‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 4)Chapitre 61 sur 67 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Comment il faut entendre la Messe,

Ce que nous avons dit semble nous obliger à parler de la manière dont il faut entendre la messe; c'est pourquoi nous toucherons ici trois choses principales ,, que nous pouvons faire toutes trois pendant la messe, et que nous devons adopter avec respect , puisque c'est l'Eglise elle-même qui nous les propose. Premièrement, il faut supposer que la messe, comme nous l'avons déjà dit, est une représentation de la passion et de la mort de Jésus- Christ , qui a voulu renouveler par-là dans notre esprit la mémoire de son amour et de ses souffrances , pour nous exciter par ce souvenir à l'aimer et à le servir avec plus d'ardeur , et pour nous empêcher de tomber dans l'ingratitude des Hébreux qui oublièrent le Dieu qui les avmt sauvés (i).

Sur ce principe, une des meilleures choses auxquelles nous puissions nous appliquer pendant la messe, est de considéreravec attention les mystères delà passion qui nous y sont représentés, et de nous exciter par cette vue , à produire des actes d'amour de Dieu , et à former une ferme résolution de le servir. Or , comme l'intelligence de toutes les choses qui se font et qui se disent à la messe , peut

(i) Qui obliti sunt Deum qui salvavit eos , qui fecit mag* nalia iniEgypto. Ps. io5. ai.

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extrêmement contribuer à cela, il est à propos d'expliquer ici auparavant ce qu'elles signifient^ afin que cette connoissance fasse que nous nous attachions davantage a la méditation des saints mystères qu'elles représentent. Car il ne se dit aucune parole à la messe , il ne s'y fait aucune action , aucune cérémonie , qui ne marque quelque chose de saint et de mystérieux; et les ornemens même dont le prêtre est revêtu à l'autel, ont aussi une signification mystérieuse. Uamict , qui est un linge que le prêtre met autour de son cou , et qui lui couvre les épaules, représente le voile dont les soldats couvrirent le visage du Fils de Dieu, lorsqu'en le frappant ils lui disoient : Prophétise-nous qui est celui qui € a frappé (i)? Uaube marque la robe blanche dont Héxode le fit revêtir par moquerie , quand il le renvoya à Pilate. La ceinture représente les cordes dont il fut lié dans le jardin , et les fouets dont il fut déchiré par le commandement de Pilate. Le manipule signifie les cordes dont il fut attaché a la colonne dans le prétoire ; et il se met au bras gauche, qui est le côté du cœur, pour nous marquer que c'est l'excès de son amour qui lui a fait souffrir cette cruelle flagellation pour nos péchés , et que nous devons répondre à cet amour par toute la tendresse de notre cœur. Uètole représente la corde qu'on lui jeta au cou lorsqu'il portoit sa croix. La chasuble signifie y (j) Propbetiza, quis est , qui te percuisit Luc. aa. 64»

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selon quelques-uns , la robe de pourpre dont on le revêtit pour se moquer de lui ; ou selon quelques autres, la tunique^sans couture qu'on lui ôta pour le crucifier. L'entrée du prêtre dans la sacristie, pour se revêtir des habits sacerdotaux , représente la descente du Fils de Dieu dans les flancs de la sainte Vierge, où il se revêtit de notre chair et de notre humanité, pour aller célébrer le sacrifice de la croix. Le chœur qui chante l'introït , quand le prêtre sort de la sacristie, nous représente les anciens patriarches qui attendoient la venue du Messie , et qui la demandoient à Dieu par ces paroles : Envoyez, Seigneur, V agneau dominateur de la terre (i). Que ne vous plaîtil défaire entrouvrir les cieux 9 et de descendre (2) ] Et l'on répète une seconde fois V introït , pour marquer la sainte impatience qu'ils avoient, et les fréquentes prières qu'ils faisoient a Dieu pour ce sujet. Le Confiteor , que le prêtre dit ensuite, comme homme pécheur, signifie que Jésus-Christ a bien voulu se charger de nos péchés , et satisfaire pour nos péchés, et qu'il a voulu paroître pécheur, et être tenu pour pécheur , afin que nous fussions justes et saints. Le Kyrie , eleison , qui veut dire , Seigneur, ayez pitié de nous, nous représente l'état misérable où nous étions avant la venue du Sauveur. Il seroit long de marquer en détail la signification de chaque

(1) Emitte, Domine, agnnm dominalorem terr?e. Tsaï. 16. 1.

