‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 4)Chapitre 53 sur 67 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De ce au il faut faire après la communion, et quelle doit être l'action de grâces.

Comme avant que de manger il est bon de faire un peu d'exercice, pour réveiller la chaleur naturelle , il est bon aussi avant que de s'approcher de la sainte table , de s'exercer à quelque sainte méditation qui puisse réveiller la dévotion et la ferveur , qui est à l'égard del'ame, ce que la chaleur naturelle est à Tégard du corps. Il est bon encore de donner quelque temps à la con versation après le repas ; et il sera de même très-à-propos d'employer quelque temps àsentretenir avec Dieu , au sortir de ce divin banquet. C'est là le temps le plus favorable et le plus propre pour traiter avec Dieu , et pour nous unir avec lui, et c'est pourquoi il faut tâcher d'en profiter, et de ne pas en perdre la moindre partie. Ne laissez pas perdre un si bon jour , et ne laissez pas échapper la moindre partie d'un don si précieux (i).

(1) S. lgnat. (. Exerc. Spirit. in addition x.Hebdom.

(2) SNoa defrauderis à die booo , et particula boni doni non ie praetereat. Eccti. 14. i4-

Pour cet effet , il faut employer ce tempslà à faire quelques méditations pieuses, comme celles que nous ayons dit qu'il falloit faire avant la communion; surtout il faut s'occuper à louer Dieu , et à le remercier de tous les bienfaits qu'on en a reçus, et particulièrement du bien inestimable de notre rédemption , et de la grâce qu'il nous a faite de se

donner lui-même a nousdecettesorte.Comme cependant nous ne pouvons jamais de nousmêmes lui en rendre les remercîmens qui lui sont dus , il faut pour suppléer à notre défaut, lui offrir toutes les bénédictions et toutes les louanges que lui ont jamais données tous les anges ensemble , depuis lecommencement du monde , et tons les bienheureux pendant leur vie, toutes celles qu'ils lui donnent maintenant dans le ciel, et toutes celles qu'ils lui donneront durant toute l'éternité. Il faut joindre nos intentions à leurs intentions, et le prier de commander que nos voix soient ad" mises avec les leurs (i). Il faut enfin inviter toutes les créatures à le louer avec nous , et dire avec le Prophète : Célébrez la magnifia cence du Seigneur avec moi , et glorifions en' semble sou Nom (2). Mais parce que Dieu est infiniment au-dessus de toute sorte de louant ges , et que toutes celles que toutes les créatures peuvent jamaislui donner n'approchent

(1) Cum quibus et nostras voces ut admitti jubeas deprecamur

(2 MagoiGcate Domioum mecum , et exaltemus nomen ejus in idipsum. Ps. 33. 4.

point de celles qui lui sont dues , il faut de plus souhaiter qu'il s'aime et qu'il se loue I«i-niême comme il le mérite , puisque lui seul peut le faire

Secondement , il faut employer ce tempslà à produire des actes d'amour de Dieu : car c1 est alors principalement qu'on peut exalter soncœurendesaintesinspirations,quinesont autre chose que des actes d'amour , et des désirsardens de s'unir à Dieu. C'est alors qu'il faut lui dire avec le Prophète royal : Seigneur, vous êtes ma force > que je vous aime toujours, (0 Mon ame soupire incessamment après vous , 6 mon Dieu , comme le cerf poursuivi des chasseurs , soupire après la source des eaux (2).

Il faut en troisième lieu employer ce tempslà à demander des grâces à Dieu , car c'est un temps propre pour en obtenir , et pour bien faire nos affaires avec lui. L'Ecriture* sainte rapporte que îa reine Esther ayant à demander quelque chose au roi Assuérus , ne voulut point d'abord lui déclarer ce que c'étoit : elle l'invita seulement à venir manger cliez elle, se réservant a lui expliquer alors ce qu'elle souhaitoit. Il y fut, et elle en obtint tout ce qu'elle lui demanda. C'est ainsi que dans ce saint banquet , où le Pioi des rois est notre convié, et où nous sommes les siens, pour mieux dire , nous obtiendrons de lui

(1) Diligam te, Domine , fortitudo mea. Ps. 17 a {a) Quetnadmodiim desiderat cervus ad fontes aquaram , ità desiderat anima mea ad te , Deus. Ps. 4i< 1.

tout ce que nous lui demanderons : Carnous sommes venus dans un jour heureux ( i) ; et nous pouvonslui dire ce que Jacob dit à l'ange avec qui il a voit lutte toute la nuit : Seigneur, je ne vous laisserai point aller que vous: ne m'ayez béni (2). Seigneur , lorsque vous entrâtes dans la maison de Zachée , vous dites: Cette maison a reçu aujourd'hui le salut (3) ; dites-en autant maintenant de la maison où vous venez d'entrer ; dites à mon ame : Je suis votre salut (4).

C'est aussi alors qu'il faut demander pardon a Dieu de nos péchés , et lui demander en même temps la force de vaincre nos passions et de résister aux tentations du démon, etla grâce d'acquérir Fhu milité , l'obéissance s la patience , la persévérance et les autres vertus dont nous avons le plus besoin. Mais il ne faut pas seulement demander alors pour nousmêmes; il faut aussi prier pour tous les besoins de l'Eglise , tant en général qu'en particulier, pour le pape , pour le souverain,, pour tous ceux qui gouvernent la république chrétienne , ou dans le spirituel ou dans le temporel , et pour toutes les personnes particulières à qui on a quelque obligation , comme il se pratique dans le Mémento de la messe , et comme nous le dirons ensuite.

(1) In die enim bonâ venimus. 1. Reg. ao. 8,

(a) Non dimittam te donec beoedixeris mihi. Gen»S2- a€L

(3) Hodiè salus domui huic facta est. Lue. 19. 9.

(4) Die animse raea? : Salus tua ego sum. Ps* 5|. 3»

3^6 PART. II. TRAITÉ YIÏ1. CHAP. VIII. v\xvv>x\xvxvvxvxvxvvxvvxv^^

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