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CHAPITRE IX

LE CIMETIÈRE JUIF

Entre l'Hôtel de Ville et la Vltava, se développait naguère tout un ensemble de rues sinueuses et sales habitées par les Juifs. Ce quartier a, en grande partie, disparu.

De larges voies bordées d'habitations somptueuses l'auront bientôt remplacé.

Les amateurs de pittoresque sordide peuvent le regretter ; les amis de l'hygiène, du confort et de la lumière ne peuvent que s'en réjouir. Les israélites, exilés de leur ancien ghetto, se sont, pour la plupart, réfugiés sur les hauteurs d'une ville suburbaine, Vinohrady, où ils vivront assurément dans des conditions meilleures que celles où végétaient leurs pères.

LE CIMETIÈRE JUIF

La pioche des démolisseurs a cependant respecté deux des grandes curiosités de cette cité spéciale où les Juifs vivaient naguère et avaient même un tribunal pour les affaires civiles, la synagogue et le cimetière israélite. Le ghetto était entouré d'une enceinte qui ne fut détruite qu'en 1848.

La vieille Synagogue.

La vieille synagogue remonte au xiii° siècle ; elle a été construite dans un style de transition intermédiaire entre le roman et le gothique.

Le pavé de l'humble édifice est au-dessous du niveau du sol extérieur; deux étroites fenêtres donnent seules un peu de lumière au sanctuaire, qui semble symboliser les misères de la race juive au moyen iige. Il con-

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serve, entre autres curiosités, de précieux manuscrits hébraïques et un étendard que Charles IV avait donné à la communauté.

Un privilège du roi Premysl Otokar, daté de 1254, nous parle pour la première fois du cimetière Israélite et menace de peines graves les chrétiens qui auraient l'audace de violer les tombeaux.

Nous ne savons pas exactement à quelle époque remonte le cimetière actuel. Est-ce celui qui fut dévasté par les chrétiens en 1389? Les documents ne nous fournissent pas de date qui permette de préciser. A dater de l'année 1787, il fut défendu d'y ensevelir ; sous le règne de François I"', il fut même question de supprimer une partie du cimetière. Ce fut l'archevêque de Prague, M'*'' Chlumczansky, qui intervint pour assurer aux morts la paix du tombeau. Les Israélites, les artistes, les archéologues lui doivent une éternelle reconnaissance.

Certaines tombes appartiennent à une époque fort ancienne, peut-être remontent-elles — à en juger d'après les inscriptions — jusqu'au x° siècle; elles proviennent d'un cimetière antérieur, depuis longtemps disparu, et ont été rapportées ici à une époque qu'on ne peut préciser. Le monument le plus ancien de notre cimetière, auquel s'attache une vénération toute particulière, est celui d'Abigdor Karo, mort en 1439, qui fut un savant et un poète estimé, même à la cour du roi Vacslav IV. Non moins respectable est la tombe de Mardochée et de son fils Bezahel Kohanim. Ce Mardochée joua un grand rôle dans l'histoire de la communauté. Il fonda à Prague une imprimerie hébraïque, qui fut célèbre dans toute l'Europe. Lorsque l'empereur Ferdinand, en 1558, entreprit d'expulser les Juifs de la Bohême et de Prague, Mardochée en appela au pape Pie IV, qui intervint en leur faveur.

Mardochée fut l'un des fondateurs de la confrérie des morts qui s'occupe des funérailles des coreligionnaires et qui veille encore aujourd'hui sur notre cimetière. Elle a des raisons toutes spéciales d")^ veiller, car il est le plus ancien cimetière israélite de toute l'Europe.

La plupart des inscriptions sont admirablement conservées et permettent de reconstituer en grande partie l'histoire de la communauté. Voici celle de dame Frumet, qui fut la femme de Mardochée ben Samuel Meisel :

« Ici repose une dame éminenle par sa piété et la pureté de ses mœurs qui aurait fait l'ornement de tout cercle de femmes joj-euses et morales. Sa vocation était d'orner les édifices religieux. Jamais elle ne manqua les prières du matin ou celles du soir; elle soutenait volontiers les savants et aimait à traiter ses hôtes. Les mérites de sa bienfaisance

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ont été grands : chaque synagogue a reçu un présent d'elle. Elle élevait les orphelins dans les vertus et la piété. La communauté atteste que sa vertu brillait au-dessus de tout. Puisse son âme obtenir une place d'honneur dans l'autre monde! »

Le portail de la vieille Synagogue.

Parmi les rabbins dont les pierres funéraires plus ou moins intactes, plus ou moins déjetées, se dressent ou s'inclinent devant nous, quelque.suns furent célèbres par leur science. L'histoire ou la légende les met en rapport avec Rodolphe II, avec Tycho Brahé. Tel d'entre eux, primat de la communauté, fut ennobli par le souverain. Tel autre, venu des pays

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lointains habités par les Juifs espagnols, porte ce nom sonore qui eût réjoui l'oreille de Victor Hugo :

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