(2) Utinam dirumpcres cccIoî , et descenderes 1 h, 64. 1.

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parole et de chaque cérémonie; mais enfin il n'y en a aucune qui ne signifie quelque chose de mystérieux. Les divers signes de croixj, par exemple , que le prêtre fait sur l'hostie et sur le calice, nous marquent les diverses souffrances de Jésus-Christ sur la croix ; et l'élévation qui se fait de l'hostie et du calice après la consécration , afin que le peuple adore le corps et le sang du Fils de Dieu , se fait encore outre cela , afin de nous représenter ce que firent les Juifs lorsqu'ils élevèrent la croix du Sauveur , pour l'exposer à la vue de tout le peuple. Chacun peut à son choix s'attacher à considérer un ou deux de ces mystères, selon l'idée que nous venons d'en donner ; et surtout il faut tacher de se rendre cette méditation profitable , en s'excitant de tout son pouvoir à correspondre à l'amour et aux bienfaits du Fils de Dieu ; ce qui sera beaucoup plus utile , que de passer légèrement sur plu* sieurs mystères. Or, voilà le premier exercice de dévotion auquel on peut s'appliquer durant la messe.

Le second exercice de dévotion , et la seconde manière d'entendre la messe est encore très-utile et très-convenable; et pour bien comprendre ce que c'est , il faut supposer deux choses que nous avons déjà marquées dans le chapitre précédent. La première , que la messe est non-seulement un souvenir et une représentation de la passion de Jésus-Christ et du sacrifice où il s'offrit

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sur la croix au Père éternel pour nos péchés ; mais que c'est réellement le même sacrifice qu'alors, et qu'il est de même vertu et demême prix. La seconde , que quoiqu'il n'y ait que le prêtre qui parle dans ce sacrifice , et que ce soit lui seul qui l'offre, tous ceux qui y assistent ne laissent pas de l'offrir aussi conjointement avec lui. Cela étant, je dis que la meilleure manière d'entendre la messe, est de se joindre au prêtre dans le sacrifice, et de s'attacher à le suivre et à l'imiter en tout ce qu'il fait, nous mettant dans l'esprit ce qui est vrai, que nous sommes alors tousassemblés dans l'église, non-seulement pour entendre la messe, mais encore pour offrir conjointement avec lui le sacrifice adorable du corps et du sang de J. G. Aussi , afin que le peuple puisses' y disposer commele prêtre avec toute la préparation que l'église demande, il est ordonné au prêtre de prononcer d'une voix distincte et un peu élevée tout ce qui regarde cette préparation, laquelle est si sagement instituée, que tout ce qui s'y fait et tout ce qui s'y dit, n'est que pour mieux disposer leprêtre et les assistans à offrir ce sacrifice adorable avec toute la révérence et toute la piété possible. Pour réduire ceci plus facilement en pratique, il faut observer que la messe a trois parties principales , dont la première qui est depuis X introït jusqu'à Y offertoire , n'est que pour préparer les fidèles à offrir dignement ce sacrifice. Cela se fait premièrement par les versets des psaumes , et par le confiteor que

