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CHAPITRE XIV

Du saint sacrifice de la Messe.

Nous avons parlé jusqu'ici du sacrement de l'autel et de ses effets, en le considérant comme sacrement : il reste maintenant à en parler, en leconsidérant comme sacrifice, qui est ce que le concile de Trente ordonne aux prédicateurs et aux pasteurs des âmes d'expliquer soigneusement aux peuples, afin que tout le monde connoisse quel est le trésor que Dieu a laissé à son Eglise , et que chacun en puisse mieux profiter. Depuis le commencement du monde, du moins depuis le péché et même dans la loi naturelle , il y a toujours eu des sacrifices ; et il a toujours été nécessaire qu'il y en eût, pour apaiser Dieu, et pour rendre honneur à sa grandeur et a sa majesté infinie. C'est pourquoi dans l'ancienne loi

il Dieu institua des prêtres et des sacrifices ;

11 mais comme cette loi étoit imparfaite, les T. IV, 3i

3Ô2 PART. II. TRAITÉ VI11. CHAP. Xiv.

sacrifices Tétoientaussi. Le sacerdoce d'Aarou et les victimes que l'on immoloit n'étoient pas captes de sanctifier les hommes et d'effacer leurs péchés : Car il est impossible , dit l'Apôtre, que les péchés soient effacés par le sang des boucs et des taureaux ( i). Il falloit qu'il vîut un autre prêtreselon l'ordre de Melchisédech, et qu'il offrît un autre sacrifice qui fut capable d'apaiser Dieu et de sanctifier les hommes; et ce prêtre est Jésus-Christ , qui s'offre lui-même pour eux à son père. Saint Augustin dit (2) que tous les sacrifices de l'ancienne loi n'étoient que l'ombre et la figure de celui-ci; et que comme on peut exprimer une même chose parde différens termes et en diverses langues, ainsi cet unique et véritable sacrifice a été figuré par cette multitude de sacrifices de l'ancienne loi. Dieu les ordonna en si grand nombre, dit ce saint docteur, tant pour faire une plus grande impression sur notre esprit par le nombre, que pour ôter, par cette variété, le dégoût et l'ennui que la répétition fréquente d'une mêmechose a accoutumé de causer. Il voulut , au reste , ajoute-t-il , qu'on lui offrît des animaux sans tache, pour nous donner à entendre, que comme il falloit que les victimes n'en eussent aucune pour lui être offertes , il falloit aussi que celui qui viendroit s'offrir en sacrifice

(1) Impossibile enim est sanguine taurorum et hircornm auferri peccata. Heb. 10. 4«

(2) Jug l. 1. contra advcrs. leg. et Proph. c. îS et îo. de Civ. Dei. e. 6.

pour nous , fût exempt de toute sorte de péché. Que si ces sortes de sacrifices étoient alors agréables à Dieu , comme sans douic ils Fétoient, cen'étoit que parce que l'on reconnoissoit par-la qu'il devoit venir un Sauveur, qui seroit lui-même le véritable sacrifice : car sitôt que ce Sauveur fut venu, ils déplurent à Dieu, comme le marque saint Paul par ces paroles aux Hébreux : C'est pourquoi en entrant dans le monde, il dit: Vous n'avez point voulu de victimes ni d'offrandes; mais vous m avez revêtu d'un corps. Les sacrifices depropitiation pour les pèches ne vous ont plus été agréables, et alors j ai dit : Voilà que je viens selon quil est écrit de moi à la. tête du livre , pour faire , 6 mon Dieu, votre volonté (i ). Dieu donna un corps à son fils unique , afin qu'il fit la volonté de son père, en s'offrant en sacrifice pour nous sur la croix; et aussitôt les ombres et les figures disparurent , à l'arrivée de ce qu'elles figuroient , et les anciens sacrifices cessèrent de plaire à Dieu.

Or, c'est là le sacrifice que nous avons dans la loi de grâce, et que l'on offre tous les jours à la messe. Le Fils unique de Dieu est lui-même notre sacrifice. // s'est offert lui" même pour nous à Dieu ., pour être une.

(1) Ideô ingredîensmundum dîcit : Ho3tiam etoblationem noluisti , corpus autem aptâsti mihi : holocautomata pro peccato non tibi placuerunt. Tùnc dixi : Ecce venio ; in capite libri scriptnm est de me : Ut faciam, Deus, voluntatem tuam# Heb. 10. 5. 6. 7.

