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II. Les Litanies du Sacré Cœur. Genèse et Plan

Genèse. — Pour bien comprendre les Litanies du Sacré Cœur, il importe de se replacer dans le milieu Où elles se sont propagées. En 1720, une peste terrible s’était abattue sur Marseille. Le pieux évêque de la ville, Mgr de BelsuNCE, non content de déployer une charité héroïque à secourir les malades, résolut d’arracher au Ciel la cessation du fléau 2.

Par sa célèbre ordonnance du 22 octobre 1720, il décréta la consécration de son diocèse au Cœur de Jésus et la célébration perpétuelle de la fête du Sacré Cœur. L’acte de consécration fut prononcé le vendredi 1er novembre, au milieu d’une inoubliable cérémonie d’expiation. Dès lors, le fléau céda rapidement. Pour achever d’apaiser la colère divine, Mgr de Belsunce organisa des processions de pénitence, et ordonna, dans les commencements de 1721, une neuvaine solennelle au Sacré Cœur. Chaque jour, le pasteur et son diocèse éprouvés se réunissaient

(1) Le 2 avril 1899.

(2) Pour les détails qui suivent, voy. D. Bérenger, Vie de Mgr Henri de Belsunce. Lyon, 1887, t, i, p. 290, ss. 321.

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devant Téglise des Pères Capucins l. On y renouvelait la consécration au Sacré Cœur. Et ce fut là, que, neuf jours durant, les invocations des Litanies retentirent dans les airs, allant porter au trône de Dieu le repentir des habitants et les titres que le Cœur de Jésus leur donnait d’espérer une pleine miséricorde.

Ces Litanies venaient d’être publiées un peu auparavant, le 30 mars 1718, dans le Manuel de V Adoration 'perpétuelle du Sacré Cœur.

Quand l’épidémie eut disparu, Marseille continua de réciter avec foi, reconnaissance et amour les Litanies auxquelles se rattachaient d’aussi touchants souvenirs.

Vinrent alors, sur la fin du siècle dernier, les décrets appliquant rigoureusement aux Litanies du Sacré Cœur les défenses concernant la récitation publique des Litanies non reconnues par le Saint-Siège 2. L’évêque de Marseille, Mgr Robert, se décida à recourir au seul moyen de concilier la dévotion de ses ouailles avec les prescriptions romaines : il sollicita l’approbation pontificale pour les Litanies en usage dans son diocèse. Ses instances reçurent à Rome un accueil favorable ; mais la S. Congrégation des Rites ajouta aux Litanies qu’on lui soumettait six invocations 3 empruntées à d’autres Litanies, pour porter à trente-trois le nombre des invocations, et mieux rappeler ainsi et honorer les trente-trois années de la vie mortelle de Notre-Seigneur. Sauf cette addition, le texte des Litanies de Marseille ne subit qu’une légère retouche dans la seconde invocation 4; on conserva même

(1) Les églises étaient encore fermées, à cause du fléau.

(2) Réponses de la S. Congrégation des Rites des 6 mars 1894, 28 novembre 1895, 20 juin 1897 et 11 février 1898.

(3) Ce sont les invocations, 3, 16, 17, 25 et 26. Elles seront, dans notre commentaire, marquées d’un astérisque.

(4) De Cor Jesu, Fili Virginis Matris (Cœur de Jésus, Cœur du Fils de la Vierge-Mère), cette invocation est devenue : Cor Jesu in

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le verset, le répons et l’oraison finale. D’ailleurs, sous le coup de maux spirituels, dont la peste de Marseille pourrait être l’image, nous avons toutes les raisons de nous approprier les sentiments avec lesquels les habitants de la ville éprouvée implorèrent pitié pour les pécheurs.