le prêtre récite avant que de monter a l'autel; et ensuite par la fréquente répétition de cette prière, Kyrie , eleison , laquelle outre qu'elle signifie l'état misérable où nous étions avant la venue de J. C, nous marque aussi que, dans tout ce que nous demandons à Dieu , nous ne devons jamais fonder notre espérance que sur sa seule miséricorde. On récite ensuite le gloria in excelsis 3 pour glorifier Dieu de l'incarnation de son Fils unique , et pour lui rendre grâces d'un si grand bienfait; après on dit Toraison : sur quoi il faut remarquer que le prêtre dit oremus, prions; et non pas oro j je prie , parce qu'en effet tous les assistans doivent prier avec lui, et qu'il prie aussi au nom de tous. Or, afin que cela se fasse avec plus de ferveur, le prêtre tourné vers le peuple, invoque auparavantl'assistance du St. Esprit, par ces paroles , Dominus vobiscum , le Seigneur soit avec "vous ; a quoi le peuple répond, Etcum spiritu tuo, et avec votre esprit aussi. Vèpître signifie la doctrine de l'ancien testament , et celle de S. Jean-Baptiste , qui fut comme la préparation de celle de l'évangile. Le graduel, qui se dit après Vèpître , marque la pénitence que fit le peuple après la prédication de S. ,lean; et Y alléluia qu'on récite après le graduel , marque la joie de l'ame lorsqu'elle a obtenu le pardon de ses pécbés par le moyen de la pénitence. \J évangile signifie la doctrine que Jésus-Cbrist a enseignée \ le prêtre avant que de le lire,, fait le signe de la croix sur le livre , parce que

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c'est Jésus-Christ crucifié qu'il doit nous prêcher ; et il fait ensuite le signe de la croix sur son front , sur sa bouche et sur son estomac • ce que le peuple fait aussi de même; et ce qui est comme une déclaration publique que font tous les chrétiens, déporter Jésus-Christ dans leur cœur, et une promesse solennelle de le confesser de bouche devant tout le monde , et de mourir dans cette confession. On allume les cierges à l'Evangile , pour marquer que cette doctrine est la lumière de nos âmes , la lumière que le Fils de Dieu a apportée au monde, pour la révélation des gentils et la gloire du peuple d Israël (i); et on entend l'Evangile debout, pour marquer la promptitude aveclaquelle nous devons être toujours prêts a yobéir etàle défendre. On récite ensuite le credo , qui contient les principaux points et les principaux mystères de notre foi, et qui est le fruit que nous tirons de la doctrine de 1 Evangile ; et c'est la que finit la première partie de la messe, qui autrement est appelée la messe des catéchumènes, parce que c'étoit autrefois tout ce que les catéchumènes, soit juifs, soit gentils, avoient permission d'entendre, pour s'instruire dans la parole de Dieu. La seconde partie de la messe est renfermée depuis l'offertoire , jusqu'au pater no s ter ; ce qui est proprement appelé la messe du sacrifice , à laquelle les seuls chrétiens peuvent

(1) Lumen ad revelationem gontiurp ? et gloriam plebis tu» Israël. Luc. a. 02.

assister : c'est pourquoi anciennement le diacreavoit accoutumé de commander alors tout haut aux catéchumènes de sortir , en disant : Ite,missa est; commepour leur faire entendre que l'on alloit alors commencer la messe, c'està-dire , le sacrifice auquel il ne leur étoit pas permis d'être présens. Cette partie de la messe est la principale des trois, parce qu'on y fait la consécration, et que le prêtre y offre le sacrifice de propitiation au Père éternel. Aussi corn» mence-t-il à garder dès lors le silence, comme approchant déjà du temps du sacrifice , et à dire tout bas les oraisons, en sorte que les assistans ne puissent pas les entendre ; et cela à l'imitation de Jésus-Christ , qui un peu avant sa passion , se retira dans la ville d'Ephreni , proche du désert , et cessa pendant quelque temps de se montrer en public (i). Le prêtre, sur Je point d'offrir le sacrifice à Dieu,selave les mains pour nous donner à entendre avec quelle pureté nous devons nousapprocher de ce sacrifice. Ensuite il se tourne vers le peuple, en recommandant auxassistans de prier Dieu avec lui, afin que ce sacrifice soit agréable à la majesté divine (2); et après avoir récité quelques prières tout bas, il interrompt son silence de nouveau par la préface, qu'il dit à haute voix , et qui est une préparation plus particulière, par laquelle il se dispose a ce sacrifice , et y dispose en même

(1) Joan. 11. 54.

