CHAPITRE III
INTRODUCTION
I. Les exercices de cette troisième série sont destinés au mois du Sacré-Cœur. Leur nombre de trente-trois fut choisi pour satisfaire la dévotion des personnes qui, eu mémoire des trente-trois années passées par Notre- Seigneur sur la terre, poursuivent durant trente-trois jours les pratiques du mois de juin.
Nous annonçons à la fois des points et des méditations . Avant tout, après avoir indiqué le sujet à méditer, nous désirons laisser les développements aux lecteurs. Ils ne s’en plaindront pas.
Les exercices précédents ont pu les familiariser avec la méthode d’oraison mentale. Il convient dès lors de leur offrir l’occasion d’y progresser, et de recueillir beaucoup plus de fruit au prix d’un peu plus de labeur. C’est, en effet, un défaut commun de l’oraison mentale, que cet excès de passivité qui se contente d’accepter paresseusement les formules d’autrui. L’auteur où l’on puise la matière de la méditation, devrait simplement nous en rendre la préparation plus aisée : il semble chargé de la faire pour nous. Il ne devrait que fournir « la laine et la pourpre de l’Agneau qui nous a rachetés 2, » et on lui demande de tisser un vêtement qui soit ajusté i\ toutes les tailles. Pendant la méditation elle-même, on n’ose guère se passer de lui ; trop souvent il se trouve
(1) Pour les indulgences, voyez infra, s. 3, c. 2, n. iv.
(2) Ces expressions sont empruntées à iS. Cyprien.
appelé â fournir les pensées et jusqu’aux expressions.
Et cependant, la parole de saint Ignace demeure vraie : l’âme ne goûte rien comme ce qu’elle trouve elle-même sous la conduite de Dieu.
Nous aimerions donc borner cette fois notre rôle à celui d’un introducteur discret, qui se retire après avoir montré le chemin au visiteur. Mettre Tâme en présence de Jésus, et lui apprendre à savourer dans un silence recueilli les sentiments dont l’intime perception aura été suggérée à demi-mot : ce serait toute notre ambition. En proposant aux amis du Sacré Cœur d’entrer dans ces vues, nous avons la confiance de ne pas exiger d’eux un effort trop malaisé, moyennant quelques explications, qui vont suivre à l’instant.
Cependant, pour ceux auxquels une autre méthode semblerait convenir davantage, nous ajouterons, chaque jour, aux points des développements, eu suivant généralement le plan de la méditation résumée.
II. L’objet de ces exercices nous est fourni par trentetrois passages de l’Évangile, auxquels nous avons tâché de conserver leur vrai sens. C’est sur la vérité qu’il faut bâtir. Empruntés à la vie cachée ou publique du Sauveur, à ses souffrances et à sa gloire, chacun de ces passages doit découvrir au lecteur un trait, une perfection, une amabilité du divin Cœur. Le cœur s’exprime, se révèle dans des accueils, des leçons, des grâces, des rigueurs, des peines, des joies; nous le proposons pendant ce mois comme un centre unique où tout converge, comme un pôle qui nous attire tout entiers.
III. Bien fixés sur l’objet de nos méditations, il nous reste à faire l’exact relevé des éléments qui nous sont fournis pour les faire, et de ceux qui nous restent à suppléer. Ce bilan sera dressé sans peine, à l’aide des explications données plus haut, p. 42, ss., sur la manière même de méditer.
INTRODUCTION
1. Le but nous est tout tracé d’avance. Nous voulons connaître mieux le Sacré Cœur de Jésus, pour progresser dans son amour et modeler notre cœur sur le sien. Telle sera donc, chaque jour, la demande finale du préambule, autrement dit le troisième prélude.
2. \j oraison préparatoire est invariable. La formule s’en trouve dans le petit tableau synoptique placé p. 44.
Le premier prélude , rappel du sujet, est emprunté au passage de l’Évangile reproduit avant chaque méditation.
Nous indiquerons le second prélude, celui de l’ imagination.
Voilà pour l’introduction.
3. Les points ne sont guère développés. Nous nous contentons d’une ébauche que nous laissons à chacun de façonner à son sens durant la préparation. Celle-ci doit se faire la veille au soir.
Toutefois, en vue de faciliter ce travail personnel :
a) Une remarque préliminaire met en relief le caractère propre, la note saillante de chaque méditation : quel trait principal, quel aspect distinctif du Cœur de Jésus-Christ s’y trouve contenu
b) Le sujet est toujours nettement divisé au moins en trois points. Ils résument, chacun, certains versets auxquels ils renvoient. Si l’énoncé est très court, les termes en sont choisis pour mettre sur la voie des développements : preuves, exemples, rapprochements, oppositions, qui entretiennent l’attention de l’esprit et peuvent être les points d’attaches du sentiment, du propos, de la prière.
4. L 'entretien final avec Notre-Seigneur doit jaillir spontanément des circonstances où l’on se trouve, des affections produites dans rexercice. Il n’y a donc guère à s’en préoccuper d’avance.
IV. Application. Achevons de montrer, par un exemple, comment nous concevons ce travail de préparation. Nous
parlerons au singulier, pour faire ressortir le caractère personnel de l’exercice.
Soit le premier sujet : la naissance du Sauveur et l’adoration des bergers.
