CHAPITRE PREMIER
L'HISTOIRE DB PKAGUE
La ville que nour, appelons Prague s'appelle en latin Praga, en allemand Prag, en tchèque Praha. Ce dernier nom est le seul que connaissent les habitants, la forme primitive dont tous les autres dérivent.
Praha est un mot slave, comme est slave la population de cette ville considérée à tort par des publicistes attardés, par des touristes superficiels, comme l'une des plus belles cités de je ne sais quelle fantastique Allemagne. L'Allemagne est bien assez grande sans que nous ayons la
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fantaisie de lui annexer une ville qui n'a jamais eu envie de lui appartenir.
Prague est la capitale du royaume de Bohême et ce royaume fait partie de l'État Austro-Hongrois qui depuis 1863 n'a plus rien de commun avec l'Allemagne, laquelle depuis la guerre de 1870 esttombée tout entière sous l'hégémonie prussienne.
Le nom de Praha est assurément Slave, mais il n'est pas très facile à expliquer. Une des légendes primitives de la Bohême veut le rattacher au mot pr ah, seuil. « Bâtissez une ville, aurait dit la légendaire princesse Libussa, sur la Vltava, au-dessous de la colline de Pétrin, à l'endroit où un charpentier façonne un seuil (prah) avec son fils. A cause de ce seuil nommez la ville Praha. Les peuples courberont la tête devant ce seuil. » Cette explication, c'est de l'étymologie populaire. Une hypothèse plus scientifique rattache le mot Praha à un verbe praziti. brûler. Brûler les forêts pour défricher le sol, c'est là un procédé fréquemment employé chez les peuples primitifs. En Allemagne nombre de villes dont les noms se terminent en brand, en rode, en reut. rappellent des forêts anéanties. Aux premières lueurs de l'histoire, nous voyons deux châteaux s'élever sur les deux rives de la Vltava (en allemand Moldauj. Celui de la rive droite s'appelle le Haut-Château (Vysehrad) celui de la rive gauche tout simplement le Château (Hrad).
Le nom de Prague apparaît pour la première fois dans un texte historique en 928. De poétiques légendes planent sur les origines de la Bohême. En des temps très lointains et que la chronologie serait fort embarrassée de déterminer, un Slave émigré du pays des Khorbates, nommé Tchech s'établit au cœur de la Bohême avec sa tribu et donna son nom au pays.
Un de ses successeurs nommé Krok eut trois filles dont l'une Libussa fut remarquable par sa sagesse. Les dieux lui avaient donné le don de prophétie. Un jour, comme elle rendait la justice, elle fut gravement insultée par un plaideur mécontent : elle se mit en quête d'un mari et épousa le laboureur Premysl qui fut le fondateur d'une dynastie nationale. Le premier chroniqueur de la Bohême s'est plu à mettre dans la bouche de la princesse Libussa une prophétie qui débute par ce vers latin :
Urhem cniispicio ftimn quœ siJi'ra liiiigel.
« J'aperçois une ville dont la renommée s'élèvera jusqu'au ciel. » La prophétie s'est réalisée.
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Peu à peu au pied des deux châteaux de la rive droite et de la rive gauche une double cité se développe. Au ix' siècle, le christianisme apparaît en Bohême.
Nous vo3'ons successivement s'é lever sur la colline du Ilradschin (Hradczanj^ le quartier du château.
hrad) des églises en l'honneur de la Vierge, de saint Georges et enfin celle de .saint Vit ou saint Guj^ dans laquelle le pieux prince Vacslav (Venceslas) devenu depuis le patron de la Bohème, déposa une précieuse relique, un bras de saint Vit reçu en présent du roi des Romains, Henri I.
