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LA VIEILLE-VILLE

LE VYSEHRAD

le dernier débris d'un palais royal qui s'élevait dans le quartier au temps jadis. Elle fut bâtie en 1475, par le roi Vladi.slav Jagellon; l'architecte fut Mathias Rejsnk. C'était un homme de grand talent, qui a aussi attaché son nom à l'église de Sainte-Barbe à Kutna hora (en allemand, Kuttenberg).

Il prit évidemment comme modèle la Tour du Pont, dans la \'ieille-Ville, et se plut à décorer son œuvre avec une inépuisable fantaisie : il prodigua les statues, les consoles, les encadrements aux fenêtres. La tour ne fut jamais achevée; elle faillit être démolie sous le règne de Joseph II, qui ne se souciait pas mal du gothique, même flamboj'ant. Elle a été définitivement restaurée vers 1886, par l'architecte de Saint-Vit, Joseph -Mocker : quelques-uns des artistes les plus distingués de l'époque ont contribué à cette restauration.

.Malheureusement, ce beau portique, au lieu de déboucher sur un pont aux vastes perspectives , donne accès à une rue bruyante mais peu pittoresque.

Des consoles supportent les statues des rois les plus populaires de la liohème (Premysl Otokar II, Charles IV, Georges de Podiebrad, Vladislav II) et des statues allégoriques. A droite et à gauche des statues historiques, .sont sculptées

les armes des provinces. A l'étage supérieur, se dressent les statues du Christ, de la Vierge et des saints nationaux.

Le toit élancé qui domine la tour est flanqué de clochetons délicats. L'intérieur renferme de belles salles gothiques qui méritent, dit-on, d'être visitées.

La Tour poudrière.

Près de la tour poudrière la municipalité fait actuellement construire un bel hôtel qui renfermera une salle de spectacle et de somptueux salons de réception et de lecture. Entre cette maison et l'Hôtel de la chambre de commerce vient d'être percée une large rue qui s'appellera rue de Paris pour perpétuer le souvenir des relations affectueuses qui se sont établies entre la capitale de la Bohême et celle de notre pays.

Nous avons déjà parlé de la colline de Vysehrad (le mot veut dire

L'ancienne église du Vysehrad.

haut château) et du rôle qu'elle joua dans l'histoire primitive de la cité. Au Vysehrad se rattachent quelques-unes des plus poétiques légendes de la Bohême. Toutes ne sont pas authentiques, mais elles font à la colline une auréole de poésie. Au début, elle joue un rôle plus considérable que sa rivale, la colline de Hradczany; mais elle a eu de moins glorieuses destinées.

Au xn° siècle, elle supportait un palais qui, au dire d'un chroniqueur, pouvait contenir jusqu'à 3.000 personnes, et deux églises, l'une dédiée à saint Clément, l'autre aux apôtres saint Pierre et saint Paul. Charles IV, qui se rendait compte de l'importance de la position, fortifia

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le Vysehrad et mit à sa tête un burgrave. Pour sanctionner et accroître le prestige de l'antique citadelle, il décida que les cérémonies du couronnement devraient toujours commencer dans son enceinte.

Le \ ysehrad eut beaucoup à souffrir de la guerre de Trente ans. Au début du XIX" siècle, il fut transformé en citadelle à la Vauban; ses fortifications vont prochainement disparaître. De ses anciennes constructions, il n'a gardé qu'un pan de mur qui aurait appartenu au palais disparu et que le peuple appelle à tort le bain de Libussa, et une petite cha-

La porte des Français au Vysehrad.

pelle circulaire de l'époque romane dédiée à saint Martin. C'est l'une des trois chapelles romanes dont j'ai parlé au début de ce volume. Ce vénérable petit édicule m'a semblé un peu négligé; j'aimerais à le voir entouré d'une enceinte spéciale, pourvu d'une inscription qui le recommanderait au respect des patriotes et à l'attention des touristes.

L'église vSaint-Pierre-et-Saint-Paul fut de bonne heure une église collégiale richement dotée; jusqu'à l'année 1763, elle eut le privilège de ne pas dépendre de l'archevêché de Prague et d'être directement soumise au Souverain Pontife; elle possède des œuvres artistiques d'un haut intérêt; une madone sur fond métallique, que Charles IV avait reçu

en don du Saint-Père et qui est, comme tant d'autres, attribuée à saint Lucas, deux Rubens, un tableau d'autel de Lucas Cranach, etc. L'église a été entièrement reconstruite à la fin du siècle dernier dans le style gothique. L'auteur de cette belle restauration est l'architecte Mocker, le Viollet-le-Duc de la Bohême, qui repose dans le cimetière voisin, aux pieds de la collégiale. Ses deux flèches font à travers l'espace pendant à celles de Saint-Vit. De pieuses fondations, notamment celle d'un prêtre, fort lettré, le chanoine Stulc, ont fourni les fonds nécessaires. La nouvelle église a reçu à l'intérieur une décoration picturale un peu trop flamboyante dans sa nouveauté, mais dont les tons crus s'estomperont sans doute avec le temps.

Le Vysehrad constituait jadis, au point de vue administratif, une des communes indépendantes de l'agglomération pragoise. Il possède un cimetière qui est, depuis plus d'un demi-siècle, aff'ecté à la sépulture des gens de lettres, des artistes, des publicistes ou des patriotes qui ont rendu des services éminents à la nation tchèque. Un patriote, M. Fischer, a fait élever, en 1890, un monument dédié à leur gloire. C'est, sur une terrasse à laquelle on accède par un large escalier, un mausolée surmonté d'un sarcophage sur lequel une Renommée est assise les ailes déployées. Là, reposent déjà le poète Zeyer, l'historien Tomek. Autour d'eux, sous des tombes plus ou moins humbles, plus ou moins somptueuses, dorment côte à côte la plupart de ceux dont le nom retentissait naguère dans la bouche des hommes.

Sur le sommeil de ces patriotes, veille de loin le saint Vacslav qui était naguère au milieu de la place qui porte son nom et qui a été transporté au Vysehrad.

Dans quelque temps, les fortifications de la colline légendaire auront probablement disparu. L'une des portes de la forteresse actuelle s'appelle porte des Français. Des maisons s'étageront aux flancs de la colline dont un funiculaire fera peut-être l'ascension. Mais elle gardera toujours ses poétiques souvenirs, ses légendes, et les échos du rocher qui descend à pic sur les bords de la Vltava se plairont à répéter le nom de la sage Libussa.

Église Saint-Nicolas dans la Vieille Ville.

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