‹ PragueChapitre 5 sur 33 · I -S^Egal^ brisé de leurs annales, se · texte numérisé non relu

I -S^Egal^ brisé de leurs annales, se

rendirent compte de leurs

Mathias d'Arras (Buste du triforium de la Cathédrale). droits nationaux et histo-

riques. Le xix" siècle, tout pénétré de l'esprit de la Révolution, a été par excellence le siècle du réveil des nationalités. J'ai raconté plus d'une fois le rôle que la Bohême a joué dans ce mouvement. A notre révolution de 1848, correspondent, en Bohême comme en Hongrie, des révolutions nationales.

Dès qu'il s'est rendu compte de son histoire, le peuple tchèque a constaté que le fait dominant de cette histoire c'était une lutte sans relâche contre la race germanique et, en présence de cette grande Allemagne qui prétend absorber tous les pays où sa langue est parlée, même par une minorité, la Bohême slave a cherché des alliés pour l'avenir,

TCHÈQUES ET FRANÇAIS

d'abord dans une union plus intime avec les Slaves de l'empire ou du dehors, ensuite avec la France. Au lendemain de cette campagne de» Sadova, qui eut la Bohême pour théâtre et qui établit, d'une façon définitive l'hégémonie de la Prusse, les représentants les plus autorisés de la nation tchèque, Rieger et Palacky essayèrent de faire comprendre à l'empereur Napoléon III l'importance de la question tchèque au point de vue des intérêts français.

Rieger fit le voyage de Paris tout exprès et, sur la recommandation de M. Duruy, il fut reçu en audience secrète par Napoléon III et lui remit un mémorandum, qui a été publié depuis. Pendant la guerre néfaste des années 1870-1871,13 Bohême slave se déclara franchement pour notre cause. A Paris, des Tchèques combattaient dans les rangs de nos francs-tireurs et de nos mobilisés; à Prague et dans les moindres villes de la Bohême, les soldats français qui réussissaient à s'échapper des

prisons d'Allemagne étaient accueillis avec enthousiasme. Au mois de décembre 1870, les députés tchèques de la Diète de Bohême rédigeaient un manifeste pour protester contre le démembrement de la France,

« La nation allemande, disaient-ils, a le droit indubitable de repousser par les armes des attaques dirigées contre son gouvernement; mais si elle voulait arracher par violence à la France un territoire dont la population se sent française et veut rester française, elle ne ferait que violer le droit à la liberté politique de cette nation et mettrait, en agissant ainsi, la force au-dessus du droit. »

Pierre Parler (Buste du Irifonuiu Je la Cathédrale).

Depuis quelques années, la municipalité de Prague est entrée en relations directes avec la municipalité de Paris, et les deux capitales n'ont cessé d'échanger les témoignages de la plus fraternelle sympathie.

En 1900, la municipalité de Prague rendait une visite officielle à la municipalité de Paris et lui offrait, dans un coffret artistique, un magnifique album renfermant des vues de Prague et des principales villes du royaume. Cet album était accompagné d'une adresse où la capitale de la

La place Charles IV.

Bohème témoignait « de son dévouement à la grande nation française, de sa chaleureuse sympathie pour la capitale de la France, qui est depuis des siècles à la tête du progrès humain'. »

En 1901, à l'occasion d'une fête de gymnastique, les gymnastes français étaient accueillis avec enthousiasme par la population tchèque et la délégation officielle du Conseil municipal de Paris fraternisait avec la municipalité de Prague. En 1902, la municipalité de Prague était représentée par son maire, M. le docteur Srb, et par plusieurs de ses conseillers à l'occasion du centenaire de Victor Hugo et de l'inauguration de son

I. Cet album a été reproduit par la photographie et publié à Prague à la librairie B. Koci sous ce titre Praha Pariai, Prague à Paris. Le coffret est conservé au musée Carnavalet.

TCHEQUES ET FRANÇAIS 25

monument. Dans un banquet offert à nos hôtes étrangers, l'auteur de ce livre raconta une excursion récente au champ de bataille de Crécy, rappela l'antique amitié des deux peuples cimentée par le sang du roi Jean l'Aveugle, et émit l'idée — qu'il avait exprimée peu de temps auparavant dans une séance académique — d'ériger un monument à la mémoire de ce grand ami de la France.

La proposition fut accueillie avec enthousiasme par les représentants des municipalités de Prague et de Paris, qui promirent toutes deux leurs concours à cette œuvre internationale.

Le grand-duché de Luxembourg, où le nom de Jean l'Aveugle rappelle un souverain justement populaire, voulut bien s'intéresser à cette entreprise. Des comités se formèrent à Paris, à Prague, à Amiens, à Abbeville. Des souscriptions s'ouvrirent en liohème et dans le Luxembourg, et, le i"' octobre 1905, le monument de Crécy et la vieille croix restaurée d'Estrées-les-Crécy furent solennellement inaugurés en présence des représentants du gouvernement français, de la ville de Paris, du gouvernement luxembourgeois et de la municipalité de Prague, qui avait eu la délicate attention d'apporter des médailles d'or et d'argent aux promoteurs de l'entreprise.

Les échanges de visites et de bons procédés entre les deux capitales de la France et de la Bohème ont été fréquents dans ces dernières années et il est à souhaiter que leurs relations conservent un caractère affectueux. La France n'aura jamais trop d'amis. Je rappelle ep terminant ce chapitre, que Prague est le siège d'un des comités les plus actifs de l'Association pour la propagation de la langue française (Alliance française) et que les Tchèques éclairés s'efforcent, autant que le permettent les circonstances, de substituer l'emploi du français à celui de l'allemand dans les relations internationales. Le président fondateur de l'Alliance de Prague, le regretté artiste Sobieslav Pinkas, avait reçu du gouvernement français la croix de la Légion d'honneur. Le Français qui va visiter Prague, est donc assuré de se trouver dans une ville amie, dont le cœur bat à l'unisson du nôtre.

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