Les reliques de saint Vacslav traîtreusement assassiné par son frère Boleslav ne tardèrent pas à reposer elles-mêmes dans cette basilique deux fois sacrée. Lorsque Prague devint 6" 973 — le siège d'un évêché. l'église Saint-Vit fut promue au rang de cathédrale. La dévotion qu'elle inspirait s'accrut encore lorsque le prince Bretislav y apporta — en 1039 — J^^ reliques du missionnaire tchèque saint Adalbert enlevées aux Polonais.
La population de la jeune cité était primitivement purement slave.
Dans la seconde moitié du xi' siècle elle s'accrut d'immigrés allemands qui s'établirent sur la rive droite et reçurent des princes ou des rois de nombreux privilèges.
Statue de Charles IV.
part
Il est toujours dangereux de laisser les Allemands s'établir quelque
Laissez-leur prendre un pied chez vous.
Us en auront bientôt pris quatre.
La Bohême slave devait payer cher l'imprudente bienveillance de ses princes pour les étrangers
Dans la seconde moitié du xiil" siècle, la ville de Prague fut entourée sur la rive droite d'une enceinte qui partait de l'endroit où est aujourd'hui le théâtre national pour aboutir à celui où s'élève la tour poudrière. Le nom d'une des principales rues de Prague, le Fossé (Prikop) rappelle cette enceinte disparue. Le Fossé c'est le Boulevard de Prague.
Dès le x" siècle (en 965) un marchand arabe qui avait eu l'occasion de visiter Prague, Ibrahim ibn Jakoub signalait l'importance de la cité : « Elle est, disait-il, construite en pierres. C'est le grand marché du pays des Slaves. Les Russes et les Slaves (Polonais) viennent ici de la ville de Cracovie avec leurs marchandises ; les Juifs et les Turcs (Hongrois) viennent du pays turc avec des marchandises et de l'argent et se procurent en échange des esclaves et des peaux de castor et d'autres fourrures. A Prague on fait des selles, des brides et des boucliers que les étrangers achètent/ »
Ainsi dès le x" siècle Prague était, en partie du moins, construite en pierre et cette circonstance étonne le voyageur oriental habitué à voir des cités de bois ou de briques.
Les Juifs paraissent avoir été établis à Prague dès les origines de la cité ; ils occupaient un quartier spécial et vivaient généralement en bons termes avec la population. Cependant à diverses reprises ils n'échappèrent point aux persécutions dont leurs coreligionnaires étaient l'objet dans la plupart des villes de l'Europe.
Au XIV" siècle, sous le règne de Charles IV (1346-1378), le fils de Jean de Luxembourg, le héros de Crécy, Prague devint la véritable métropole de l'Europe centrale. La capitale commençait à étouffer dans son étroite enceinte. Charles créa tout un quartier nouveau qui enveloppa l'ancienne enceinte, dota cette nouvelle ville d'importants privilèges, lui conféra le titre de ville royale. Il fonda une Université à l'instar de celle de Paris, appela dans la capitale de nombreux étrangers.
La fondation d'un archevêché accrut encore le prestige de laglorieu.se cité.
L'Université était divisée en quatre nations; bohémienne, polonaise, bavaroise et saxonne; elle attirait des étudiants même de l'Angleterre et de la Lombardie.
Sous le règne de Charles IV se constitua à Prague une confrérie d'artistes. Il rebâtit et agrandit la cathédrale de Saint-Vit, construisit l'église de Saint-Charles, le monastère d'Emmaus.
C'est de ce monastère que nous vient le fameux manuscrit slavon aujourd'hui conservé à la bibliothèque de Reims, manuscrit qui fut
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employé aux sacres de plusieurs rois de France et qui est connu sous le nom de Texte du sacre.
Nous en reparlerons plus loin.