(2) Orate, fratres, ut meum ac vestrum sacrificium acceptable fiât , etc.

temps les fidèles. Pour cet effet, il les exhorte à élever leur cœur à Dieu , et à lui rendre grâces d'être descendu du ciel en terre, pour se revêtir de notre chair, et pour nous racheter par sa mort, et il le glorifie par ces paroles : Saint, Saint , Saint } le Seigneur, le Dieu des armées (i), qui sont celles qu'Isaïe et saint Jean disent que les esprits bienheureux répètent incessamment dans le ciel , et par ces autres : Béni soit celui qui 'vient au nom du Seigneur: louange et gloire à celui qui est au plus haut des deux (2) , qui sont des paroles de joie et d'acclamation > dont le peuple se servit à l'entrée de Jésus- Christ à Jérusalem. Ensuite on commence le canon de la messe , dans lequel le prêtre prie le Père éternel, par les mérites de son Fils unique , d'agréer le sacrifice qu'il lui présente pour toute l'Eglise en général, pour le pape , pour l'évêque et pour le souverain. Après cela il prie en secret pour les autres personnes , qu'il comprend dans le premier Mémento , qu'on appelle le Mémento pour les vivans ; et après avoir offert ce sacrifice à leur intention, il l'offre encore particulièrement pour tous les assistans (3). De sorte que c'est une chose très-avantageuse d'assister à la messe, parce que ceux qui y

(i) Sanctus, Sanctus, Sanctus , Dominus Deus Sabaoth. Isai. 6. 3.

(2) Benedictus qui venit in nomine Domini ; Hosanna in excelsis. Matih. 21.9.

(3) Et omnium circumstantinm.

assistent ont plus de part que les autres aux dons de Dieu. L'abbé Rupert dit que c'est assister aux funérailles de Jésus-Christ que d'assister a la messe ; mais pour se rendre digne des grâces que Dieu communique à ceux qui y assistent, il faut y assister dans le même esprit que la Vierge , saint Jean , la Magdeleine et le bon larron assistoient à la mort de Jésus-Christ. On fait ensuite la consécration, en quoi consiste proprement le sacrifice , et c'est alors qu'il est offert pour tous ceux dont on a fait mention dans le Mémento.

Or, je dis maintenant, que comme le sacrifice de la messe est offert pour tous les assistans, la meilleure espèce de dévotion que l'on puisse avoir alors, est de s'appliquer attentivement a tout ce que dit ou fait le prêtre, et de faire et de dire de son côté les mêmes choses, autant qu'il est possible. De sorte que, quand le pi être fait le Mémento pourles vivans,ilest bon que chacun fasse aussi le sien en particulier, en priant Dieu pour ceux qui sont encore dans cette terre d'exil; et lorsque le prêtre fait le Mémento pourles défunts, il est aussi à propos de le faire alors, et de prier Dieu pour eux conjointement avec lui. S. François deBorgia se servoit en cela de la méthode suivante ; c'est qu'après avoir considéré ce sacrifice > comme représentant celui que Jésus-Christ offrit sur la croix , et étant effectivement le même, il appliquoit son Mémento a chacune des cinq plaies de notre Sauveur. A la plaie

