CHAPITRE XXXIV
Comment nous pourrons nous étendre encore davantage dans cet exercice,
INous pouvons au reste nous étendre encore davantage dans la pratique de cet exercice , en descendant de la contemplation de la nature divine à la considération de l'humanité sacrée de Jésus-Christ , et en nous excitant par-là à produire les mêmes actes d'amour et de joie. Nous considérerons pour cet effet l'excellence et les perfections de cette très-sainte humanité: nous nous réjouirons de ce qu'elle a été élevée jusqu'à être unie à la personne divine; de ce qu'elle est si remplie de grâce et de gloire; de ce qu'elle est l'instrument de la divinité , pour sanctifier et pour glorifier les élus , et généralement pour opérer toutes les grâces et pour distribuer tous les dons surnaturels que Dieu communiqueaux hommes/ enfin nous nous ferons un plaisir intérieur de tout ce qui concerne la perfection et la gloire de l'âme et du corps de Jésus-Christ. Pour nous arrêter davantage sur ce sujet , et pour nous exciter aux plus grands sentimens d'amour et de joie dont nous soyons capables, nous pourrons nous proposer ou la joie que la sainte Vierge ressentit le jour de la résurrection, lorsqu'elle vit son Fils triompher
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glorieusement de la mort ; ou celle dont 1 E- I rit «plainte dit que le patriarche Jacob se sentit saisir , quand on lui rapporta que son fils Joseph vivoit , et qu'il éto t maître de toute l'Egyptl L' excès de sa joie fut si grand, qu alors , recevant comme une nouvel <k : vie : je suis satisfait , dit-il, puisque mon fils Joseph vit encore ; f irai et je le verrat avant que je
meCus pouvons aussi appliquer cet exercice à ce qui regarde la gloire de la bienheureuse Vierge et celle de tous les Saints , et <ce sera une dévotion très-louable , que d employer a cela nne partie de l'oraison le jour de leur fête; car ce sera leur donner le plus grand témoignage d'amour qu'ils puissent recevoir de nous , que de nous réjouir avec eux de la félicité qu'ils possèdent. C'est pourquoi 1 tglise, d'ans la fête de l'Assomption de k
Vierge, nous propose cet exercice pai ces iJlei.JujolrMla ?**.*"*,£.
Lntée au ciel ; réjouissez-vous de -ce -.quête rè?ne avec Jésus-Christ dans l éternité (a). Et le jour de la même fête et de plusieurs autres elle commence l'office de la messe en nous invitant au même exercice , et en nous y excitant par l'exemple des anges : Réjouissons-nous tous dans le Seigneur, en ceie-
quàrn moriar. Gen. 45. 27 et 2°' anA-t. ffaudete quia cum H [2] Bodiè Maria virgo cœlos aseendit, gauûete 4 Cbristo régnât in aeternum.
DE LA CONFORMITÉ , etC 5j I
brant cette fête en l'honneur de la bienheureuse Fierge Marie , de Vassomption de laquelle les anges se réjouissent , et donnent louange au Fils de DieaÇi); II y a encore un autre a^ antage a pratiquer cet exercice à l'égard des Saints , et principalement à l'égard de la sacrée humanité de Jésus-Christ , c'est que de la on vient peu à peu à s'élever jusqu'à l'exercice qui regarde la divinité , et à se le rendre plus facile; car le Sauveur luimême nous apprend, qu'il est le chemin et la porte par où il faut aller au Père (2).
Cet exercice a pareillement ses degrés , même quand on le pratique à l'égard de Dieu , considéré par rapport à sa divinité, et nous pouvons le réduire encore davantage a notre portée , en descendant a la considération des choses dici-bas. Car quoiqu'il soit vrai que Dieu en lui-même ne peut augmenter en rien , parce qu'il est infini , et qu'ainsi nous ne saunons lui désirer aucun bien qu'il ne possède déjà , il peut toutefois augmenter an-dehors dans les créatures, d'autant qu'elles peuvent le connoître , l'aimer et le glorifier da vantage qu'elles nelefont;et par conséquent nous pouvons exercer cette espèce d'amour envers lui , en lui souhaitent ardemment cette sorte de bien extérieur. Pour cet effet, lorsque dans notre oraison nous viendrons à
(1) Gaudeamus omnes in Domino, diem feslum célébrantes sub honore beatae Maria? virgiuis, de cujus assumptione gaudentangeli, et collaudant filium Dei.