Parmi les rois du moyen âge, Charles IV est celui dont la Bohème H gardé le meilleur souvenir. Sous son règne la ville de Prague se composait de cinq groupes différents. Ils avaient chacun leur statut spécial et leurs privilèges particuliers. C'étaient, sur la rive droite de la Vltava la Vieille et la Nouvelle Ville et le Vysehrad soumis à la juridiction d'un abbé, sur la rive gauche le groupe du château royal (Ilradczany, Castrenses ) qui était administré par un burgrave ; à ses pieds s'étendait le Petit quartier ou Petit côté (Mala strana, Kleinseite) qui avait une administration particulière. Les dernières années du règne de Charles IV virent des tentatives de réforme religieuse qui devaient aboutir à l'apostolat du réformateur Jean Kus (1369-1415 et aux guerres civiles qui furent la conséquence de sa fin tragique sur le bûcher de Constance. La ville de Prague devint un centre d'agitation politique et religieuse; la
plupart de ses habitants se pressaient aux prédications que le Maître tenait dans la chapelle de Bethléem, llus ne réclamait pas seulement la réforme de l'Eglise comme l'ont réclamée Luther et Calvin, il voulait affranchir son peuple de la prépondérance de l'étranger. Il fit si bien que dans le cours de l'année 1409 les Allemands quittèrent en masse l'Université de Prague.
Le supplice de Jean Hus brûlé à Constance (6 juillet 1415^ provoqua à Prague une violente indignation. La plus gi-ande partie du pays s'était prononcée pour les doctrines du Maître, notamment pour la communion sous les deux espèces. Au mois de juillet 1419 les Hussites se ruèrent sur l'hôtel de ville et précipitèrent par les fenêtres quelques échevins imposés par le roi qu'on croyait hostile aux idées nouvelles. Cette exécution farouche est le prototype de cette défenestration qui deux siècles plus tard donnera le signal de la guerre de trente ans. On vit alors des luttes sanglantes entre la ville proprement dite et le château royal de Hradczâny.
Prague fut le centre d'une résistance acharnée contre l'église romaine et l'autorité royale. Une véritable croisade s'organisa dans l'Europe catholique pour réduire la cité réfractaire : « Il arriva tant de gens, dit notre Monstrelet, qu'à peine se pouvaient-ils nombrer. » Zizka occupa près de Prague la colline qui depuis a gardé son nom (Zizkov. Zizkaberg) et qui porte aujourd'hui une ville considérable. Il manœuvra si bien d'accord avec les habitants fanatisés par les prêtres utraquistes ' que les étrangers durent se retirer. Les troupes royales concentrées dans les deux châteaux du Vysehrad et de Hradczany durent capituler.
Prague, à cette époque, offre le type d'une ville uniquement animée de passions religieuses, obéissant à une communauté théocratique. quelque chose comme une Genève calviniste organisée pour la guerre.
En l'an 1436, elle finit par se réconcilier avec son roi légitime Sigismônd, qui, en acceptant une sorte de concordat qui proclamait la liberté religieuse, obtint enfin cette obéissance que ses sujets lui avaient jusqu'alors refusée. Il rentra dans sa capitale le 23 août 1436, et un service solennel fut célébré suivant le rite utraquiste dans l'église Sainte-Marie . du Tyn.
Le calice avait été arboré par les utraquistes ou calixtins sur là plupart des églises du royaume. Un épigramme du temps disait :
Tôt pingit calices Bohenioruiii turba pèr urbes Ut credas Baccki numina sola coli.
I. Qui donnaient la commuhion sub ut raque, c'est-à-dire sous les deux êspèàfes.
« A voir les Bohémiens arborer tant de calices dans leurs villes, on dirait qu'ils n'ont d'autre dieu que Bacchus. »
Le 26 aoiit, l'empereur Sigismond, en grand costume impérial, portant sur la tète la couronne de Bohème, reçut solennellement sur la grande place de la Vieille-Ville les hommages des échevins des trois cités.
Un document du xv° siècle nous atteste le rôle considérable que Prague jouait alors dans l'Europe centrale.
