‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 1 sur 86 · Pratique de la perfection chrétienne · texte numérisé non relu

Pratique de la perfection chrétienne

Sai:;t Jean, dans le cinquième et dans le huitième chapitre de l'Apocalypse , marque très-bien l'excellence et le mérite de l'oraison. Il dit dans le huitième : Qu'il vint un ange qui se tint debout devant l'autel^ ayant un encensoir d'or , et que lui ayant été donné quantité d'encens , afin quil offrît les prières de tous les saints sur l'autel d7or qui étoit devant le trône de Dieu, la fumée de l'encens de ces oraisons s'éleveL de la main de l'ange , jusquen la présence de Dieu (i). Saint Chrysostôme , parlant sur ce passage , dit (2) : qu'une preuve du mérite de l'oraison, c'est, que dans l'Ecriture sainte, il n'y a que l'oraison seule qui soit comparée au thymiane , qui étoit une com-

(1) Et alius augelus venit, et stetit ante allare , habens thuribnlum auicura , et data suât illi incensa multa, ut daret de orationibus sanctorum omnium super altare aurcum, quod est ante tbronum Dei. Et ascendit fumus incensorum de orationibus sanctorum de manu angeli coràm Deo. Apoc. 8« 3 et 4.

(2) Chrys. Iiom. lu, sup . in Maith. op. Ltip.

position d'encens et de plusieurs autres parfums admirables. Car de même que l'odeur du thymiane bien composé , est très-délicieuse; de même l'oraison, quand elle est bien faite , est très-agréable à Dieu , et donne une extrême joie aux anges et aux babitans de la Jérusalem céleste. C'est pourquoi saint Jean , parlant des vingt-quatre vieillards, dit : Qu'ils avaient des cou 'es d'or pleines de parfums, qui sont les oraiso'.s des saints (i). Aussi qu'y a-t-il de plus excellent que l'oraison , dit saint Augustin ; qu'y a-t-il de plus utile dans la vie? qu'y a-t-il de plus doux a l'esprit? qu'y a-t-il de plus relevé dans toute la religion 2)? Saint Grégoire de Nysse est du même sentiment, et dit que de toutes les cboses qu'on estime dans la vie , il n'y en a point qui doive être préférée à l'oraison (3).

Saint Bernard , pour en faire mieux connoître le mérite , dit (4) que quoiqu'il soit constant que souvent les anges sont effectivement présens d'une présence invisible auprès des serviteurs de Dieu , pour les défendre des tromperies et des embûches du démon , et pour élever de plus en plus

Ci) Habentes nngali pbialas aureas plenas odoramentorum , quac sunt oraliones sanctorum. Jpoc. 5. 8.

(2) Quid est oratime praeclarius ? qnid vitae nostrae utilius ? quid animo dulcius ? quid in totâ religione sublimiusï S. Aux. tract, demis, (om. 1S.

(5) Nibil ex bis quae pcr banc vitarn coluntur, et in pretio sunt, orationi proestat. Grcg. Wyss. de Or. Dom.

(4j Bcrn. serm. 7. sup. Cant. et Ep. 78. ad Sug. Ab. S. D.

de l'oraison. 3

leurs désirs à Dien ; cependant ils nous favorisent encore plus particulièrement de cette présence, lorsque nous sommes occupés à l'oraison. Il prouve cette proposition par plusieurs passages de l'Ecriture , comme par celui-ci : Je vous chanterai des hymnes en la présence des anges (i) ; par cet autre : Les prince *, joints aux musiciens, alloient devant , au milieu des jeune* filles , qui jouoient du tambour (2) , entendant par les princes 9 les anges qui se joignent a ceux qui sont en prières; et par ces paroles de l'ange à Tobie : Lorsque vous étiez en prière , et que vous répandiez des larmes , j'offrois vos prières au Seigneur (3). Nous voyons , par ce dernier passage, qu'à peine la prière sort de la bouche de celui qui prie , qu'aussitôt les anges qui sont auprès de lui , la reçoivent et la présentent à Dieu. Saint Hilaire nous assure (4> aussi que les anges président aux prières des fidèles, et les offrent tous les jours à Dieu : de sorte que , quand nous sommes en prière, nous sommes au milieu des anges, et nous faisons effectivement l'office des anges ; en nous exerçant dès a présent à ce que nous devons pratiquer

(1) In conspectu angelorum psallam tibi. Ps. i3j. a.

(a) Praevenerunt principes conjuncti psallentibus , in medio juvencularum tympanistriarum. Ps. 6y. 26.

(5) Quandô orabas cum lacrymis, etc. ego obtuli orationem tuam Domino. Tobiœ. 12. îa.

(4) Angeli praesunt fidelium orationibus, et cas Deo quo" tidiè offerunt. Hilar. can. la.

éternellement avec eux. C'est pourquoi, eux qui nous regardent comme étant déjà leurs compagnons , et comme devant l'être dans le ciel, et y remplir les places de ceux qui se sont perdus , nous favorisent plus particulièrement alors que dans tous les autres temps.

Saint Chrysostôme, parlant de l'excellence de la prière, et voulant en faire voir les avantages : Considérez , dit-il , à quel degré de bonheur vous êtes élevé par l'oraison , et quelles prérogatives y sont attribuées. A ous y parlez avec Dieu , vous vous y entretenez avec Jésus-Chris t , vous y désirez ce qui vous plaît, et vous y demandez tout ce que vous désirez (i). Il n'y a point de langue qui puisse jamais assez exprimer de quel prix est cette communication de l'homme avec Dieu , et combien elle nous apporte d'utilité. Car si dans le monde , ceux qui fréquentent ordinairement des gens sages et prudens se forment l'esprit et le jugement dans leur entretien, et si on devient vertueux, en pratiquant les gens de bien, quels avantages ne devonsnous point croire qu'on retire dune fréquente communication avec Dieu? approchez de lui, dit le Prophète royal, et vous serez éclairés (2). En effet , de quelles lumières et

(1) Considéra quanta est tibi concessa félicitas : quanta gloria attributa orationibus, fubulari cum Deo , cum Cbristo tniscerc colloquia, optare quod velis, quod desideras postalare. Chrys. tib. a. de oraud. Deum.

(2} Accedile ad eum , et iihiminamini, Psal. 33. 6.

de quelles connoissances ne doit-on point se remplir? Quels biens et quelle félicité ne doit-on point acquérir dans cette sorte de commerce ? C'est pourquoi le même saint Chrysostôme assure (i) que rien ne peut tant contribuer a notre progrès dans la vertu, que la prière fréquente et les fréquens entretiens avec Dieu, d'autant que parce moyen le cœur de rhomme prend de plus nobles sentimens , s'élève au-dessus de toutes les choses de la terre, enfin se rend spirituel et saint, et se transforme en quelque sorte tout en Dieu.

VXV\TV>S\^X\XXXXXXVXXXrvX^^^ V\\\ Vsi

Page 1