‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 4)Chapitre 57 sur 67 · CHAPITRE Xï · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xï

D'un autre fruit que nous devons tirer de la sainte communion, gui est de nous unir a Jésus-Christ > et de nous transformer enlui.

Une des principales fins pour lesquelles Dieu a institué le Sacrement de l'Eucharistie, oupeul-être même la principale, ça été, disent les Saints, pour nous unir à lui , et pour faire que nous ne fussions qu'une même chose avec lui (i). Car de même qu'en vertu des paroles de la consécration , ce qui étoit auparavant du pain, se change en la propre substance de Jésus-Christ; de même, en vertu de la sainte communion , celui qui étoit homme avant que de la recevoir , est transformé spirituellement en Dieu même. C'est ce que veulent dire ces paroles du Sauveur dans saint Jean : Ma chair est un véritable manger, et mon sang un véritable breuvage ; celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi je demeure en lui (2). Au lieu que par le moyen de la chaleur naturelle, la nourriture qu'on prend 1 devient la même chose que celui qui la prend; j ici, par le moyen de la grâce, celui qui mange

(1) Goncorporei, ut ità dicam,et consanguineiChristifact» estis. Catec. Mystag 4- . . .

(2) Caro mea verè est cibus , et sangais meas vere est potus. Qui œanducat meam carnem, et bibit meum sanguinem, in me manet , et ego in illo, Joan. 6. 56. 5;.

DE LA COMM. ET DE LA MESSE. 33q

le pain des anges, devient la même chose que ce pain céleste dont il se nourrit. Car ce n est pas le corps de Jésus-Christ qui se transforme en la substance de celui qui le reçoit, c'est celui qui le reçoit qui est transformé en Jésus- Christ. La nourriture deceux qui sont grands dit saint Augustin, c'est Jésus-Christ : crois! sez, et vous le mangerez ; vous ne le changerez pas cependant en vous, comme la nourriture que vous prenez, mais vous serez changés en lui (i). Aussi est-ce le propre de ce sacrement, dit saint Thomas (2), de transformer l'homme en Dieu, et de le rendre semblable à lui. Car si le feu a bien le pouvoir de changer de lui-même toutes les choses où il s'attache , et de leur communiquer sa forme et sa perfection , après avoir détruit en elles tout ce qui pouvoit être contraire à sa nature ; à combien plus forte raison , ce feu dévorant delà divinité (3) consumera-t-il tout ce qu'il trouvera d'impur dans nos âmes et les rendra-t-il semblables à lui ?

Mais laissant maintenant à part ce qui regarde l'union réelle et véritable de Jésus- Christ avec celui qui le reçoit , et venant à ce qui concerne le fruit que nous devons tirer de la sainte communion , je dis que ce | fruit consiste à nous unir spirituellement à j Jésus-Christ , et à nous transformer en lui de

(1) Cibus sum grandium ; cresce , et manducabis me : nec tu me mutabism te , sed tu mutaberis ia me. Aue%

(2) b. Thom. in 4. sent. disp. 2. g. 4. art. 1. (3; Deus noster ignis consumens est. Deut. 4. 24.

la même sorte, c'est-à-dire } qu il faut que nous tâchions de nous rendre semblables a lui, dans tout le cours de notre vie , d'être humbles comme lui, patiens comme lui , obéissans comme lui , chastes et pauvres comme lui : et c'est la ce que saint Paul nous recommande sous d'autres paroles lorsqu'il dit: Revêtez-vous de Notre - Seigneur Jésus- Christ (i) , et revêtez-vous du nouvel homme (2). Dans la consécration, la substance du pain se convertit en la substance du corps de Jésus-Christ , et les accidens demeurent toujours les mêmes : dans la communion , c'est tout le contraire, la substance de l'homme demeure la même , il n'y a que les accidens qui changent. Il devient humble, d'orgueilleux qu'il étoit ; il devient chaste, au lieu qu'il étoit incontinent; il devient doux et patient , au lieu qu'il étoit fâcheux et colère ; et c'est ainsi qu'il se transforme spirituellement en Jésus- Christ.

Saint Cjprien interprétant ces paroles du prophète-roi : Que mon calice qui enivre est excellent (3) ! et les appliquant à la sainte Eucharistie , dit que comme l'ivresse rend un homme tout différent de ce qu'il étoit,, de même ce divin sacrement nous rend tout différens de nous-mêmes, en nous faisant perdre le souvenir des choses du monde, et nous élevant au commerce de celles du ciel (4).