En 1471, un légat du pape, désireux de ramener la Bohème et, en particulier, la ville de Prague à l'unité romaine, écrivait aux Bohémiens une lettre où il leur disait :
« Rappelez-vous comme votre ville de Prague a été naguère une cité glorieuse quand elle était fidèle au Souverain Pontife : il n'y avait pas de cité semblable à Prague parmi beaucoup de nations; ni Nuremberg, ni Vienne, ni Breslau, ni l'illustre Cologne ne pouvaient lui être comparées. Nous ne savons même pas si Rome, Venise, Florence, ou aucune cité sous le ciel pouvaient lui être comparées. »
Les troubles dont Prague fut le théâtre, pendant la longue période des luttes religieuses, ne pouvaient que nuire à sa prospérité. Le 24 septembre 1483, l'hôtel de ville fut encore le théâtre d'une défenestration. Au début du xvr siècle, quand la réforme de Luther commença à pénétrer en Bohême, les querelles religieuses reprirent de plus belle.
Au mois d'octobre 1526, les États de Bohême rassemblés dans la
PKAciur:
cathédrale de Saint-Vit élurent comme roi l'archiduc Ferdinand d'Autriche. Désormais, la Bohême allait se fondre de plus en plus dans ce groupe d'États héréditaires qui, combiné avec la Hongrie, devait constituer plus tard l'empire d'Autriche. Sous le règne de ce prince autrichien, des troubles graves éclatèrent à Prague; le 20 août 1547, vingt
chevaliers et deux bourgeois furent décapités sur la place publique, en face du palais de llradczany.
Prague reprit un rôle considérable en Europe sous le règne de Rodolphe II (1576-1612 , cjui résida presque constamment dans le château royal et se plut à embellir sa capitale. Il avait trouvé une ville de brique, disait un humaniste du temps, et il la laissait de marbre. Il rassembla dans son château de nombreux objets d'art, follement gaspillés plus tard par Joseph II ; il attira à Prague des artistes, notamment le flamand Sadeler, qui nous a laissé un panorama si curieux de la capitale; il s'entoura d'alchimistes et d'astronomes, parmi lesquels figure le fameux Tycho Brahé, qui repose dans l'église Sainte-Marie du Tyn.
Sous le règne de Rodolphe, les conflits religieux éclatèrent de nouveau. Son successeur, .Mathias (1612-1619), abandonna Prague pour aller résider à Vienne. A dater de cette époque, commence la décadence de l'antique capitale. Il serait trop long de raconter ici à la suite de quels incidents les Pragois se révoltèrent, pénétrèrent en armes dans le château et, après avoir brutalement interpellé les lieutenants impériaux, jetèrent par la fenêtre deux d'entre eux, Martinice et Slavata, et un pauvre diable de secrétaire qui se trouvait avec eux. Par un hasard extraordinaire, tous trois tombèrent
Buste de Rodolphe II, par Adrien Vries (Musée de Vienne).
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sur des immondices el ne se firent aucun mal. Le secrétciire, Fabricius, courut à Vienne porter la nouvelle de la catastrophe et de son heureux dénouement et reçut en récompense la noblesse avec le pnvdicnt, ou litre bien mérité de seigneur de la Haute-Chute fl lohenfall).
On sait comment cette défenestration donna le signal de la guerre de Trente ans.
La Jiohème protestante et hussite se leva contre l'Autriche catholique. Elle élut pour roi l'électeur Palatin, Frédéric ([ui accourut à Prague et, bien que luthérien, fut couronné dans la cathédrale de Saint-Vit jiar un prélat utraquiste.
Son règne ne dura pas longtemps. La Bohème fut envahie par les Impériaux.
Les troupes royales succombèrent sur le champ de bataille de la Montagne- Blanche, au nord de la ville (8 nov. 1620).
Les représailles furent terribles.
Le 21 juin 162 i, devant l'hôtel de ville de la Vieille Ville, périrent décapités ou pendus vingt-sept des chefs de l'insurrection. Quelques-uns furent soumis à d'affreuses tortures.
