‹ Pratique et doctrine de la dévotion au Sacré Cœur (volume 2)Chapitre 50 sur 102 · ARTICLE II. INVOCAT. 1. FILS DU PÈRE ÉTERNEL · texte numérisé non relu

ARTICLE II. INVOCAT. 1. FILS DU PÈRE ÉTERNEL

Cœur de Jésus ^ c'est-à-dire cœur véritable d'un homme vivant.

Cœ.ur de Jésus, c'est-à-dire cœur d'un homme appelé Sauveur, de quelqu'un qui n'est homme que pour sauver.

Cœur de Jésus, le Fils du Dieu vivant : c'est-à-dire cœur d’un homme-Dieu, et, à ce titre, digne de l'adoration suprême.

II. Par cette invocation, l'Église confond les adversaires catholiqites du culte du Sacré Cœur, qui prétendaient ne voir dans le Cœur de Jésus qu'une métaphore signifiant l'amour ; les adversaires jansénistes, qui reprochaient aux fidèles de Lui rendre un culte idolâtrique, comme si nous honorions un cœur isolé de l'humanité et séparé de la Personne divine qui le possède; les adversaires nestoriens, qui distinguaient la personne de Jésus née de la Vierge Marie et la personne de celui qui, par nature, est le Fils du Dieu vivant.

III. Et l’Église instruit ses enfants de tout ce qui rapproche ce Cœur d'eux-mêmes, de tout ce qui Lui mérite leurs respects. De tout ce qui Le rapproche de nous: Cœur d’un homme vivant. Il est semblable au nôtre par sa nature, le rythme de ses battements, la forme de ses sentiments ; Cœur de notre Sauveur, Il nous rejoint plus intimement encore par sa tendresse. De tout ce qui Lui mérite nos respects : en proclamant qu'il est le Cœur de l'Homme-Dieu, l’Église nous apprend que la Personne honorée en Lui n’est rien moins que le Verbe éternel, le Fils de Dieu le Père !

Avons-nous suffisamment donné au Cœur de Jésus les hommages qui Lui reviennent comme semblable à notre cœur infiniment aimable, et strictement adorable?

IV. Ayez pitié de nous! Pénétrez-nous, tout à la fois, de votre Grandeur et de votre Bonté. Que notre ferveur s'évertue à Vous vénérer et à Vous chérir; soyez, en eflfet, pour nous, le Cœur de notre Dieu, le Cœur de notre Sauveur!

2. Cor Jesu, in sinu Virginis Matris a Spiritu Sancto formatum, miserere nohis f

Cœur de Jésus, formé par V Esprit- Saint dans le sein de la Vierge Mère, ayez pitié de nous^. (Évang. selon saint Matthieu, 1, 20.)

I. Le Cœur de Jésus est le cœur d’une Personne divine : voilà sa première et suprême excellence, exprimée au début des Litanies. La seconde invocation met en relief une autre excellence du Cœur de Jésus, celle de son origine. Origine doublement glorieuse, d’abord dans son

(1) Nous l’avons fait remarquer plus haut : dans les Litanies de Marseille, la seconde invocation était calquée sur la première. Après avoir adoré le Cœur de Jésus comme le Cœur du Fils de Dieu, on l’honorait comme celui du Fils de la Vierge-Mère. Cette seconde formule, prise en elle-même, n’encourt, pas plus que la première, le reproche d’inexactitude. Il est de foi que Jésus est vraiment Fils du Père étemel et Fils de la Vierge-Mère. L’Église ne chante-t-elle pas, dans une de ses hymnes au Sauveur : « O clément Jésus, ô pieux Jésus, ô Jésus, le fils de Marie ! O clemens, o pie^ o dulcis Jesu, fili Mariœ f »

Pourquoi cependant le Saint-Siège a-t-il préféré donner une autre forme à cette seconde invocation? Une double raison, pensons-nous, a motivé ce changement. En faisant ressortir, par le parallélisme des expressions, que le Fils du Père étemel est aussi le Fils de Marie, l’énoncé précédent rehaussait surtout la dignité de la sainte Vierge. Il était plus à propos d’insister ici sur l’excellence du Cœur de Jésus, en rappelant qu’il est une merveille opérée par l’Esprit- Saiut dans le sein de la Vierge-Mère. Puis, la succession immédiate et sans explications de deux invocations semblables ne risquait-elle pas un peu de tromper la piété des simples, d’amener quelque confusion, laissant croire que Jésus-Christ serait, de la même façon, vrai Fils de Dieu et vrai Fils de Marie? Or, cela n’est pas. La génération éternelle au sein de Dieu le Père a produit la Personne du Verbe sans produire la nature, qui est simplement communiquée du Père au Fils ; la génération temporelle dans le sein de Marie a produit la nature sans produire la Personne. Celle-ci, préexistant, est devenue homme en recevant la nature humaine, mais n’a pas commencé d’être. Dans sa forme actuelle, la seconde invocation ne saurait donner lieu à cette méprise.

