CHAPITRE VIII
D'une autre espèce d'action de grâces.
Quelques-uns font leur action de grâces après la communion de la manière que nons allons dire. Ils se représentent Jésus-Christ au-dedans d'eux-mêmes , et appellent toutes leurs puissances et tous leurs sens , pour le venir reconnoître comme leur roi , et pour se soumettre à lui ; de même que dans le monde un homme qui recevroit chez lui un grand seigneur , feroit venir ses parens pour le saluer , et pour lui rendre leurs devoirs. Ensuite à chaque sens et à chaque puissance qu'ils présentent, ils font trois choses. La première, de remercier Dieu du don qu'il leur a en fait. La seconde , de s'accuser de n'en avoir pas fait tout le bon usage qu'ils doivent. Et la troisième, de lui demander la grâce d'en faire un meilleur usage a l'avenir. Cette sorte d'action de grâces peut être très-utile ; et de trois méthodes d'oraison que saint Ignace marque dans le livre des Exercices spirituels, celle-là est la première.
Quelques autres considèrent toutes leurs puissances et tous leurs sens , comme autant de malades ; et regardant en même temps Jésus-Christ comme un médecin qui guérit toutes nos maladies (i), ils le mènent de l'un à l'autre , comme un médecin qu'on meneroit
(i) Qui sauat omnes infirmitates tuas. Ps. ios. 3.
dans une infirmerie où il y auroit plusieurs malades , et lui disent : Seigneur, venez et voyez (0 : ayez pitié de moi et démon infir- -mité (-2): guérissez mon cime qui est malade , •parce que y ai péché contre vous (3). Or , il faut remarquer que dans ce temps-là il n'est pas nécessaire de feindre un lieu ni de le chercher hors de nous , puisque Jésus-Christ est alors présent au-dedans de nous , nonseulement quant à sa divinité , qui est toujours par-tout, mais aussi quant h son humanité sacrée, qui est réellement dans nos entrailles , et qui y demeure autant de temps que durent les espèces sacramentelles ; c'està-dire , autant de temps que la substance du pain pourroit y durer si elle y étoit. Que si la vue d'une imagenous donne du recueillement et de la dévotion , que ne doit point faire la vue de Jésus-Christ lui-même, qui est présent en personne au-dedans de nous ? C'est pourquoi, que chacun tourne alors ses regards sur soi , et qu'il considère Jésus-Christ au-dedans de soi, comme la sainte Vierge le considéroit au-dedans d'elle-même , lorsqu'elle le portoit da ns ses entrailles; qu'il s'entretienne avecson bien-aimé , et qu'il dise avec l'Epouse : J'ai trouvé celui que mon ame chérit; je le tiens 3 et je ne le laisserai point aller (4) . Quelques
(i) Veni, Domine, et vide. Joan. n. 34.
(a) Miserere meî, Domine, quoniàm infirmas sum. Ps.$. 3.
(3) Sana animam meam, quia peccavi tibi. Ps. 4o. 5.
(4) Inveni quem diligit anima mea : tenui eum, nec dimit« tam. Cant. 3. 4*
théologiens (i) disentune chose qui peut nous portera employer encore plus de temps à notre action de grâces. Ils disent que tant que durent les espèces sacramentelles et la présence réelle de Jésus-Christ au-dedans de nous , plus on fait de semblables actes , plus on reçoit de grâces, non-seulement a cause du mérite des actes , mais à cause de la vertu du sacrement , suivant ce que nous avons déjà dit (2) en parlant de la préparation à la communion.
Par-là on peut connoître combien font mal ceux qui laissent perdre un temps où il y a tant à gagner , et qui n'ont pas plutôt reçu un si grand hôte chez eux, qu'ils lui tournent le dos ; qui sortent par une porte , pour ainsi dire , au même moment qu'il achève d'entrer par l'autre, et qui le reçoivent froidement, sans lui rien dire. Si dans le monde ce seroit commettre une incivilité, de recevoir chez soi une personne de considération , et de ne lui rien dire et de ne lui faire aucune offre de service , que sera-ce d'en user ainsi envers Dieu même?
Surius rapporte (3) que toutes les fois que sainte Marguerite , fille de la reine de Hongrie , devoit communier, elle jeûnoit la veille au pain et à l'eau, à cause du banquet céleste qu'elle devoit faire le lendemain, et passoit
(1) Piuresrefert. Suarez , tom, 5. in 3. part, dit p. 65. sect. j. et dicit esse valdè prob. e 3.
(2) Ci-dessus , cli. 3.
(3) Garin. Ordin. S. Dom, in ejus vit. Ban:* in H, si, llungar, et Boit, tom, a. mens, Januar,
toute la nuit en prière , et qu'après avoir communié, elle employoit tout ce jour-là à la prière , jusqu'à la nuit , qu'elle prenoit quelque nourriture.
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