Les têtes des victimes furent exposées sur les tours qui défendent les deux extrémités du pont de pierre.
J'ai raconté ailleurs quelle réaction suivit cette terrible journée, comment l'unité religieuse fut rétablie en Bohême '.
Prague suivit les tristes destinés de la nation tchèque.
Désormais, elle s'efface devant Vienne, lùablis dans cette capitale, les empereurs ne viennent guère dans le palais de Hradczany que pour
Pierre tombale de Tycho Brahé à l'église du Tyn.
Histoiri- J'Autrulte-Hongric (Paris, Hachette).
la cérémonie du couronnement. Les Jésuites deviennent tout-puissants dans le royaume. On verra plus loin quelle influence ils ont exercée sur les beaux-arts. Au culte de Jean Hus succéda celui de saint Jean Népomucène, dont la poétique légende n'a malheureusement inspiré que des œuvres assez médiocres.
En 1741, au début de la guerre dite de la succession d'Autriche, une
Poitrail de Wald.ilein.
armée française envahit la Bohême et pénétra dans Prague, grâce au sang-froid du lieutenant-colonel Chevert. L'épisode vaut la peine d'être conté. Chevert commandait les grenadiers chargés d'escalader le rempart : « Mes amis, dit-il à ses sergents, vous êtes tous braves, mais il me faudrait un brave à trois poils. » Et, avisant un sergent des grenadiers d'Alsace : « Camarade, monte le premier, je te suivrai. -— Oui, mon colonel. — Quand tu seras sur le mur, la sentinelle criera : « Wer da? (Qui vive?) » Tu ne répondras pas. Elle lâchera un coup de fusil et te manquera; tu tireras et tu la tueras. — Oui, mon colonel. »
Tout se passa comme Chevert l'avait prédit. Prague fut occupée. Chevert fut nommé brigadier et, l'année suivante, quand les Français, commandés par Belle-Isle, durent abandonner la Bohème, il défendit la ville contre les Autrichiens. Il obtint une capitulation honorable et sortit de Prague avec les honneurs de la guerre (janvier 1743).
Peu de temps après, xMarie-Thérèse entrait à son tour dans la capitale et s'}^ faisait couronner. L'année suivante, Frédéric le Grand s'emparait de Prague (i" sept. 1744}, après un terrible bombardement, pendant lequel cent cinquante maisons furent détruites. Il dut bientôt l'évacuer.
En 1 757, pendant la guerre dite de Sept Ans, Frédéric assiégea encore une fois Prague et la bombarda; la cathédrale de Saint-Vit fut gravement endommagée et l'on y montre encore aujourd'hui les traces des ravages de l'artillerie prussienne. Ce siège de 1757 est le dernier épisode de l'histoire militaire de Prague au xviii' siècle.
Au point de vue de l'art, le règne de Joseph II fut particulièrement fatal. La dissolution d'un certain nombre d'ordres religieux entraîna la fermeture de divers
couvents et la destruction ou la vente à vil prix d'objets infiniment précieux, statues, tableaux, manuscrits.
En 1788, les derniers restes des collections de Rodolphe furent dispersés. Une statue antique, qu'il avait payée 32000 ducats et qui orne aujourd'hui la glyptothèque de Munich, fut vendue à un brocanteur pour 51 couronnes. Certains objets furent envoyés à Vienne, détruits ou détériorés. L'antique confrérie des artistes fut dissoute (1785).
Monument commémoratif des étudiants qui prirent part à la défense de Prague.
Joseph II, en refusant de se faire couronner roi de Bohême, semblail avoir voulu réduire Prague au rang d'une simple ville de province. Mais l'antique capitale était devenue le foyer d'un mouvement intellectuel et national dont la Bohême a recueilli les fruits. Ce mouvement aboutit à la fondation de la Société royale des sciences de Prague (1784), antérieure de plus de soixante ans à celle de l'Académie de Vienne. En 1792, une modeste chaire de langue tchèque fut établie à l'Université allemande.