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principe divin ; puis dans le principe humain qui a prêté à Taction divine son concours.

1. Le principe divin. Jésus- Christ n’a pas de père parmi les hommes. Une action miraculeuse de Dieu, c’està-dire de la Sainte Trinité tout entière, a tenu lieu de toute paternité. Cette action, d’après l’Évangile mêmei, est appropriée au Saint-Esprit. En ce sens, nous disons que le Cœur de Jésus fut formé par l’Esprit-Saint.

Pourquoi cette attribution au Saint-Esprit d’une action commune aux trois personnes divines? La raison la plus fondée sur la Sainte Écriture nous semble être la suivante : Dans la Bible, l’Esprit de Dieu représente la vie active" de la divinité, son ineffable énergie, et devient ainsi le principe des œuvres extérieures de Dieu. L’Esprit, porté sur les eaux, rend celles-ci fécondes 2. « La vertu du lrès~Hautj dit l’Ange Gabriel, te couvrira de son ombre »

A cette raison générale s’ajoutent deux considérations théologiques. L’Esprit-Saint ayant son principe dans la Volonté divine ou l’Amour divin, se voit- attribuer les œuvres où cet amour éclate spécialement. Or, Dieu n’a jamais manifesté plus merveilleusement son amour qu’en se faisant homme. Et qu’il s’est fait vraiment homme. Il l’a démontré surtout en prenant un corps humain. « Le Verbe s’est fait chair » s’écrie saint Jean. La susception de l’humanité est donc elle-même symbolisée par V Incarnation j et celle-ci est rapportée au Saint-Esprit comme le suprême bienfait de l’amour divin.

(1) « L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre. » Évang. selon saint Luc, i, 24. « Ce qui est tonné en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit. » Évang. selon saint Matthieu, 1. 10.

(2) Genèse, 1,2.

(3) Év. selon saint Luc, 1, 24.

(4) Év. selon saint Jean, 1, 14.

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Il convient^ en outre, que, dans cette action commune, aussi bien que le Père et le Fils, TEsprit-Saint obtienne une part distincte, en harmonie avec son origine et, si nous pouvons parler ainsi, avec sa fonction Trinitaire. Dans Tarrêt divin de Tlncarnation, nous considérons en premier lieu un décrety un ordre, qui revient au Père comme au principe des deux autres Personnes divines. Cet ordre est accepté par la Personne qui s’incarne, le Fils, que nous disons VEnvoyé du Père. Et l’exécution de cet ordre s’achève, se complète dans la formation du corps de la Personne qui s’incarne, formation justement attribuée au Saint-Esprit qui est l’achèvement de la Sainte Trinité.

2. Le principe humain, A cette ineffable action divine, une femme est appelée à concourir. Son intervention comprend tout ce qui échoit d’ordinaire à la mère. Aucune des fonctions maternelles ne lui est refusée ; mais le rôle dont elle s’acquitte ne portera pas la moindre atteinte à sa parfaite virginité. Bien plus, celle-ci se trouve, après la maternité, plus que jamais inviolable et consacrée.

Le Cœur de Jésus est donc formé dans le sein d’une vierge, c’est-à-dire d’une jeune fille parfaitement pure de corps et d’esprit; d’une vierge, c’est-à-dire d’une jeune fille qui avait, dès lors, offert à Dieu l’engagement perpétuel de la virginité; d’une vierge-mère, c’est-à-dire d’une vierge qui demeure telle en devenant mère ; d’une vierge-mère, c’est-à-dire d’une vierge dont la maternité scelle à jamais la virginité l. Vierge auparavant, vierge pendant, vierge après, chante la sainte Église, se faisant l’écho de la tradition ecclésiastique.

Ce n’est même pas encore assez dire. Cette virginité est unique comme sa raison même. Maeie fut, dès les temps

(1) Sur la virginité de Marie, voy. nos Méditations sur la sainte Vierge'^^ t. I, p. 153; t. II, pp, 187-191.

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