Hier, in reg. monach. e. 34- Bern. de ord. vit. et mor
instit.
(a) Amiens fidelis médicament um vitre. Eecli. 6. i6g
(3) Qui autem invenit illurn , invenit thesaurum. Ibld,
lité{i). Or , cet avantage , qui est au-dessus de toutes les richesses de la terre , Dieu l'a fait a toutela Compagnie, en nous donnant à chacun un ami de cette nature dans la personne du supe'rieur , qui est en même temps votre père spirituel, votre maître, votre médecin, votre frère et votre mère; qui a même pour vous plus de tendresse qu'une mère ne peut en avoir pour son fils , et qui fait sa propre affaire de tout ce qui vous regarde. Tâchez donc de vous prévaloir d'un ami semblable, en lui ouvrant confidemment votre cœur , suivant ce conseil du Sage : Si tous voyez un homme p ru dent > ayez recours à lui , et que vos pieds usent les pas de sa porte (2); communiquez -lui toutes vos affaires et toutes vos pensées , et vous trouverez en lui toute la consolation, tout le conseil, et tout lesecours dont vous pourrez avoir besoin. Comme c'est un grand soulagement d'esprit aux malades , d'avoir bien rendu compte de leurs maux au médecin qui doit les traiter ; aussi est-ce une grande satisfaction aux affligés de pouvoir découvrir librement leurs peines à celui de qui ils peuvent attendre quelque consolation et quelque secours.
Un des moyens que donne la philosophie
(1) Amico fiduli nulla est comparalio , et non est digna ponderatio auri et argenti contra bonitatem fidei illius. Uid. v. i5.
(2) Si videris sensatum, evigila adeum, et gradus ostiorum illius exlerat pes tuus. Eccli. G. 3G.
morale pour trouver quelque soulagement dans l'affliction, est de dire ses peines à quelqu'un. 8. Thomas le propose (i) en parlant de la tristesse; et la raison qu'il en apporte, est que quand nous voulons renfermer toute notre douleur en nous-mêmes, elle attire davantage notre attention , et qu'ainsi le sentiment de notre mal en devient plus vif; au lieu que quand nous disons nos peines, il devient moindre, parce qu'alors notre al tention se partage, et que le cœur se soulage en se dilatant. L'expérience nous fait voir tous les jours cette vérité, et ne rencontrons-nous pas tous les jours des gens qui disent qu'ils sentent du soulagement à conter leurs afflictions? Le saint abbé Nil^ disciple de S. Chrysostôme > dit (2) que ce remède étqit extrêmement en usage parmi les anciens Pères, et qu'ils se servoient de la comparaison suivante pour l'autoriser encore davantage. N'avez-vous point pris garde , disoient-ils , que quand les nues sont grosses d'eau, elles sont noires et obscures ', et qu'à mesure que l'eau en tombe, et qu'elle se déchargent , elles viennent aussi à s'éclaircir? lien est de même des peines d'esprit et des tentations que souffre un religieux: tant qu'il les retient au-dedans, il est sombre, chagrin et mélancolique ; mais quand il les laisse échapper au-dehors en les découvrant à
(1) S. 77:077?. 1. 2. q. 38. art. 2.
(2' Nil. Abb. de in ter. SS. Palrum, qui crant in Sinti, tom. ■3. Dibliot.
son supérieur , il sent qu'à mesure qu'il les découvre, les noires vapeurs de la tristesse se dissipent : enfin, en se déchargeant ainsi de ce qui lui rendoit l'humeur si sombre, il reprend sa première joie et sa première tranquillité.
Saint Dorothée rapporte de lui-même (i) , que quand il avoit rendu compte de l'état de son aine à son père spirituel, il se trouvoit dans unesituation d'esprit si douce et si agréa* ble^ que quelquefois même il en avoit peur et s'en vouloit du mal. Car comme l'Ecriture dit quV/ faut que nous entrions dans le royaume du ciel par beaucoup de tribulations (2), et qu'il n'avoit que de la douceur et de la joie, il crojoit avoir sujet de douter s'il étoit ou non dans le chemin du ciel. Mais il fut enfin rassuré par l'abbé Jean, qu'il consulta à ce sujet, et qui lui dit que la paix et la satisfaction intérieures dont il jouissoit , étoient promises à ceux qui n'avoient rien de caché pour leur père spirituel.