L'ancienne porte de Strahov (aujourd'hui détruite)
(L'Université tchèque comptera bientôt quatre mille étudiants.) On prit goût à l'histoire de la Bohême, et en 1818, fut fondé le musée national, d'abord modestement installé dans une maison particulière, auprès du château de Hradczany, puis transporté, en 1846, au palais Nostiz, sur le Fossé et enfin établi depuis 1891 dans l'édifice monumental qui s'élève à l'e.Ktrémité de la place Saint- Vacslav. Grâce au labeur incessant de ses savants, de ses publicistes, de ses hommes politiques, Prague se dépouilla de l'enveloppe allemande qu'elle avait revêtue au xviii" siècle et redevint non pas seulement la capitale des Tchèques, mais la métropole intellectuelle des Slaves autrichiens.
Lorsque la Révolution de 1848 fit fermenter dans toute l'Autriche- Hongrie le levain plus ou moins endormi des nationalités, la métropole de la Bohême se trouva toute désignée pour devenir le siège d'un Con-
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grès où les peuples slaves envoyèrent leurs représentants. Ce Congrès s'ouvrit le 12 juin, par une messe solennelle célébrée sur la place Saint- Vacslav, l'une des plus vastes de l'Europe et qui semble faite pour servir de cadre à de grands événements. Les délibérations du Congrès semblaient devoir être fructueuses. Mais un conflit entre soldats et étudiants amena un mouvement révolutionnaire qui eut pour résultat la dissolution du Congrès et qui fut durement réprimé par le prince Windischgraetz.
En 1866, pendant la guerre qui éclata entre la Prusse et l'Autriche, Prague, évacuée par l'armée impériale, fut occupée par les Prussiens. Les vieilles fortifications ne pouvaient tenir contre l'artillerie moderne. Elles ont été démolies depuis et il n'en reste plus que quelques débris, notamment une batterie située dans l'intérieur de la ville et qui semble avoir pour objet de protéger le château contre d'invraisemblables entreprises.
C'est à Prague, à l'hôtel de l'Ktoile-Bleue, que fut signé le traité qui termina une lutte désastreuse (23 août 1866) et assura à la Prusse l'hégémonie de l'Allemagne.
Les trente dernières années du XIX° siècle ont été marquées pour la Bohème et pour sa capitale par une série de triomphes pacifiques, l'inau- . guration d'un grand théâtre national, la création d'une maison des Beaux- Arts (le Rudolphinum), la création d'une Université et d'une Académie tchèque. Quelques chiffres peuvent donner une idée des progrès accomplis par les Slaves dans cette ville que des publioistes mal informés s'obstinent encore à considérer comme une ville allemande.
En 1848, la population était de 120.000 habitants, sur lesquels on comptait 56.000 Allemands. En igoo, on comptait dans la ville et dans les bourgs suburbains une population de 394.000 habitants, sur lesquels 24.000 seulement se disaient Allemands. Aujourd'hui, l'agglomération Pragoise comprend plus de 500.000 habitants ; la ville de Prague proprement dite en compte 225.000, dont 18.0C0 Allemands. Le Conseil municipal se compose de qo conseillers, dont 87 Tchèques et 3 Israélites, qui ne revendiquent, en aucune façon, la nationalité allemande, et votent comme les Tchèques ; les faubourgs sont entièrement tchèques. Aujourd'hui, plus que jamais, Prague est la métropole des Slaves autrichiens et même des Slaves balkaniques, qu'elle attire par ses écoles et par ses institutions artistiques. Elle joue vis-à-vis d'eux, dans l'Europe centrale, un rôle analogue à celui de Moscou dans l'Orient russe. En s'émancipant du germanisme, elle s'est, en même temps, rapprochée de la France. L'étude de notre langue y est en honneur et le titre de Français est une garantie de bon accueil et de cordiale hospitalité.
I,a rive droite de la Vltava.