Le Souverain Pontife agréa les Litanies de Marseille avec les six invocations complémentaires, et en accorda la récitation publique, d’abord aux diocèces de Marseille et d’Autun, ainsi qu’à l’Ordre de la Visitation, puis au diocèse d’Annecy et à la Compagnie de Jésus L Finalement, la faveur fut octroyée à l’Église universelle, le 2 avril 1899.

Une conséquence du décret fut d’étendre à toute l’Eglise Vindulgence de 300 jours qui venait 2 d’être accordée au diocèse de Marseille et à l’Ordre de la Visitation pour la récitation de ces Litanies.

L’auteur immédiat des Litanies de Marseille est la Vénérable Anne -Madeleine de Rémusat^. Elle les fit paraître, en 1718, dans le Manuel destiné à la Confrérie fondée par elle, avec l’agrément de Mgr de Belsunce : V Adoration perpétuelle du Sacré Cœur^.

Ce n’est pas cependant que la Sœur Rémusat ait ellemême composé les invocations des Litanies marseillaises.

sinu Virginis Matris a S'ÿiritu Sancto formatum (Cœur de Jésus, formé par l’Esprit-Saint dans le sein de la Vierge-Mère).

(1) Voyez les décrets du 27 juin et du 12 novembre 1898.

(2) Secrétairerie des Brefs, 28 mars 1899.

(3) Religieuse Visitandine, née à Marseille, le 30 novembre 1696, et très insigne promotrice de la dévotion au Sacré Cœur. Elle fut favorisée de grâces extraordinaires. Mgr de Belsunce lui témoignait une profonde estime, et fut fort encouragé par elle à recourir au Sacré Cœur. (Voyez Vie de Mgr de Belsunce, t. 1, ch. 7. 10. 15.) La cause de sa béatification a été introduite le 24 décembre 1891.

(4) Cette association date de 1717. A la mort de la fondatrice, elle groupait soixante mille membres. Léon Xm l’éleva au rang d’archiconfrérie, le 31 août 1880.

Sur les vingt-sept invocations de celles-ci, dix-sept se retrouvent dans les Litanies du P. Croiset (2® édition de 1691 ;) quatre autres (les 8®, 9®, 11®, 30®) se lisent dans les Litanies d’Aurillaci, une cinquième (la 12®), dans les Litanies du P. Froments. Les cinq dernières (4®, 10®, 13®, 19®, 21®) sont empruntées aux Litanies du livret de la Soeur Jeanne- Madeleine JolyS, imprimé à Dijon et approuvé le 26 février 1689, quatorze ans après les grandes apparitions.

Le verset et le répons figurent dans les Litanies, déjà citées, du P. Croiset. L’oraison^, dont les vestiges sont

(1) Composées en 1691. La gracieuseté du R, P. de Feanciosi nous a rendu ces comparaisons possibles. Il a mis à notre disposition les différentes Litanies rassemblées par lui.

(2) Composées en 1699. Ces Litanies sont les plus développées; elles ressemblent, par les différents genres d’invocations, aux Litanies de tous les Saints, contenant, comme celles-ci, Propitius esio, les Libéra nos Domine^ et les Te rogamus audi nos.

(3) Cette Visitandine de Dijon mourut en grande réputation de vertu, le 19 octobre 1708, à l’âge de soixante-cinq ans, après quarante-neuf ans de profession religieuse. Grande zélatrice de la dévotion, elle composa en français une messe, un office et des Litanies du Sacré Cœur. Traduite en latin, chantée à Dijon le premier vendredi de février 1689, cette messe inaugura le culte public du Cœur de Jésus. Voyez la notice dans Vie et Œuvres de la B. Marguerite-Marie, t. n, avant-propos, pp. xxx-xxxv.

