I. Voir Le Monde slave, 2'' série (Hachette
]*"tranges vicissitudes : ce monastère, dont Charles IV, avait voulu faire le foyer de la liturgie slave en Bohême est aujourd'hui aux mains de bénédictins allemands de Beuron. Beuron est un petit village de Prusse, aux environs de Sigmaringen . A l'époque du Kulturkampf allemand, c'est-à-dire au moment où Bismarck persécutait les ordres religieux, l'empereur PVançois-Joseph mit le monastère de Prague à la disposition des Allemands exilés. Depuis, ils sont rentrés en grâce auprès de l'empereur Guillaume qui voit avec plaisir leurs progrès à l'étranger. Leur liturgie, très différente de la liturgie romaine, attire les dimanches et jours de fêtes de nombreux fidèles des deux nationalités slave et allemande. La décoration actuelle du chœur et de la nef de l'église est due aux bénédictins allemands. Ce sont des artistes très distingués. Ils ont parmi eux des peintres, des sculpteurs, des architectes. Ils ont fort bien restauré le monastère. Le cloître a conservé des fresques qui remontent au xiv° siècle et parmi lesquelles on reconnaît un portrait de Charles IV et de sa première femme, notre Blanche de Valois. L'architecte qui construisit naguère le cloître n'a évidemment pas soupçonné qu'il était destiné à être occupé par un ordre voué à l'étude comme le sont les bénédictins. A toutes les parties de l'édifice, cellules, bibliothèque, réfectoire, il a donné le minimum de lumière. Je ne connais pas de monastère aussi sombre dans toute la chrétienté. Je m'étonne que les possesseurs actuels, qui représentent un ordre voué à l'étude, n'aient pas songé à élargir ou à augmenter les fenêtres. Je dois rendre d'ailleurs hommage au goût parfait avec lequel ils ont restauré un édifice que son illustre fondateur n'avait point destiné à des religieux allemands.
Nous retrouverons le souvenir de Charles IV dans l'église qui est dédiée à son saint patron, l'église Saint-Charles (Karlov) située tout au sud de la Nouvelle Ville et aujourd'hui enclavée dans la cour d'un établissement de bienfaisance. Ce qu'on admire surtout dans cette église, c'est la coupole assez basse qui ne compte pas moins de 22 mètres de diamètre et qui se signale par des nervures délicates réunies au centre dans une rosace. La hardiesse de cette coupole a donné lieu à une légende. L'architecte aurait été tellement peu rassuré sur la solidité de son œuvre qu'il se serait enfui du Royaume ou même no}'é dans la Vltava. Une des fenêtres porte les armes des Jagellons de Pologne, dont deux représentants (Vladislav II (1471-1516), et Louis I" (1516-1526) ont régné sur la Bohême. Comme certains sanctuaires italiens, l'église Saint- Charles possède une scala santa que les fidèles gravissent à genoux.
L'HOTEL DK VILLE. — LHGLISE DU TYN"
Signalons encore, non loin de Siiint-Charles, Saint-Étienne, dont la flèche élancée est flanquée de clochetons, comme celle de l'église de Tyn. Cette église ogivale remonte aux dernières années du XVI" siècle. J"ai omis à dessein d'insister sur les tableaux qui ornent la plupart de ces sanctuaires et qui, le plus souvent, se dissimulent dans une pénombre fâcheuse. Un certain nombre sont dus au pinceau de Skreta, ce peintre fécond dont nous avons dit quelques mots dans le chapitre consacré à l'histoire de l'art.
L'église Saint-Charles.
Un coin du cimetière israélitc.