(2) Joan. 10. 9. et 1 4- ô.
considérer combien Dieu est digne d'être aimé et servi de toutes les créatures, nous devons alors nous attacher a désirer que tous les hommes présens et à venir le connoissent, l'aiment , le louent et le glorifient en toutes choses. Qu'on seroit heureux , ô mon Dieu , de pouvoir convertir tout ce qu'il y a au monde d'infidèles et de pécheurs, de pouvoir faire que personne ne vous offensât , et que chacun vous obéit et ne s'employât plus désormais qu'à vous servir ! Que votre nom Soit s an ci i fié (i). Que toute la terre vous adore et chante des louanges en votre honneur; quelle chante des cantiques de louanges à votre nom (2). Nous pouvons nous entretenir ainsi dans cet exercice ; et nous représentant ensuite mille sortes de services que les créatures peuvent rendre à Dieu, nous aurons une ample matière d'étendre nos souhaits sur ce sujet.
De la il faut que chacun venant a réfléchir sur soi-même , s'applique a désirer ardemment d'accomplir la volonté de Dieu , et de procurer sa plus grande gloire en tout ce qui pourra dépendre de lui; et que dès-lors, imitant Jésus-Christ, qui fais oit toujours les choses qui étoient agréables à son Père (3) , il forme une résolution déterminée de se porter avec joie a tout ce qu'il connoîtra être
(1) SanctiGcetur nomen tuum. Maith. G. 9.
(2) Orrmis terra adoret te, et psallat tibi : psaltuum dicat nouaini tno. Ps. 65.4-
(3) Quia ego qure placita sunt ei , facio semper. Joan. 8. 29.
etc. 573
le la volonté et de la gloire de Dieu. Car celui qui ditquil connoît Dieu , et qui néanmoins ne garde pas ses commande mens > est menteur, et il njr a point de vérité en lui; mais V amour de Dieu est véritablement parfait en celui qui observe ce que la parole divine ordonne (1). Ainsi , pour woir un véritable amour de Dieu et une entière conformité à sa volonté , il ne suffit pas que , considérant les biens infinis que Dieu possède, on s'en fasse un sujet de joie, et qu'on souhaite que toutes les créatures ['aiment et le glorifient ; il faut que l'on se iévoue soi-même a l'accomplissement de la volonté divine, puisqu'on ne peut pas dire rvec vérité, que l'on désire la plus grande gloire de Dieu , si on n'y contribue pas de tout son pouvoir. C'est dans cette sorte d'amour que l'ame s'exerce , lorsque dans l'oraison elle conçoit un véritable désir et une ferme résolution d'accomplir la volonté de Dieu, dans les choses qu'elle se propose alors et dans toutes celles qui pourroient ensuite s'offrir; et cet exercice est celui qui doit nous être le plusordinaire dans toutes nos oraisons. Nous venons d'ouvrir un champ assez raste, pour pouvoir nous occuper long-temps lans cet exercice ; et nous avons assez expliqué la perfection qu'il renferme , et le profit
(1} Qui dicit se nosse Deuni, et mandata ejus non custodit, mendax est, et in eo veritas non est. Qui autem servat verbum ejus, verè in hoc caritas Dei perlecta est. 2. Joan. 2. 4- et 5.
qu'on peut en tirer. Il ne reste plus maintenant qu'à mettre la main a l'œuvre , et à commencer dès à présent à répéter sur la terre ce que nous devons ensuite représenter éternellement dans le ciel. C'est ici qu'il faut commencer a allumer en nous le feu de l'amour de Dieu, mais parce que ce feu divin a sa source dans Sion } et que sa fournaise est dans Jérusalem (i), il ne parviendra à la perfection d'un entier embrasement de nousmêmes , que quand nous serons dans la Jérusalem céleste, c'est-à-dire , dans la félicité de la gloire.
(i) Cujus ignisest in Sion, et caminus ejus in Jérusalem, Isa, 33. 9.