C. DE JÉSUS, n
suggère ; et laissons enchâssé dans cet ensemble le magnifique joyau de cet unique privilège.
3. Il ne faut d’ailleurs pas oublier, en parlant au peuple, de rappeler cette vérité développée au commencement : nous ne pouvons attacher qu’une foi humaine aux révélations de la Sainte, dont les assurances appartiennent dès lors au même ordre humain. Les fidèles ne doivent pas être exposés à confondre les paroles que les saints nous rapportent de leurs extases avec celles que Jésus-Christ prononça pour être consignées dans TÉvangile et faire partie du dépôt de la foi. Cette prudente réserve n’empêche nullement de reconnaître, comme nous l’avons fait, une spéciale valeur aux promesses transmises par la Sainte, liées qu’elles sont à une dévotion dont le caractère providentiel est évident à tous les regards.
4. Après avoir prudemment évité les méprises, assurons aux fidèles le bienfait même de la Grande Promesse, en insistant sur les dispositions avec lesquelles ils doivent s’approcher de la sainte table et sur la nécessité d’écarter toute arrière-pensée de présomption téméraire ou d’abandon du service de Dieu.
Disons-le bien haut : cette promesse est destinée à rassurer ceux qu’émeut douloureusement leur propre fragilité ; qui, avec saint Bernard, constatent humblement que, dans la suprême affaire de leur salut, ils peuvent moins compter sur eux-mêmes que sur Dieu; et qui se trouvent ainsi amenés, par le désir même de servir Dieu, à chercher dans cette pratique une garantie contre leur inconstance. A ceux-là est donnée l’assurance morale d’une grâce qui préviendra, ou tout au moins qui surmontera en temps utile les défaillances et même les rébellions possibles de la volonté.
Nous croirions tromper de légitimes attentes, si nous n’indiquions pas rapidement quels fruits la sage prédica-
ARTICLE III. l’usage DE LA GRANDE PROMESSE 163
tion de la Grande Promesse est appelée à produire.
Cette faveur, bien présentée, engage puissamment à la communion mensuelle, et elle fait germer dans les âmes des sentiments délicats de confiance, de gratitude et de réparation à l’égard de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Pour beaucoup, surtout pour les jeunes gens, cette nécessité d’une conversion mensuelle sera le principe d’une lutte plus sérieuse, plus décidée contre la tentation, le péché, la mauvaise habitude. Soutenue pendant neuf mois, à quelles victoires cette lutte ne peut- elle pas conduire? Les adversaires qu’effraie la prédication de la Grande Promesse nous paraissent trop perdre de vue toute l’influence qu’un effort prolongé exerce sur la trempe morale des hommes.
Ne l’oublions d’ailleurs pas, la vertu est aimable, et la paix avec Dieu a des charmes non soupçonnés du pécheur. Faire ressentir, ne fût-ce que quelques instants, ces joies plus nobles à des âmes longtemps dominées par la passion, c’est éveiller, c’est fortifier les appétits supérieurs, c’est préparer un affranchissement définitif.
Mais dans des coeurs mieux disposés, où Dieu habite toujours par sa grâce, — et, partni ceux qui pratiquent le premier vendredi, c’est le grand nombre, — la Grande Promesse, en calmant des terreurs exagérées, versera une impulsion plus généreuse, un élan plus noble vers tout bien. L’esprit de charité dominera leur activité, tandis que, dans leur fond intime, ils goûteront le sentiment délicieux de la paix divine i, la joie de l’Esprit-Saint destinée aux enfants de Dieu 2.
Nous tenons au surplus à le déclarer : dans une pratique assez longue, nous n’avons rencontré personne pour qui les neuf vendredis aient été une occasion de témérité
(1) Ép. aux Gala tes, 4, 7.
(2) Ép. aux Romains, 14, 17.
présompteuse. D’autres témoignages sont venus confirmer le nôtre. Des abus, qu’on ne les suppose pas a priori! Que si l’on en a constaté, prévalent-ils sur les avantages? et quelle institution s’est trouvée à Tabri des profanations humaines?
Prêchons sagement la Grande Promesse ; peu de place * sera laissée aux abus; et nous pourrons avec confiance chanter éternellement les miséricordes du Seigneur : Misericordias Domini in æternum cantabo^.