1. Je lis : « 2e Prélude. Jésus dans sa petite crèche de bois. * Je me figurerai être dans une grotte servant d’étable, devant une mangeoire où, sur un peu de paille, repose un petit enfant. 11 me faut avoir soin de déterminer les dimensions et tout l’aspect de la sombre caverne. Cette scène fixera mon imagination pendant la méditation de demain. D’ici là, j’en évoquerai parfois le souvenir.
2. Suit la remarque préliminaire. « L’Homme-Dieu, Maître souverain de l’Univers, choisit librement toutes les circonstances de sa vie mortelle. Le récit évangélique de sa naissance est dès lors une haute leçon de pauvreté volontaire. * Il s’agit donc surtout de contempler dans le Cœur de Jésus le détachement de la richesse et de donner à mon cœur une disposition semblable. La première phrase suggère deux réflexions qui rendent l’exemple beaucoup plus frappant : le dénuement contraste avec la magnificence d’un Homme-Dieu; il fait l’objet d’un choix entièrement libre. J’ai le moyen d’insister utilement sur la grandeur, la puissance de l’Homme-Dieu et sur la splendide aisance dont II pouvait s’entourer.
3. Je me rappelle le grand but où tendent ces méditations et je m anime à le poursuivre de tout cœur (2e Prélude).
4. Mais comment, en vue de ce but, vais-je ordonner la suite de la méditation?
Le lei Point est ainsi formulé. — * Un grand oubli de ses aises et commodités . * La pauvreté incommode de Jésus, tel est bien ici l’aspect particulier que l’on me propose de saisir dans le t. 7. J’examinerai ce verset, et tâcherai d’y remarquer comment y ressort, à mes yeux, cet attribut de la pauvreté du Sauveur. Au besoin , si mon investigation est peu fructueuse, je recours au texte :
INTRODUCTION
« Une étable, une crèche. * Ne puis-je pas chercher tout ce qu’une étable, une crèche, ont de déplaisant; comparer ces privations avec les soins donnés aux autres enfants, la douce atmosphère, la molle couchette qu’on ménage à leurs membres délicats? Source de pensées pour le lendemain. Les mots qui suivent dans le texte me suggèrent un regard sur moi- même. En ma vie, quelle recherche contraire! J’analyse cette recherche dans ses détails concrets ; j’ eu observe les effets, de misérables préoccupations. Celles-ci m’apprennent l'heureux affranchissement qui est le fruit de la pauvreté. Combien Jésus en jouit ! Comme Il est bon de daigner m’en offrir le partage! Attaches pour le sentiment, pour des résolutions pratiques, pour un entretien avec le divin Enfant.
La matière du premier point se trouve ainsi élaborée. C’est dans ce sens que je l’entreprendrai, tout de bon, demain matin, à moins que ma pensée ne soit spontanément attirée d’un autre côté.
5. Je parcourrai de la même façon le second point et le troisième.
Bref, lire le passage souligné ;
Me reporter aux versets de V Évangile pour y butiner •
Recourir , en cas de détresse , aux indications complémentaires du livre :
Telle est, en substance, la préparation formelle de la Méditation du lendemain. Formelle, disons-nous, car l’esprit doit encore demander au recueillement, à de saints désirs, à de pieuses invocations, de le disposer lui-même à s’entretenir avec Dieu sur tel ou tel sujet spirituel.
6. Si la vue du sujet me suggère un point de vue tout différent qui me plaise davantage, je suivrai résolument cet attrait.
Le Sauveur, en entrant dans ce monde1, eut un cri du
(1) S. Paul, Éjpître aux Hébreux, 10, 5-7.
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cœur vers son Père : « Me voici, je viens selon qu'il est écrit en tête du livre de mon histoire, pour faire, ô mon Dieu, votre volonté ! * Dès lors, le froid, l'obscurité, le vagissement de la crèche, seraient les premiers effets d’une dévotion totale à Dieu. L’étude de cet holocauste donnerait à la méditation une direction nouvelle, mais également instructive et salutaire.
O Jésus , soleil à la fois resplendissant et caché , nous voudrions faire trouver aux âmes ce rayon que Vous réservez à chacune d'elles. Que nos indications ne les trompent pas! Que nos paroles les portent vers Vous! Ou plutôt, car la nuit se fait , l’orage gronde sur une mer houleuse, et beaucoup sont pris d’inquiétude : que nos pauvres et faibles paroles soient cette onde inconsistante et mobile, sur laquelle , dans la sombre tempête, Voiis alliez vers vos disciples, pour affermir leur confiance et leur foi !
EXERCICE PRÉPARATOIREi
1er Prélude. Représentons-nous Notre-Seigneur tel qu’il apparut à sainte Marguerite-Marie. Dans la poitrine transparente du Fils de Dieu paraît un Cœur consumé de flammes. Il l’indique du doigt en disant : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes. »
2e Prélude. Nous solliciterons avec ferveur une double grâce pour l’intelligence et pour la volonté. Nous voulons comprendre de quel prix est l’étude du Cœur de Jésus; nous voulons surtout, par cette étude attentive, rendre notre cœur semblable à ce Cœur.
(1) Nous proposons cet exercice préparatoire en la forme ordinaire précédemment adoptée.