Ce point est d'une si grande importance , que saint Ignace ne se contente pas de nous le recommander instamment , comme nous l'avons déjà dit , mais il veut de plus (3) que les supérieurs s'accoutument à parler souvent à leurs religieux, parce qu'outre plusieurs bons effets que cela produit, cela donne
(1) Serm. 5. tom. 5.
(2) Quoniàm per multastribulationes oportetnos intrare in regnum Dei, ^ct. i4- 21.
(3) Regul. 25. Reet.
la confiance aux inférieurs de sJadresser librement a leurs supérieurs, et de leur ouvrir leur cœur. Il a voulu même (i), pour la plus grande satisfaction de tous les religieux, que dans chaque maison et dans chaque collège de la Compagnie, il y eût un préfet des choses spirituelles a qui chacun pût s'adresser au besoin, pour sa propre consolation, et pour la direction de sa conscience. Nous voyons, dit Cassien (2), que les sciences humaines qui ne se proposent pour fin que des avantages purement temporels , et dans lesquelles il ne s'agit que de choses sensibles ei palpables, ne peuvent cependant jamais bien se savoir, si on ne s'assujettit à les apprendre de quelque maître. Comment donc peu! -il tomber dans le sens qu'on puisse n'avoir pas besoin de maître dans la science du salut et de l'avancement spirituel, puisque c'est une science si cachée et si spirituelle, que non-seulemen l les moyens nJen sont point exposés aux yeux du corps , mais que ceux de l'ame ne peuvent même les découvrir sans une très-grande pureté de cœur? Dans toutes les autres sciences, il n'y va que de la perte de quelque avantage temporel à n'y pas réussir; et c'est une chose qui peut être aisément réparée d'ailleurs : mais ici le salut ou la damnation dépend du bon ou du mauvais succès. Nous n'avons pas ici à combattre contre des ennemis visibles , mais
(1) 3. p. c. 1. §. 12 et i.p. e. 10. §. 7.
(2) Cassian. collât. 2. Âbbatis. Moysi,e. 12.
contre des ennemis invisibles , ni contre un ennemi on deux, mais contre des légions de démons qui ne cessent de nous faire la guerre jour et nuit. C'est pourquoi, continue Cassien, nous ne saurions mieux faire que d'avoir recours à nos pères spirituels, en leur découvrant tout ce qui se passe au-dedans de nous, afin qu'ils nous aident de leurs conseils , et qu'ils nous conduisent.
Mais laissant tout cela a part, les sujets mêmes pour lesquels on s'adresse ordinairement au préfet des choses spirituelles , marquent assez de quelle utilité il est qu'en chaque maison il y en ait unà qui on puisseavoir recours. Car lorsqu'on s'adresse à lui, c'est pour lui rendre compte, par exemple, de la manière dont on s'acquitte de l'oraison, de la méthode qu'on y tient, du fruit qu'on en retire, et du soin qu'on a d'obser\cr les additions et les autres règles qui nous ont élé prescrites h ce sujet. C est pour l'entretenir du sujet qu'on a choisi pour son examen particulier , du nombre de fautes qu'on aura marquées, et de la différence qu'on aura trouvée entre le nombre de celles du matin, et le nombre de celles du soir. C'est pour l'informer de la lecturespirituelle qu'on fait, et du profit qu'on en retire; enfin c'est pour lui découvrir les tentations que l'on a, et la conduite qu'on y tient, les pénitences et les mortifications publiques ou particulièresque l'on pratique, et comment on en use à l'é-
gard de l'obéissance , de la résignation , de l'humilité, de l'observation des règles et de toutes les autres choses de même nature. Or, de savoir que l'on doit en rendre compte, c'est un moyen sans doute pour faire qu'on se tienne un peu plus en état d'en rendre bon compte. Il est certain aussi que l'estime que nous voyonsqu'on fait d'une chose, nous porte ordinairement a en faire plus de cas: par conséquent, quand je vois qu'on doitm'interroger sur ces sortes de matières , elles m'en deviennent plus considérables, et cela fait que si une fois j'y ai commis quelque faute, je prends garde à n'en plus commettre a l'avenir. De plus , de même que suivant le sentiment des saints et des théologiens, la confession est un grand frein pour empêcher les hommes de tomber dans le péché; aussi c'est un grand frein a un religieux pour l'empêcher de tomber dans beaucoup de fautes et d'imperfections , que l'obligation d'en rendre compte à. son père spirituel. Cette utilité de la confession ( i ) a été au reste si fort reconnue par les hérétiques même, que voyant que dans les lieux où on l'avoit quittée en Allemagne, tout étoit rempli de désordres, et que personne n'y étoit en sûreté, ils prièrent l'empereur Charles-Quint d'obliger par un édit tout le monde à se confesser. L'empereur ne fit que rire de cette demande, qui marquoit en même temps et le besoin que les peuples avoient
(1) Domin. Solo. I. 1. in 4- sent. dis. 11. q. 1. a. i.