de la main droite, il recommandent a Dieu le pape , les cardinaux, les évêques, les pasteurs et tout le cierge. A la plaie de la main gauche, il recommandoit a Dieu le souverain, les magistrats et toutes les puissances séculières. À la plaie du pied droit, il recommandoit tous les ordres religieux, et particulièrement la compagnie de Je'sus. A la plaie du pied gau che , il prioit pour ses païens, ses amis, ses bienfaiteurs, et généralement pour tous ceux qui s'étoient recommandés à ses prières. Mais quant a la plaie du côté , il se la réservoit, et il s'enfonçoit dans les trous de cette pierre, et dans les ruines de cette muraille (i), demandant pardon à Dieu de ses péchés , et lui demandant en même temps le secours et les grâces dont il avoit besoin. Par ce moyen il offroit le sacrifice de la messe pour toutes ces choses-là ensemble, etpour chacune séparément , comme s'il ne l'eût offert que pour une seule; l'offrant de plus en particulier pour les personnes pour qui il disoit la messe, ou par obligation , ou par dévotion, et toujours avec intention que toute la part qui leur pouvoit appartenir de cet adorable sacrifice leur fût appliquée , sans qu'ils pussent en être frustrés par l'offrande qu'd en faisoit pour les autres. Il en usoit de même à l'égard du Mémento pour les morts , offrant ce sacrifice, premièrement pour les âmes de ceux

(1) In foraminibus petr» , in cavernâ macerise. Cant. a. 14.

à l'intention desquels il célébroit, secondement, pour les âmes de ses parens ; en troisième lieu , pour celles des religieux de la compagnie; ensuite pour celles de ses amis, de ses bienfaiteurs, de ceux qu'on lui avoit recommandes , et de tous ceux à qui il avoit quelque obligation, et enfin , pour toutes les âmes qui étoient les plus destituées de toute sorte de secours particulier, ou qui souffr'oient davantage, ou qui étoient plus prêtes a sortir du purgatoire , ou pour lesquelles il y avoit plus de charité de prier. Chacun peut suivre cette méthode, ou quelque autre semblable, selon qu'il jugera le plus à propos; et sur-tout il faut offrir ce sacrifice pour trois choses qui nous sont d'une plus étroite obligation que tout le reste. La première, en action de grâces des bienfaits que nous avons reçus de la main de Dieu, tant en général qu'en particulier; la seconde, en satisfaction et en compensation pour nos péchés; et la troisième pour demander a Dieu le remède a nos misères, et pour obtenir de nouvelles grâces de lui. Or, en offrant tous les jours à Dieu ce sacrifice pour ces trois choses, il est bon de l'offrir non-seulement pour soi-même , mais aussi pour tout le monde en général : et pour cet effet, il faut l'offrir, non-seulement en actions de grâces des bienfaits qu'on en a reçus en son particulier^ mais aussi en remercîment de toutes les faveurs qu'il a faites et qu'il fait tous les jours à tous les hommes : non-seulement en satis-

faction pour ses propres péchés, mais aussi en expiation de tous les péchés du monde, puisqu'il est plus que suffisant pour y satisfaire envers le Père éternel; non-seulement enfin pour demander à Dieu les grâces particulières dont on a besoin, mais pour implorer son secours sur toute l'église en général. De cette sorte on se conforme davantage avec ce que fait le prêtre : outre que la charité et le zèle des âmes demandent que non-seulement on ait soin de soi en particulier, mais qu'on s'intéresse aussi pour le bien général de toute l'église. Et que peut-on faire de îiiieux que d'offrir ce sacrifice pour toutes les choses pour lesquelles J.-C. l'a offert lui-même sur la croix? Il sera bon aussi que tous les jours , à la messe , nous nous offrions en sacrifice avec lui au Père éternel pour ces mêmes choses, sans laisser rien en nous à lui offrir : car quoique nos actions soient d'elles-mêmes de peu de valeur et de mérite, cependant étant jointes aux mérites et a la passion de Jésus-Christ, et étant teintes dans son sang, elles deviennent d'un très-grand prix , et sont extrêmement agréables à Dieu. Saint Chrysostôme dit qu'il n'y a point de temps plus propre pour négocier avec Dieu, que le temps de ce sacrifice divin ; que les anges prennent cette conjoncture, comme la plus favorable qu'ils puissent trouver, pour lui demander des grâces en faveur des hommes, et que c'est alors qu'ils prient

