‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 4)Chapitre 56 sur 67 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Que la fréquente communion est un grand remède contre toutes sortes de tentations 3 et qu'elle sert particulièrement à conserver la chasteté.

Les Saints disent que c'est un grand remède contre toutes les tentations , de s'approcher souvent du Sacrement de l'autel ; parce qu'outre qu'il fortifie l'âme , et nous rend plus prompts a faire la volonté de Dieu, il affoiblit aussi les passions et les mauvaises habitudes ^ et diminue le feu delà concupiscence, qui est la racine de tous les maux. Saint Thomas dit qu'une des raisons pour lesquelles il nous délivre des tentations,, est que l'enfer ayant été vaincu par la mort de

(i) Snrgite , eamus bine, Joan, i4« 3i.

Jésus-Christ, et ce Sacrement étant une représentation desa mort, les démons ne voient pas plutôt en nous son corps et son sang, qu'ils prennent la fuite, et laissent la place aux anges qui nous accompagnent et qui nous assistent. Saint Ignace, martyr, et saint Cyrille conseil» lent par cette raison de le fréquenter souvent, pour faire fuir les démons (i). Que si dans l'ancienne loi , dit saint Clirysostôme (2) , le sang de l'agneau appliqué à l'entrée des maisons, a eu le pouvoir de délivrer ceux qui y demeuroient, de l'épée de l'ange exterminateur, quelle vertu ne devra point avoir ce Sacrement dont il n'étoit que la figure.

Mais surtout, disent les Saints, c'est un remède souverain contrelestentationsdel'impureté ; car il apaise les émotions de la concupiscence, il amortit le foyer du péché, et il éteint l'ardeur delà sensualité (3), de même que l'eau éteint le feu. C'est le sens que St. Jérôme, St. Thomas et plusieurs autres Saints donnent a ce passage de Zacharie : Ce quila de bon , et ce quila de beau ,n est-ce pas d'être le froment des élus , et le vin qui fait les vierges (4)? Le propre de ce pain des anges, disent-ils, est de faire des vierges, et de même que la nourriture corporelle , quand elle est

(1) S. Jçnat. epist. ad Ephes. Et Cyril. §. 3. in Joan. 07.

(2) Chrys . hom. 61. ad pop Aniioch.

(3) Sedat eniui , cùm in nobis manet Ghristus, scevientem roembrorum nostrorum legem. Cyr. I. 4» in Joan.

(4) Qaid enim bonuua ejus est et quid pulcbrum ejas , nisi frumentum electorum , et Tinum germinans vir.gines ? Zach, 9.17.

louable , fait de bon sang et de bonnes humeurs; de même cette nourriture spirituelle produit en nous des sentimens chastes et des pensées pleines de pureté. C'est cette farine avec laquelle Elisée ôta tout ce qu'il y avoit d'amertume dans la viande qu'on avoit servie aux enfans des prophètes. Saint Cyrille dit que non-seulement cette nourriture céleste sanctifie l'ame, mais qu'elle sanctifie aussi le corps; et par-là, ce que l'Eglise demande à Dieu , que le sacrifice de la messe nous soit salutaire pour /'esprit et pour le corps (i) , se trouve entièrement accompli. Comme la Cananéenne n'eut pas plutôt touché lebord de la robe de Jésus-Christ, qu'aussitôt le flux de sang dont elle étoit tourmentées'arrêta(2);el comme les eaux du Jourdain s'arrêtèrent dès que l'arche entra dans le fleuve (3); de même, sitôt que Jésus-Christ entre au- dedans de nous, toutes les tentations s'apaisent, le feu de la concupiscence s'amortit. 0 heureux fruit! s'écrie un saint homme ; ô fruit plein d'abondance , qui produit la virginité (4) ! Il n'y a point de meilleur remède pour la chasteté , dit un autre auteur , qu'un fréquent et bon usage de la communion (5).

Nicéphore Calixte, Grégoire de Tours et

(i) Fiat nobîs in salutem mentis et corporis. (a) Luc. 8. 44-

(3) Jos. 3. 16.

(4) O felix fructis nbertatis , ea quo virginitas germinatur.

(5) Viguer. InstiU Theod. c. 6. §. i.

plusieurs autres ( i ), rapportent une chosemeryeilleuse arrivée à Constantinople, et qui marque bien que la vertu de ce divin Sacrement s'étend et sur l'ame et sur le corps. La coutume deFEglise grecque étant de consacrer avec du pain semblable à celui dont on mange d'ordinaire, ce qui resloit decepain,aprèsque le peuple a voit communié, se donnoit à de jeunes enfans à jeun, afin qu'ils l'usassent; et rsicëphore lui-même rend témoignage que lorsqu'il étoit enfant , on lui en avoit donné plusieurs fois. Or, ilarriva unefois entr'autres, <jue comme on distribuoit ces précieux restes aux enfans qui étoient dans l'Eglise, Use présenta parmi eux un enfant juif, fils d'un verrier, qui communia comme les autres. Cela l'ayant arrêté quelque temps a l'Eglise, il retourna plus tard que de coutume a la maison, et son père lui en avant demandé la cause, il dît qu'il avoit été a l'Eglise des chrétiens , et qu'il y avoit mangé du pain qu'on y donnoit aux enfans. Aussitôt cet homme entra dans une si grande fureur contre son fils, que sans rien attendre davantage , il le jette dans le fourneau qui étoit allumé , et ferme la porte de la verrerie. La mère qui étoit à la ville ne trouvant point son fils au retour, et voyant que le temps auquel il avoit accoutumé de venir étoit passé de beaucoup , se

<t) à'iceph. Calix. (. But. Ecc!es. 17. c. »5. Grcg. Tar. ( te glor. flfarf, c. S. Etang, Ecct. Iiist, l. 4. c, 35. •

mit en devoir de le chercher de tous côtés; et après beaucoup de peines inutiles, elle revint toute désolée au logis. Au bout de trois jours, comme elle ne pourvoit se consoler de la perte de son fils, et qu'elle étoit auprès de la porte de la verrerie, pleurant ets'arrachant les cheveux, et l'appelant par son nom, elle fut fort étonnée qu'il lui répondît du dedans du fourneau où il étoit. Elle court ouvrir la porte, toute troublée de crainte et d'espérance, et voit son fils sortir du milieu des flammes, sans que le feu lui eût touché le moins du monde. Elle lui demande qui l'a voit préservé du feu; il lui répond qu'une dame vêtue de pourpre l'avoit secouru, éteignant souvent le feu avec de l'eau qu'elle y jetoit , et en lui apportant à manger toutes les fois qu'il en avoit eu besoin. Tout cela ayant été rapporté à l'empereur Justinien, il fit baptiser l'enfant et la mère, qui voulurent se faire chrétiens, et fit pendre a un arbre , comme un parricide, le malheureux père, qui ne voulut jamais se convertir. Or, ce que la sainte hostie opéra dans le corps de cet enfant, en le conservant au milieu des flammes, elle l'opère spirituellement dans l'ame de ceux qui la reçoivent dignement, en les conservant saints et entiers au milieu des flammes de la concupiscence, et au milieu de toutes les tentations.

t. ir.

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