(1) Induimini Dominum Jesum Christum. Rom. i5. i4-

(2) Induite novum hominem. Eph. 4- *4-

(3) Calix meus inebrians , quàm prseclarus est ! Ps. 38. 5.

(4) Ebrietas Dominici calicis et sanguinis sic bibeates ine-

Combien les disciples d'Emmaùs devinrentils différens d'eux-mêmes , après avoir reçu ce pain céleste de la main même du Sauveur? Ils reconnurent alors celui qu'ils n'avoient pu reconnoître auparavant (i); et de chancelans , de foibles et de timides qu'ils étoient , ils devinrent fermes, fidèles et assurés. C'est de cette sorte qu'il faut que la sainte communion vous change en un autre homme (2). en un homme parfait (3) ; afin que ceux qui vivent ne vivent plus à eux-mêmes , mais vivent à celui qui est mort pour eux * et qui est ressucité (4).

Une grande Sainte (5) dit à ce sujet une chose très-solide et très-spirituelle. Elle parle des marques auxquelles on connoît que Tame est transformée en Dieu , et elle dit , qu'une de ces marques est de désirer d'être méprisé de tout le monde, de vouloir être regardé de tout le monde,, comme digne de toute sorte de mépris , et de ne vouloir attirer sur soi la compassion de personne , ni vivre dans l'estime et dans le cœur de personne. Qu'enfin, c'est d'être parvenu, non-seulement à ne vouloir être estimé des hommes en aucune chose,

briat ut sobrios faciat , ut mentes ad spiritalem sapientiam redigat,utà sapore isto seculari ad intellectum Dei unusquisque resipiscat , etc. Cypr. ep. 63. ad Cœc'd.

(1) Cogooverunt eum infractione panis. Luc. i'\. 3i.

(2) Mutaberis in virum alium. 1. Reg. 10. 6.

(3) In virum perfectum. Eph 4. i3. Basil, in regul. brev* nutn. 17.

(4) Ut et qui vivunt, jàm non sibi vivant , sed ei qui pro ipsis mortuus est, et resurrexit. 2. Cor. 5. j5.

(5) S. ^ngeladeFulgino.c. 6.

mais a tenir à honneur d'en être méprisé , pour être plus conforme à Jésus-Christ, et à ne se glorifier que dans la croix de iV. S. J. C, (i). C est ainsi que nous devons essayer de nous transformer en lui ; et c'est la le fruit que nous devons tirer de la sainte communion.

Saint Chrjsostôme parlant de l'obligation que nous impose la participation de cet auguste sacrement : Lorsque nous nous sentirons, dit-il, émus de colère ou de quelque autre passion , songeons de quel bien il a plu à Dieu de nous faire participans, et que cette réflexion serve a réprimer en nous toute sorte de mouvemens déréglés (2). Il n'est pas juste que la langue qui a touché le corps de Jésus-Christ , se profane dans des entretiens frivoles ; il faut qu'elle soit sanctifiée. Il n'est pas juste que le cœur qui a reçu Dieu même , et qui est devenu comme le ciboire du précieux corps de Jésus-Christ , se laisse souiller par de vains désirs; il faut qu'il n'en ait que pour Dieu ,et qu'il ne songe qu'à Dieu. Quand on a pris une pastille, on en conserve l'odeur tout le reste du jour : le pain céleste que vous avez mangé est d'un parfum admirable; il exhale une odeur toute divine : vous devez conserver cette même odeur 5 vous devez ne respirer que vertu et que sainteté.

(1) Mini autem absit gloriari , nisi in cruce Domini nostri Jesu Christi. Gai 6. 14.

(2) Cùm nos ab ira corripi viderirnus , Tel ab alio vitio , cogitemus quibus bonis facti sumus digni , et sit irrationabilium nobis motuum correctio, talis cogitatio. Chrys. hom, I. ad pop. Antioch,

Une sainte Vierge disoit(i) que toutes les fois qu'elle communioit, elle gardoit les avenues de son cœur avec plus de soin qu'à l'ordinaire, se représentant Jésus-Christ dans son cœur comme un maître qui repose dans sa maison. C'est pourquoi , ajoutoit-elle, j'essaie de conserver alors toute la modestie possible dans mes discours , dans mes regards, dans mes gestes et dans tout mon extérieur , comme un serviteur qui met le doigt sur sa bouche pour faire signe qu'on ne fasse pas de bruit, de peur d'éveiller son maître.

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