‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 4)Chapitre 11 sur 67 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Qu'il est cTun grand secours dans les tentations , de songer que Ion combat en la présence de, Dieu.

C'est encore de quoi nous encourager, et nous donner de nouvelles forces dans les tentations de songer que Dieu nous regarde combattre. Un soldat qui combat sous les

(1) Confidite, ego vici mundum. Joan. 16. 35.

(2) Deo auteni gratias, qui dédit nobis victoriam per Do* nùnum nostrum Jesum Christum. 1. Cor% 15. 57.

66 PART. II. TRAITÉ IV. CHAP. Xlï.

yeux de son général et de son prince, en devient plus brave. Or , nous combattons effectivement sous les yeux de Dieu, dans les tentations ; ainsi dans toutes les attaques que nous avons à soutenir, nous devons nous imaginer que nous sommes dans une lice, que tous les esprits bienheureux sont les spectateurs du combat ; qu'ils en attendent le succès avec impatience ; et que c'est Dieu qui en est le juge et le rémunérateur. Cette pensée est des saints Pères , et elle est fondée sur les paroles de l'Evangile, où il est marqué, qu'après que le démon eut tenté inutilement Jésus-Christ, et qu'il l'eut quitté, les anges vinrent et le servirent (i). Nous lisons dans la vie de saint Antoine , qu'une nuit que les démons l'avoient tout brisé de coups , il leva les yeux en haut, et vit une lumière éclatante, qui, perçant le comble de sa cellule , en dissipa les ténèbres , chassa les démons , et lui ôta en un moment toute la douleur des coups qu'il avoit reçus. Aussitôt s'adressanta Jésus- Christ : Où étiez-vous , mon Sauveur, lui ditil, pendant que vos ennemis me maltraitoient si cruellement? Pourquoi n'êtes-vous pas venu dès le commencement du combat , pour les empêcher , et pour me délivrer de leurs mains? Antoine, lui répondit alors une voix, )'ai été ici dès le commencement de votre combat, et j'en ai été spectateur; et parce

(i) Etecce angeli accesserunt, et ministrabant ei. Matlh. 4. 11.

que vous avez combattu avec courage , je continuerai toujours de vous assister, et je rendrai votre nom célèbre par toute la terre. Ainsi dans les tentations nous pouvons nous assurer d'avoir Dieu et les anges pour témoins de notre résistance ; et qui est celui qui ne s'encourageroit à bien faire devant de tels spectateurs?

De plus , comme en Dieu s'est secourir , que de regarder, nous devons considérer qu'il nous regarde, non-seulement comme notre maître et notre juge pour nous couronner, si nous sortons victorieux du combat , mais aussi comme notre père et notre protecteur, pour nous secourir au besoin , suivant ces paroles de l'Ecriture : Les yeux du Seigneur contemplent toute la terre, et donnent de la force (i). Le Seigneur esta ma droite, de peur que je ne sois ébranlé (2). Il est rapporté dans le quatrième livre des Rois, que le prophète Elisée étant dans la ville de Dotain , le roi de Syrie envoya de nuit une partie de son armée pour le prendre. Giézi , le serviteur du Pro-

Î)bète, étant sorti de grand matin , voit toute a ville entourée de troupes : il court en avertir son maître ; et se croyant perdu avec lui , il se met à crier : Hélas , hélas , mon Seigneur, que ferons-nous ? Ne craignez point, lui répond le Prophète , jious avons plus de

(1) Oculi enim Domini contemplantur universam terram , et praebent fortitudioem. Par. s. 16. 9.

(2) Quoniàm à dextris est mihi , ne coramovear. Ps. i5. 8.

gens pour nous quils 71 en ont pour eux (1). Il se met ensuite en prière , pour demander à Dieu qu'il lui plût d'ouvrir les yeux de Giézi ; et aussitôt Giézi vit la montagne toute couverte de gens à cheval et de chariots de feu , et il fut rassuré. Nous n'avons pas moins de sujet de confiance, puisque nous savons que Dieu est toujours prêt a nous secourir. Mettez-moi auprès de vous, Seigneur, disoit Job, et ni attaque qui voudra (2). Le Sei» gneur est avec moi , disoit Jérémie, comme un puissant guerrier qui me protège : cest pourquoi ceux qui me poursuivent tomberont ; ils seront foibles contre moi, et ils de' meureront couverts de confusion (3).

Saint Jérôme (4) écrivant sur ces paroles du Psalmiste : Seigneur j vous nous avez couronnés du bouclier de votre bonne volonté , dit que dans le langage des hommes , il y a une grande différence entre un bouclier et une couronne ; mais que dans le langage de Dieu, le bouclier et la couronne ne sont qu'une même chose : parce que lorsqu'il nous couvre du bouclier de son amour ,

(1) Heu, heu, heu, domine mi , quid faciemus ? At ille respondit : iS'oli timere , plures enim nobiscum sunt , quam cum illis. 4- R*g' 6. i5 et 16.

(2) Pone me juxtà te, et cujusvis magnus pugnet contra tne. Job. 17. 3.

(5) Dominus autem mecum est, qnasi bellator fortis , id- •circô qui persequantur me, cadent, et infirmi erunt : coniundentnr vehementer. Jerem. 20. 11.

(4) Hieron. sup. itlud : Domine , ut scuto bonae Toluntatis luae coronâsti nos. Ps. 5- i3.

ce bouclier qui est notre protection et notre défense , est aussi notre couronne et notre victoire. Pour finir avec l'Apôtre : Si Dieu est pour nous , qui sera contre nous (i) ?

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