25o PART. III. TRAITÉ VU. CHAP. II.
de la confession, et l'ignorance de ceux qui avoient recours à lui sur ce sujet, comme s'il eût été en son pouvoir de faire des lois sur cette matière.
Pour continuer la comparaison que nous avons annoncée, je dis qu'il est constant que la fréquente confession est un des meilleurs moyens que nous puissions donner à un chrétien pour son salut : car outre la grâce qui est attachée à ce sacrement, et la rémission des péchés que l'on y obtient, ilest encore vrai qu'il comprend tous les remèdes et tous les conseils de la vie chrétienne. C'est pourquoi, quand nous voulons porter quelque personne du monde à avoir soin de son avancement spirituel, nous lui conseillons tantôt de dire souventson chapelet, tantôt d'allertous les jours a la messe, tantôt d'entendrela parole deDieu, tantôt de faire un bon examen de conscience, tantôt de pratiquer quelque pénitence, et de ne laisser passer aucun jour sans en faire quelqu'une :mais enfin pour mettre lesceau à tout, nous lui proposons de se confesser souvent à un confesseur habile ; et nous croyons lui donner en cela tous les remèdes spirituels ensemble , et lui dire tout ce qu'on peut lui dire et tout ce qui lui est nécessaire. Car si cette personne fait ce que nous lui disons , son confesseur ne manquera pas tous les huit ou quinze jours , ou du moins tous les mois , de lui fournir plusieurs remèdes spirituels que nous n'aurions pu lui donner , ni lui faire
pratiquer tout d'un coup , et il aura soin de lui faire rendre compte de l'usage qu'elle en fait. C'est ainsi que doivent en user les bons confesseurs, essayant toujours que leurs pénitens augmentent sans cesse en vertu, et c'est pour ce sujet que les maîtres de la vie spirituelle conseillent aux pénitens d'avoir un confesseur arrêté, parce que de se confesser aujourd'hui a l'un et demain a un autre, ce n'est pas le moyen de faire de grands progrès dans la perfection. Or , de même que tous les remèdes de la vie chrétienne sont compris dans la confession, de même tous les moyens qu'on peut donnera un religieux pour son avancement spirituel, sont compris dans l'obligation de rendre compte de sa conscience. Car le supérieur ou le préfet des choses spirituelles, qui est préposé pour vous entendre , voit par-la le profit que vous faites de l'oraison, de l'examen et de la lecture spirituelle. Il voit comment vous résistez à la tentation, et comment vous surmontez vos passions et vos mauvaises habitudes. 11 voit en quel état vous êtes à l'égard de l'observation du silence, et à l'égard de l'humilité et de la résignation; et si vous allez en avant, ou si vous retournez en arrière; et il règle ses remèdes et ses avertissemens sur le besoin de votre état et sur la disposition de votre ame , en vous corrigeant sur les choses où vous manquez , et en vous encourageant sur les autres. Quand tout cela se fait avec l'esprit
de douceur et déchante avec lequel on doit le faire, et avec lequel ou le fait effectivement parmi nous ^ et quand vous voyez qu'on ne cherche en eela que votre bien et votre avancement spirituel, il est impossible que ce moyen ne soit pas d'une utilité merveilleuse.