364 PART- II# TRAITÉ vl11, CHAP- XIV* offrande et une victime d'une odeur agréable (1). Et ce ne sont point seulement ici de • ces saintes pensées que la méditation fournit; ce sont des vérités réelles que la foi nous enseigne. Il est vrai que la messe est une commémoration et une représentation de la mort de Jésus-Christ, comme le marquent ces paroles du Sauveur -.Faites ceci en mémoire de moi (2) : mais il est vrai aussi en même temps , que non-seulement c'est une commémoration et une représentation du sacrifice dans lequel il s'offrit sur la croix au Père éternel pour nos péchés, mais que cJest aussi le même sacrifice qu'alors , et qu'il est de même mérite et de même prix. Il y a plus , non-seulement c'est le même sacrifice; mais celui qui l'oifre présentement à la messe > est aussi le même que celui qui l'a offert autrefois sur la croix. De sorte que comme dans sa passion il étoit tout ensemble le prêtre et le sacrifice, il est encore aujourd'hui sur nos autels et le sacrifice et le prêtre qui s'offre lui-même au Père éternel par le ministère des prêtres. Celui qui dit la messe ne fait que représenter la personne de Jésus-Christ ; c'est au nom de Jésus-Christ, et comme son ministre, qu'il offre ce sacrifice; et les paroles delà consécration en sont une preuve. Car le prêtre ne dit pas : Ceci est le corps de Jésus-Christ ; mais il dit : Ceci est mon

(O Tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo in cdorcm suavitatis. Ephes ■ 5. i. (a) Hoc facitc in meatn commemorationem. Lue. as. ig.

corps (i), comme parlant en la personne de Jésus-Christ , qui est le souverain pontife qui offre ce sacrifice. C'est pourquoi le Prophète royal et l'Apôtre l'appellent, prêtre dans toute réterni té , selon l ordre de Melchisédech (2). Or, ceseroit improprement qu'on l'appelleroit prêtre dans toute l'éternité , s'il n'avoit offert de sacrifice qu'une fois, mais il est trèsbien appelé de cette sorte , parce qu'il offre en effet un sacrifice perpétuel a Dieu, et qu'il ne cessera jamais de le lui offrir jusqu'à la fin des siècles. Ilnousfalloit, dit saint Paul , un pontife de cette sorte, qui fût saint, innocent ' , sans tache, séparé des pécheurs, plus élevé que le ciel, qui neût pas besoin tous les jours , comme lesprêtres, d offrir des victimes pour ses péchés, et ensuite pour ceux du peuple; mais qui durant les jours de sa chair, ayante avec des cris et des larmes , offert des prières et des supplications à celui qui pouvoit le sauver de la mort , a été exaucé par sa propre considération (3). Il nous falloit un pontife qui pût apaiser la colère de Dieu , et non pas parle sang des victimes or-

(i);Hoc est corpus Cbristi. Hoc est corpus meum.

(2) Sacerdos in aetemum secundùm ordinem Melchisédech. J's. 109. 4« Hebr. <j. 12. 21.

(5) Talis enim decebat ut nobis esset Pontifex , sanctus, innoceriSj inipollutus , segregatus à peccatoribus, et excelsior ceelis factus , qui non habet necessitatem quotidiè , quemadmodùni sacerdotes , priùs pro suis delictis bostias offerre , deindè pro populo, qui in diebus camis suœ preces supplicationesque ad eum , qui posait illum salvum facere à morte cum clamore valido et lacrymis offerens, exauditus est pro 36. 27. et 5. 7,

données par la loi,, mais par son propre satig et sa propre mort.

Considérons maintenant ici la sagesse merveilleuse des moyens que Dieu a employés pour le salut deshommes, et ce qu'il afaitpour se rendre ce sacrifice agréable en toutes ma» mères. Cary ayant quatre choses a considérer principalement dans un sacrifice , comme le remarque très-bien saint Augustin, celui à qui on l'offre, celui qui l'offre, ce que Ton offre, et pour qui on l'offre : la sagesse infinie de Dieu a disposé ici les choses de telle sorte, que celui qui offre ce sacrifice pour nous réconcilier avec Dieu, est la même chose que celui a qui il est offert; que déplus, il est lui-même le sacrifice; et qu'enfin il s'unit tellement a ceux pour qui il l'offre, qu'il est aussi la même chose qu'eux. Aussi ce sacrifice a-t-il été d'un si grand prix, que non-seulement il a satisfait suffisamment au Père éternel pour nos péchés et pour ceuxdetout le monde, suivant ces paroles de saint Jean : j7 est lu propitiatïon pour nos pèches , et non-seulement pour les noires , mais pour ceux de tout le monde (1)3 mais qu'il auroit élé capable de satisfaire pour les péchés d'un million de mondes. Ce n'est pas seulement , disent les théologiens et les saints, une satisfaction suffisante ; c'est une compensation surabondante; c'est un paiement qui excède de beaucoup la dette ; c'est une répa-

