMés très divers, on se tourne vers la philosophie de M. Bergson. Les catholiques le lisent ; les pragmafistes s'en servent ; les

I L'Svolunon créatrice, par H Bergson. - 1 vol. ln-8.

''M'\ndré''chaumelx a publié, dans les Débats a. ^ ^a. .9C«, iimnnrtante étude au'on va lire sur la philosophie de M. nergl^^^^t qun vèu? b?en nous autoriser à reproduire. Cette phllo- ?i?l «. rànnroche du pragmatisme par certains points et en ;nffï^ mr d autr^ Nous y avons fait allusion dans le cours T:Z préeédênt's chapitres': M. Chaumelx en a donné le plu. lumineux exposé.

APPENDICE

socialistes l'étudient. Au début d'une récente étud. . on pou\ait écrire ces mots caractéristiques i : « j,* ne crois pas me tromper en disant que le nouveau livrr do M. Bergson aura autant d'importance dans riiistoin^ de la philosophie que la Critique de la Raison pure. »

11 est naturel que le puhlic cultivé, et ami de la philosophie plutôt (ju- philosophe, réclame de connaîtiv cotte doctrine. 11 serait aussi naturel de refuser de la décrire dans la forme restreinte d'un article de journal. On ne résume pas une œuvre qui représent, trente ans de pensée. C'est Mme de Staël, dit-on, qui demandait un soir à Fichte après diner de lui expliquer en «( deux mots » ce qu'était le moi et le non-moi. Parole charmante d'une femme dont l'esprit était avide de C(»nnaltre. Une curiosité vraie ne pourrait se satisfaire que par la le(,-lure conq.lète des trois livres (lue M. Bergson a publiés, et dont chacun a été le résultat de dix ans de labeur et de méditation. C'est donc à eux ([ifil faut renvoyer le lecteur. Le preniier, Essai sur les données immédiates de la conscience {\m), contient déjà en germe toutes les Idées de M Bergson : il semble qu'il n'ait eu qu'à le<^ approfondir et à les développer. Le second, Matière et Mémoire (1896), est peut-être celui qui demande au lecteur profane le plus grand effort, et la lecture pourrait n'en être entreprise qu'en dernier lieu Le troisième qui a paru il y a un an, VEvolution créatrice (190. \ rassemble toute la doctrine et aborde cans toute .sun ampleur le problème métaphvsique Tout ce que l'on peut tenter ici, d'après ces trois volumes, et surtout d'après le premier et le troisième cest un exposé des idées directrices de M Bergson' c'est une <( approximation ), faite d'une manière qui

1. G. SOREL. Le Mouvement sociaUste. Daufres étudpq ont paru dans la lievue de philosophie, la nevue dTyéialtl sijiue et de Morale, le Mereure de Frame. le." ^.1 .'/fn 2 fa

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