Cor Jesu, pax et reconciliatio nostra^ miserere nobisf
Cœur de Jésus, notre paix et notre réconciliation, ayez pitié de nous! (Epître aux Éphésiens, 2, 16. 17; aux Colossiens, 1, 20.)
I. La paix, que les peuples appellent de tous leurs vœux, est aussi le trésor le plus précieux de chaque cœur. Nous la tenons du Cœur de Jésus. Elle est le bien le plus direct qui résulte pour nous de sa propitiation pour nos péchés. Le propitiateur apaise Dieu, nous réconcilie avec Lui et, par suite, nous fait jouir de la paix. « Sur la croix, dit l’Apôtre dans le passage qui a inspiré la vingtneuvième invocation des litanies, le Christ Jésus a tué les inimitiés; par elle. Il nous a réconciliés avec Dieu, Juifs et Gentils, réunis dans un même corps, et II est venu nous apporter la bonne nouvelle de la paix pour tous, la paix pour ceux qui se trouvaient bien loin, la paix pour ceux qui étaient plus rapprochés 2. >
Cette invocation répète donc, à peu de chose près, la précédente, qui honorait le Cœur de Jésus comme propitiation pour nos péchés. Mais comment ne pas mentionner, en termes exprès, cette paix que Notre-Seigneur aimait à donner aux siens, à donner d’une toute autre façon que le monde ^ ; cette paix du Christ dont saint Paul
(1) Épître aux Corinthiens, 15, 20. 23; épître aux Thessaloniciens, 4, 14.
(2) Épître aux Ephésiens, 2, 16, 17.
(3) Évang. selon saint Jean, 14, 27.
254 PARTIE LrrrRGicirE. ch. iii. litaxtes commentées
souhaitait si ardemment l’abondance aux chrétiens l; cette paix essentielle au royaume de Dieu 2; cette paix dans l’Esprit-Saint, plus délicieuse que toute joie d’ici-bas3?
La paix a son siège dans le cœur. La paix avec Dieu nous vient de la charité divine par la charité créée de l’Homme-Dieu : bien à juste titre, notre reconnaissance fait monter l’action de grâce au Cœur de JÉsrs.
IL Établie dans la grâce avec Dieu et dans notre soumission filiale à ses lois, cette paix se développe, s’achève en nous, à mesure que se perfectionne cette soumission elle-même; à mesure que la volonté peut offrir à son Créateur et à son Sauveur l’hommage, non seulement d’elle-même, mais^ aussi des puissances inférieures, rendues dociles à ses commandements. L’ordre alors règne en nous et, avec l’ordre, la tranquillité et son fruit, la paix.
Mais les passions ne deviennent dociles que par les victoires de l’homme sur lui-même. La paix nous est ainsi offerte comme un fruit de conquête. Notre-Seigneur l’a conquise sur la croix ; 11 la donne à qui veut partager ses combats^ L’auteur de la paix nous invite aussi à la guerre, mais à une guerre sainte et pacifiante.
IlL La satisfaction des sens, les compromis avec les passions, les coupables faiblesses, ne sauraient que troubler l’âme. La paix est un mot que les pécheurs auront parfois à la bouche, mais sans jamais en goûter la bienheureuse réalité. Tels, ces faux prophètes qui rassuraient le peuplé : « La paix, la paix! criaient-ils, et la paix
(1) Épître aux Colossiens, 3, 15, et au commencement de toutes lé3 épîtres de saint Paul.
(2) Épître aux Romains, 14, 17.
(3) Épître aux Philippiens, 4, 7.
AETICLS II. iNVOCAT. 30. VICTIME DES PÉCHEUES 255
n’arrivait pas > « Il n’y a pas, en effet, de paix pour les impies 2. >
IV. Ayez pitié de nous! D’après vos conseils, notre âme doit être une petite Jérusalem, la cité de la paix. Cette paix Vous a coûté votre sang. Et tant de troubles nous agitent, nous inquiètent! Oh! donnez-nous la paix, par la justice et par une affection aux choses divines qui nous rende supérieurs aux vicissitudes et aux faux biens d’ici-bas !