(1) Ipse est propitiatio pro peccatis nostris , noD pro nostris autem tantùm , sed et pro tolius mundi. i. Joan. i. a.

ration qui plaît bien davantage au Père éternel, que l'offense ne lui avoit déplu. De sorte que comme Jésus-Christ est en même temps et le sacrifice et celui qui l'offre , ce sacrifice ne perd rien de sa valeur et de son mérite pour être offert par les mains d'un mauvais prêtre , et ne laisse pas pour cela d'être toujours également profitable à ceux pour qui il est offert : de même que l'aumône que vous feriez par les mains d'un méchant homme, n'en seroit pas pour cela moins bonne , ni moins méritoire pour vous. Ce sacrifice , dit le concile de Trente, est le même que celui qui a été offert autrefois sur la croix ; c'est la même hostie , et celui qui s'offrit alors est encore le même qui s'offre tous les jours par les mains des prêtres ; il n'y a que la manière de l'offrir qui soit différente (i) : et cette différence consiste en ce que lesacrifice qui fut offerl sur la croix fut sanglant (2), car alors Jésus-Christ étoit passible et mortel ; et que celui qui s'offre tous les jours sur les autels, est non sanglant, parce que Jésus- Christ étant ressuscité des morts , ne peut plus mourir , et que la mort na plus d'empire sur lui (3). Or, le Sauveur du monde , dit le Concile , s'étant offert en sacrifice pour nous sur la croix, n'a pas voulu que ce

| (1) Una enim eademque est hostia , idemque mine offVrens sacerdotum ministerio , qui seipsum tùnc in eruce obtulit , solà offerendi ratione diversà. Concit. Trid.Sess. 22. c. 2.

(2) Crnentum sacrificium Ibid

(3) Cliristns resurgens ex mortuis , jàm nonmoritur , mors illi ultra non dominabitur. Rom. 6. 9.

sacrifice se terminât là : mais parce qu'il étoit prêtre dans toute l'éternité ( i), il a voulu que ce sacrificese continuât toujours dans l'Eglise; et comme il étoit prêtre selon P ordre de M elchisédech {2) qui offroit à Dieu du pain et du vin en sacrifice^il a voulu que ce sacrifice se fît sous lesespècesdupainetduvin. C'est pourquoi la nuit quilfut trahi, il prit du pain, dit l'A- Tpbive^et rendant grâces àDieuj.1 le rompityet le donna à ses disciples (3). Lorsque les hommes cherchoient à lui donner la mort , il cherchoit à leur donner la vie ; et pour s'accommoder a leur portée , il voulut laisser à son épouse l'Eglise visible, un sacrifice visible, qui non-seulement nous représentât et nous rappelât en mémoire le sacrifice sanglant de la croix, mais qui eût aussi la même vertupourla rémission de nos péchés et pour notre réconciliation avec Dieu , et qui fût effectivement le même sacrifice. Ainsi il consacra son corps et son sang précieux sous les espèces du pain et du vin, convertissant le pain en son corps, et le vin en son sang ; et sous ces espèces il s'offrit au Père éternel. Ce fut là , disent les docteurs , la première messe qui ait été célébrée ; et ce fut alors qu'il institua ses disciples prêtres du nouveau testament , et que par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi (4) , il leur commanda à eux et à leurs

(1) Sacerdos in aeternum. Ps. 109. 4-

(2) Secundùm ordinem Melchisedech. Ibid.

(3; Iq quâ nocte tradebatur, accepit panem , et gratias Sgens, fregit , deditque discipulis suis. 1. Cor. 11. 20. 24. (4) Hoc facite in ineam commemorationem . Luc. 22. 19.

DE LA COMM. ET DE LA MESSE. 36o

successeurs au sacerdoce , d'offrir ce sacrifice adorable. C'est pourquoi quelques-uns regardent la fête du Saint-Sacrement comme la plus grande de toutes celles que l'Eglise célèbre: car toutes les autres ne sont qu'une représentation et un souvenir des mystères ou de l'incarnation, ou de la nativité, ou de la résurrection, ou de l'ascension;et alors le Filsde Dieu ne se fait point homme de nouveau,ilne recommence point à naître ., il ne ressuscite point, il ne monte point de nouveau au ciel. Mais la fête du Saint-Sacrement nJest pas un simple souvenir et une simple représentation de ce mystère adorable:c'en est aussi lerenou- Tellement effectif, toutes les fois que le prêtre dit \es paroles de la consécration; et le même sacrifice qui fut offert lorsque Jésus-Christ mourut pour nous sur la croix, se renouvelle tous les jours sur nos autels.