(4) Dans les éditions du Manuel de V Archiconfrérie qui ont précédé l’approbation du Saint-Siège, l’oraison avait été changée. Voici la prière finale : Domine Jesu Christe, qui ineffabiles cordis hd divitias Ecclesiae tuae novo beneficto aperire dignatus es : concédé ut hujus sacratissimi Cordis amori respondere, et injurias eidem ab ingratis hominibus illatas dignis obsequiis compensare valeamus. Qui vivis et régnas insaecula saeculorum. Amen. Ce qu’on traduisait ainsi : Seigneur Jésus-Christ, qui avez daigné par un nouveau bienfait, ouvrir à votre Église les trésors ineffables des richesses de votre Sacré Cœur, accordez-nous la grâce de répondre à l’amour de ce Cœur divin et de réparer par de dignes hommages les injures faites à ce Cœur affligé par l’ingratitude des hommes ; ô Vous qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles! Ainsi soit-il.

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conservés dans Toraison finale des Litanies du P. Croiset, est identique à celle du livret de la Sœur Joly.

Déjà le P. Croiset avait intentionnellement fixé à trente-trois le nombre des invocations des Litanies. Les six invocations choisies par la S. Congrégation des Rites en vue de parfaire ce nombre, sont toutes tirées du P. Croiset, sauf la première (3e des Litanies,) qui est commune aux Litanies (1689) de la Mère de SoudeillesI, Tune des correspondantes de la Sainte, à celles d’Aurillac et à celles du P. Bouzonié 2.

Précieuses par leur ancienneté et les souvenirs historiques qui se rattachent à leur rédaction et aux premières récitations, les Litanies approuvées se recommandent encore au respect et à la dévotion confiante des fidèles par la source divine où les expressions ont été puisées. Toutes les invocations, peut-on dire, sonttirées de nos livres saints 3; un bon nombre en sont même littéralement extraites.

Plan. — Les invocations se suivent-elles logiquement enchaînées et dans un ordre strictement arrêté d’avance? Nous n’oserions l’affirmer. La manière même dont ces Litanies furent composées rend cette suite rigoureuse peu vraisemblable. Il est telle invocation, la seizième par exemple, dont la place nous semble même déconcerter les tentatives de reconstitution du plan.

Toutefois, sans prétendre pénétrer la pensée qui a pré-

(1) Religieuse de la Visitation de Moulins, très humble, très dévouée au Sacré Cœur. A sa mort, survenue le 24 avril 1714, elle comptait soixante-huit années de profession religieuse. Voir sa notice dans Vie et Œuvres, t. u, avant-propos, p. xi.

(2) Dans le travail du P. Bouzonié, la seconde invocation des Litanies approuvées se trouve à peu près sous sa forme actuelle. On disait : Cor Jesu in sinu Virginia Matris formatum.

(3) Nous aurons soin d’indiquer le passage (s’il y en a plusieurs, du moins l’un d’eux) auquel l’invocation nous paraît se référer ou dont elle rappelle la doctrine.

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sidé à l’ordonnance générale de ces Litanies, nous croyons pouvoir grouper les invocations qui leur sont propres en trois parties principales, que nous qualifions comme suit :

Partie : Les excellences fondamentales du Cœur de Jésus (inv. 1 et 2) ;

2e Partie : Les amabilités et les attraits du Cœur de Jésus (3-22) ;

3e Partie : Le rôle propitiatoire du Cœur de Jésus (23-33).

Ces parties peuvent se subdiviser de cette façon :

Ire Partie: L’excellence de la Personne (inv. 1).

L’excellence de la nature humaine (2).

2e Partie : La dignité infinie qui résulte pour le Cœur de Jésus de son union avec la personne du Verbe (3-9).

Les glorieuses plénitudes du Cœur de Jésus (10-15).

Quatre motifs spéciaux de recourir au Cœur de Jésus : le désir de Dieu le Père [ipsum audite (16)]; la reconnaissance (17); l’exemple des Patriarches (18); l’espérance (19-21).

3® Partie : Le rôle propitiatoire énoncé (22) ;

exécuté (23-26) ;

couronné dans ses fruits pour tous, sauf pour les pécheurs endurcis (27-33).

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