nour nous avec plus d'instance et plus d'ardeur (i). Il ajoute que les chœurs des anges assistent à ce sacrifice prosternés devant la majesté divine; et qu'au moment qu'il est offert , ces messagers célestes volent aussitôt pour faire exécuter tout ce qu'il a plu à Dieu d'accorder alors aux prières des fidèles el au mérite de son Fils. De sorte que nous devons ménager soigneusement une occasion si précieuse, et tacher d'en profiter en offrant tous les jours avec le prêtre ce sacrifice adorable, dans une ferme confiance que, parce moyen, nous pourrons apaiser la colère du Père éternel , satisfaire pour nos péchés, et obtenir les grâces que nous lui demanderons. La troisième espèce de dévotion regarde la troisième partie de la messe,, qui dure depuis le Pater jusqu'à la fin. Le prêtre communie dans cette troisième partie , et toutes les oraisons qu'il récite après la communion, sont des actions de grâces pour le bienfait inestimable qu'il a reçu; ainsi, ce que doivent faire alors ceux qui assistent à la messe, c'est de suivre et d'imiter en cela le prêtre, autant qu'il leur est possible. 11 est vrai que nous ne pouvons pas communier réellement a chaque messe, mais nous pouvons y communier en esprit; et c'est la une espèce de dévotion très-

(r) Tcmpore Hlo angeli Domino genuflectimt , et archangeli rogant, et liabent sibi tetnpus id idoneura oblationem auxiliatricem Chrys. hom. 18. ad Pop . Ant. et hom. 5. de incomprehcnùbili Deinat.

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sainte et très-utile , de communier spirituellement pendant que le prêtre communie réellement sous les deux espèces. Or, la communion spirituelle consiste à avoir un désir ardent de recevoir ce sacrement adorable, suivant ces paroles de Job appliquées a Jésus- Christ : Les gens de ma maison , c'est-à-dire, les véritables chrétiens qui craignent Dieu , ont dit : Qui nous donnera de sa chair pour nous rassasier (i)? Car de même que quand on a une grande faim , on clé\ore les viandes des jeux ; de même il faut dévorer des jeux de l'esprit cette viande céleste : il faut quand le prêtre ouvre la bouche pour recevoir 3e corps de Jésus-Christ, ouvrir en même temps la bouche de l'ame, avec un désir ardent de recevoir cette manne divine, et il faut en savourer long-temps les douceurs dans son esprit. De cette sorte, Dieu satisfera les désirs de votre cœur, et il les satisfera avec une augmentation de grâce et de charité, suivant ces paroles du Psalmiste : Ouvrez votre bouche j et je la remplirai (2).

Le concile de Trente remarque au reste à ce sujet, afin que le désir de communier devienne une communion spirituelle, il faut qu'il procède d'une vive foi accompagnée de charité; c'est-à-dire, qu'il faut que celui qui a ce désir soit alors dans la grâce de Dieu ,

(1) Si non dixernnt viri labernacnli mei , là est , boni chrtstiani el timorati : Quis det de camibus ejus , ut saturemur î Job. 5i 5 1 .

(2) Dilata os tuum , el implebo illud Ps. 80. 11.

pour pouvoir s'unir spirituellement avec J.C. et jouir du fruit que ceUe union produit. Car pour celui qui seroit en état de péché mortel , non-seulement il ne communieroit pas spirituellement, mais le désir qu'il auroit de communier en cet état, seroit un autre péché mortel. Que s'il ne formoit ce désir que conditionnellement , et en cas qu'il fut hors de péché , véritablement ce désir seroit toujours bon et louable; mais ce ne seroit pas pour cela une communion spirituelle, parce qu'on ne peut communier spirituellement qu'on ne soit en grâce. Létat de grâce est donc absolument nécessaire pour la communion spirituelle; mais aussi quand on est en cet état, on communie spirituellement toutes les fois qu'on en a un ardent désir; Dieu communiquant toujours à ceux qui ont ce désir, les grâces qu'il a coutume de répandre sur ceux qui communient réellement sous les espèces. Il peut même arriver quelquefois que celui qui ne communie qu'en esprit, reçoive plus de grâce que celui qui communie réellement, même en état de grâce. Car quoiqu'il soit vrai que la communion sacramentelle soit d'elle-même d'un plus grand prix et d'un plus grand avantage que la spirituelle, parce qu'en qualité de sacrement elle confère la grâce, par une vertu qui lui est propre (1), ce que ne fait point la communion en esprit ; il est vrai aussi néanmoins qu'on peut