Considérons ici quel a été l'amour de Jésus- Christ pour les hommes, et combien nous lui sommes redevablesrcar il ne s'est pascontenté de s'être offert une fois en sacrifice pour nos péchés sur la croix,il a voulu encoredemeurer ici-bas en sacrifice, afin que non pas une fois, mais toutes les fois que nous voudrions , et tous les jours, jusqu'à la fin du monde,, nous eussions en lui le plus agréable sacrifice que nouspuissionsjamaisoffrirauPèreéternelpour nos péchés , et le plus digne présent que nous puissions lui faire pour l'apaiser. Queseroit- » ce du peuple chrétien sans ce sacrifice de propitiation? Nous aurions été traités comme

3"0 PART. II. TRAITÉ Vlll. CHAP. Xiy.

Sodome et Gomorrhe (i), et Dieunous auroit delà punis, comme le méritent nos péchés. Le propre de ce sacrifice, dit S. Thomas (2), est d'apaiser Dieu ; et c'est ce que nous exprime l'Apôtre par ces paroles : // s'est offert pour ■no is à Dieu pour être une offrande 9 et une victime d'une odeur agréable (3). De même que parmi les hommes, la considération d'un service on d'un présent fait quelquefois pardonner l'injure qu'on a reçue : de même ici la considération du présent que nous faisons à Dieu , et du sacrifice que nous lui offrons , suffît pour l'apaiser , et pour l'obliger à nous regarder avec des yeuxderniséricorde.Si vous vous fussiez trouvé au pied de la croixàlamort du Sauveur , et qu'il fut tombé sur vous quelques gouttes de son précieux sang y quelle consolation n'eussiez-vous point ressentie aufond de lame, et quelle espérance n'en eussiezvous point conçue pour votre salut? Un malheureux qui n'avoit fait que voler toute sa vie, se sentit si rempli de confiance à cette vue, que tout d'un coup, de voleur public il devint saint; et de la croix où il étoit attaché , il s'éleva a la jouissance de la gloire. Or , le même Fils de Dieu qui s'offrit alors pour nous sur la croix, s'offre encore tous les jours pour nous sur les autels; et le sacri-

(1) Qua^i Sodoma fujssemus, et quasi Gomorrha similes essemns. Isa . 1. g.

'21 S Thom 5 p 7-^9- art. 4-

(3) Tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis. Eph 5. s.

fice qui s'accomplit tous les jours dans nos églises,est d'un aussi grand prix et d'une aussi grande vertu, que celui qui s'est consommé sur le Calvaire. Aussi l'église a-telle accoutumé de dire, que l'ouvrage de notre rédemption s' exerce toutes les fois qu on célèbre la mémoire de cette 'victime (i) : les fruits et les grâces du sacrifice sanglant de la croix se communiquant à nous par le sacrifice nonsanglant de la messe.

Ce sacrifice est au reste d'un prix si inestimable , qu'il ne peut être offert qu'à Dieu seul, comme le remarque le concile de Trente,qui dit que, quoiqu'on ait coutume de dire la messe en l'honneur des Saints , ce n'est point toutefois aux Saints que le sacrifice de la messe est offert : carie prêtre ne dit point: Je 'vous offre > 6 saint Pierre , ou je vous offre , 6 saint Paul (2), mais seulement :Je vous offre jô Seigneur, rendanl grâces a Dieu des victoires et des couronnes que les Saints ontremporléespar sa grâce, et implorant leur protection, afin que ceux dont nous célébrons la mémoire en terre, daignent intercéder pour nous dans le ciel (3).

De sorte donc que ce mystère adorableest un sacrement et un sacrifice tout ensemble , quoiqu'il y ait une grande différence entre

(1) Quoties hujus hostise commemoratio celebratur, opns redemptionis nostrae exeicetur. In oral, secr Dom. 9. post,

Pentecost.

(2) Offero tibi , sancte Petre , vel *ancte Paule , apostole.

(3) Ut ipsi pro oobis intercedere digoentur in cœlis, quorum memoriam facimu* in terris.

