‹ Pratique et doctrine de la dévotion au Sacré Cœur (volume 2)Chapitre 42 sur 102 · I. Des Litanies en général. Notes historiques · texte numérisé non relu

I. Des Litanies en général. Notes historiques

Les premières Litanies. — En butte à la calomnie et à la persécution, les chrétiens des premiers siècles furent amenés, par Fexcès même de leurs maux et de leurs dangers, à insérer dans la liturgie l’expression de leur détresse et de leur confiance. Certains Psaumes i peut-être inspirèrent la forme de leurs supplications : commencées par le diacre, qui énumérait un à un les besoins ou les vœux, elles étaient achevées par le peuple dans un appel à la pitié divine. « Prions pour la paix du monde », disait le diacre ; , « prions pour l’Église, prions pour les évêques, etc. » Et le peuple répondait chaque fois par un « Domine miserere^ Seigneur ayez pitié, » formulé bientôt en grec' sous l’influence des rites orientaux. De là, nos Kyrie eleison.

Ces supplications constituent les premières Litanies, qui se trouvaient de la sorte, unies au sacrifice.

Aux Litanies de la Messe s’ajoutèrent de bonne heure (au ve siècle) 2 les litanies qui font corps avec certaines

(1) Notamment le Ps. 135, dont tous les versets énumèrent quelque bienfait divin pour se conclure chaque fois par ces paroles : « Parce que sa miséricorde est éternelle » . Le procédé est donc le même. Seulement l’allégation des bienfaits remplace celle des demandes ; et la réponse est un hommage rendu à la miséricorde dont on rappelle les manifestations.

(2) Conjecture de Kraus. Leal-Encycîàpœdie. v^ Litanie.

186 PARTIE LlTüRGICtUE. CH. III. LITANIES COMMENTÉES

parties de l’Office divin puis celles des processions 2 organisées pour implorer Dieu dans les nécessités publiques.

Les Kyrie eleison étaient devenus indépendants de toute supplication spéciale. On les redisait à la Messe un nombre indéfini de fois, soit seuls, comme cela se pratique encore en Orient, soit coupés de Christe eleison^ comme dans l’Église latine 3. Le chant des processions ne fut d’abord qu’une suite de Kyrie eleison constituant un incessant appel à la miséricorde divine.

Nature des Litanies officielles. — En vertu de leur origine même, les Litanies sont donc, à proprement parler, une supplication liturgique et solennelle, adressée à Dieu pour conjurer les fléaux de sa colère et attirer ses bénédictions. Autrefois les jours de Litanies étaient des jours de procession, de jeûne et d’exercices de pénitence. Et maintenant encore, l’Église récite les Litanies dans les nécessités publiques pour les besoins généraux du peuple, et, vu l’extrême importance du passage à Dieu, elle les répète au chevet de chaque agonisant.

Une grande difi’érence sépare ainsi les Litanies officielles des Litanies privées, dans lesquelles, sans préoccupation particulière, on entretient la dévotion envers un saint préféré, en énumérant ses vertus, ses mii’acles, les bénédictions dont il fut comblé ou dont il comble ses fidèles clients.

Et l’on comprend la sage sévérité du Saint-Siège, les hautes raisons qui dictent sa conduite, lorsque, dans les enceintes sacrées ou au cours des processions, il défend de réciter en public des Litanies non revêtues de sa sanction, ou lorsqu’il met beaucoup de réserve à approuver des

(1) Les prières fériales sont des restes de ces Litanies.

(2) Ces processions circulèrent d’abord à l’intérieur des temples.

(3) Au ix® siècle seulement, on définit le nombre de Kyrie; il fut fixé à neuf dans le courant du xu^ siècle, au plus tard.

INTRODUCTION. GENÈSE ET PLAN 187

Litanies nouvelles : il s^agit de maintenir le caractère liturgique et solennel de ces implorations.

Portée de V approbation des Litanies du Sacré Coeur. — Ce fut donc un acte important et significatif, que l’approbation pontificale donnée, il y a vingt-trois ans^, aux Litanies du Sacré Coeur.'

A mesure que le culte du Coeur de Jésus devenait par excellence le culte d’expiation et de pacification du monde moderne, cet acte s’imposait ; mais il n’en constitue pas moins une reconnaissance authentique de la mission providentielle que la dévotion au Sacré Cœur remplit dans la société contemporaine.

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