‹ PragueChapitre 4 sur 33 · Nouvelles études Slaves. Paris · texte numérisé non relu

Nouvelles études Slaves. Paris

TCHÈQUES ET FRANÇAIS

J'en citerai seulement ici deux passages. Le premier esquisse la physionomie de Henri IV.

« Presque tous les jours je vais avec le roi à la tranchée ou aux batteries, et cela non seulement de jour mais de nuit : le roi me mène aux avant-postes où les balles sifflent aux oreilles à vous faire voir trentesix chandelles; car ce seigneur ne reste jamais en place, surveille tout par lui-même, va partout, veut tout savoir, s'expose à tous les dangers; on ne saurait assez admirer son activité; aussi, ceux qui veulent obtenir ses bonnes grâces doivent ne pas s'épargner et faire comme lui. »

Au bout de quelque temps, il est vrai, Zerotin commence à se lasser de la France et à avoir le mal du pays.

« Beaucoup de nos gens sont malades, écrit-il le 26 mars 1592; quelquesuns tiennent bon, mais ils ne désirent rien tant que de retourner chez eux. La France ne leur plaît guère et ils aimeraient mieux

dormir sur les matelas de Moravie que sur la paille d'ici. Pour moi, à dire vrai, n'était la curiosité de faire et de voir quelque chose, je ne tiendrais guère à la France. J'en suis rassasié et, si Dieu m'accorde d'en sortir, je n'y remettrai certainement pas les pieds. Le roi est pour moi un seigneur très affable et très bienveillant; beaucoup de grands et de princes sont mes amis : cependant, les manières de certains gentilshommes ne me plaisent guère et il n'est pas à craindre que je prenne en dégoût la Bohême et la Moravie, m

Je crois comprendre quelles étaient ces manières qui plaisaient peu à

Charles IV (Buste du triforium de la Cathédrale).

l'austère Zerotin, mais je n'ai pas le loisir d'insister sur la question. Henri IV savait quel rôle la Bohême indépendante pouvait jouer dans l'Europe centrale et il lui réservait une place dans ses combinaisons politiques.

Pendant le XVII= et le xviil" siècle, la Bohême, englobée dans le système autrichien, n'eutguère l'occasion de manifester ses sentiments pour la France. Le séjour des armées françaises dans le royaume, pendant la guerre de la succession d'Autriche, laissa plutôt au cœur du peuple tchèque des souvenirs désagréables. Notre révolution, dont les conséquences mirent aux prises, pendant tant d'années, les armées de la France et de l'Autriche, exerça, en somme , un contre-coup heureux sur les destinées dejj nations englobées dans les Etats austro-hongrois.

Elles se replièrent surelles- I . B mêmes, renouèrent le fil

Page 1