372 PART. II. TRAITÉ Vill. CHAP. XIV.

ces deux qualités de sacrement et de sacrifice. Il est sacrifice, en ce qu'il est offert a Dieu par le prêtre qui le consacre à la messe ; l'essence de ce sacrifice , selon tous les théologiens > consistant dans la consécration du corps de Jésus-Christ sous les deux espèces , et dans Toblation que le prêtre en fait ;et les mêmes paroles de la consécration, qui produisent le sacrifice , servant aussi a en faire l'oblation. Comme le sacrifice sanglant que Jésus-Christ offrit pour nous sur la croix au Père éternel , fut entièrement achevé au même instant que le Sauveur rendit l'esprit, de même lesacrifice de la messe, qui est la véritable représentation de celui de la croix , et qui est effectivement le même , est essentiellement consommé, au même instant que le prêtre achève de prononcer les paroles delà consécration sur le pain et sur le vin. Car alors, en vertu de ces paroles, le corps de .T. C. se trouve dans l'hostie , et son sang dans le calice , dont la consécration qui se fait immédiatement après celle de l'hostie, est une vive représentation de l'effusion du sang de Jésus-Christ sur la croix et de la séparation de son corps et de son ame, qui fut la suite de cette effusion. Mais après la consécration , et tant que durent ensuite les espèces du pain et du vin , lorsqu'il repose dans le tabernacle , lorsqu'on le porte aux malades, et lorsqu'on le reçoit à la saintetable, il n'est plus que sacrement , et n'a plus ni la qualité , ni la vertu de sacrifice.il y a

DE LA COMM. ET DE LA MESSE. 3n%

encore une autre chose à remarquer à ce sujet ; c'est qu'en tant que sacrement , il est salutaire comme les autres sacremens a celui qui le reçoit , et il lui confère la grâce et les autres avantages qui sont particulièrement attachés à ce sacrement. Mais en tant que sacrifice , il est salutaire non-seulement au prêtre qui le reçoit, mais aussi à tous ceux pour qui il est offert. C'est ce que remarque le concile de Trente, quand il dit (i) que Jésus- Christ a instituéce divin mystère pour deux fins ; l'une pour servir de nourriture à Fame^ en qualité de sacrement , et pour entretenir, fortifier, réparer et renouveler en elle la vie de l'esprit; l'autre , afin que l'église eût un sacrifice perpétuel à offrir à Dieu, en satisfaction de nos offenses , en reconnoissance et en action de grâces de ses bienfaits, et pour obtenir de lui le remède à nos foiblesses , et son secours dans les nécessités publiques et particulières. Mais ce n'est pas seulement poulies vivans que ce sacrifice est salutaire , il l'est aussi pour ceux qui sont morts en la grâce de Dieu , et qui expient leurs fautes dans lepurgatoire.il y a encore plus, c'est que de même que le prêtre en disant la messe, offre ce sacrifice et pour lui et pour les autres ; de même ceux qui y sont présens, peuvent l'offrir aussi avec lui et pour eux et pour les autres. Car comme lorsqu'une ville envoie quelque présent a un prince par des

(1) Ubi suprà.

374 PART. If. TRAITÉ VIÏl. CHÀP. XIV.

députés , tous les habitans ont part à l'offre du présent, quoiqu'il n'y en ait qu'un d'entr'eux qui porte la parole , de même dans le sacrifice de la messe, quoiqu'il n'y ait que le prêtre qui parle , et qui offre ce sacrifice , tous les assistans ne laissent pas d'y avoir part. Il est vrai que pour ce qui est des députés d'une ville, chacun d'eux pourroit porter la parole , quoiqu'il n'y en ait qu'un qui soit choisi pour la porter, et qu'ici il n'en est pas de même, car il n'appartient uniquement qu'au prêtre , qui a été choisi de Dieu, de consacrer et de célébrer ; mais cela n'empêche pas que tous ceux qui assistent a cet adorable sacrifice ne l'offrent aussi avec lui. C'est ce que le prêtre dit précisément dans ces paroles de l'offertoire : Mes Frères^ ■priez, afin que mon sacrifice et le vôtre soit agréable devant Dieu le Père tout - puissant (i) ; et dans ces autres du canon de la messe : Pour qui nous vous offrons ce sacrifice jOU qui vous l'offrent (2). Cette considération devroit être un puissant motif, pour, exciter tout le monde à assister à la messe ; et c'est de quoi nous parlerons plus particulièrement dans le chapitresuivant.

(ij Orate, fratres, ut roeum se vestrum sacrificium accep' tabile fiât apud Deum patrem omnipotentem. (a) Pro quibus tibi olferimus , vel qui tibi offerunt.

DE LA COMMé ET DE LA MESSE. 375

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