(1) Ex opère operato,

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avoir un désir si ardent de communier, et que ce désir peut être accompagné de tant de respect et d'humilité , qu'on reçoive par ce moven plus de grâce qu'une autre personne qui conirnunieroit réellement , mais avec de moiudres dispositions. Ce qu'il y a encore d'avantageux dans la communion spirituelle , c'est que comme elle ne paroît aux yeux de personne, elle exempte du péril de la vaine gloire, auquel la communion sacramentelle , qui se fait aux yeux de tout le monde, peut être snjette.La spirituelle a même ce privilège par-dessus l'autre , qu'on peut la renouveler plus souvent: car la communion sacramentelle peut se recevoir une fois la semaine , ou tout au plus une fois le jour ; mais la communion spirituelle peut se faire plusieurs fois le jour; et c'est une pieuse coutume de beaucoup de personnes de communier en esprit , non-seulement tous les jours à la messe, mais toutesles foisqu'ilsvisitent leSaint-Sacrement. C'est encore une manière très-sainte de communier en esprit, que celle dont se servent quelques serviteurs de Dieu , et nous la rapporterons ici , pour l'instruction de ceux qui voudront la mettre en pratique. Lorsque vous entenclezla messe, ou que vous visitez le Saint- Sacrement, enfin toutes les fois que vous avez envie de communier spirituellement, excitez en vous-même un ardent désir de recevoir ce sacrement adorable , et élevez votre cœur à Dieu, en disant : 0 mon Dieu, que n'ai-je

3g2 PART. II. TRAITÉ VIII. CHAP. XV.

l'a me assez pure et assez nette pour vous recevoir ! Que ne puis-je être digne de vous recevoir tous les jours, et de vous porter continuellement dans mon sein! Que jeserois heureux „ ô mon Dieu! que jeserois comblé de biens, si je pouvois mériter de vous recevoir chez moi ! Mais il n'est pas nécessaire pour cela que vous y veniez sous les espèces du sacrement ; vous n'avez qu'a me regarder pour m'enrichir des trésors de votre grâce, tous n'avez qu'à vouloir, et c'est assez : commandez , Seigneur , et je serai justifié. Après cela , dites avec le centenier : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison ; mais dites seulement une parole -, et mon amesera guérie (i). S'il ne falloit autrefois que regarder le serpent d'airain, pour être guéri de la morsure des serpens , il me suffi ra aussi de vous regarder avec une foi vive et pure, et avec un désir ardent de vous recevoir , pour être guéri de toutes les plaies de mon ame. Il sera bon d'ajouter ensuite l'antienne. 0 banquet sacré; où Jésus-Christ est le mets que Von reçoit ; avec le verset , vous leur avez donné le pain du ciel (2); et l'oraison ordinaire du Saint-Sacrement , Seigneur , qui sous ce sacrement adorable , nous avez laissé la mémoire de votre passion (3)

(1) Domine, non sum dignus, ut intres sub tectuni meum , sed tantùm die verbo, et sanabitur anima mea. Mailh. S. 8.

(a) Panem de cœ!o praestitisti eis.

(3) Deus , qui nobis sub sacramenlQ mirabili passionis tuae memoriam reliquisti , etn.

DE LA COMM. ET DE LA MESSE. 3q3

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