C0LL0GUE
Faisons, dans ce sens, un entretien affectueux avec Notre-Seigneur. J’y puis redire lentement, en m’arrêtant, pour la goûter, à chaque expression, la belle antienne : O sacrum convivium! « O banquet sacré, où le Christ est notre nourriture, où nous est rappelé le souvenir de sa Passion, où notre âme se remplit de grâces, où nous recevous un gage de la gloire future ! »
(1) lre ép. aux Corinth., 11, 26.
ART. II. L’OFFICE D’AMOUR, 4e MED.
lVe MÉDITATION
1er Prélude. Représentons-nous Jésus, après la dernière Cène, s’entretenant affectueusement avec ses Apôtres de l’amour qui L’unit à son Père, de l’amour dont son Père les aime à cause de Lui, et leur demandant de s’aimer entre eux par amour pour LuiL
2e Prélude. Supplions Notre-Seigneur de nous donner la grâce d’accomplir le grand désir de son Cœur, en unissant à la charité envers Dieu un parfait amour du prochain.
1er point. Les deux amours du Cœur de Jésus.
1. Jésus a aimé son Père. Diligo Patrem,! J’aime mon Père1 2. Avec quel accent, avec quelle vérité II a pu le dire et répéter : « Je fais sans cesse tout ce qui Lui est agréable3 4 5. »
2. Il a aimé les hommes , surtout ceux qui croiraient en Lui. Que de fois également l’expression de cet amour se retrouve dans l’Évangile ! .« Je vous ai aimés... Jésus avait aimé les siens qui sont en ce monde; Il les aima en perfection^. »
3. Les deux amours ont été portés à l'extrême. L’un et l’autre ont été consacrés par la preuve suprême du sacrifice de la vie. « Que le monde sache que j’aime mon Père, et que j’accomplis son bon plaisir » Ce bon plaisir était qu’il mourût pour nous6. « Je suis le bon Pasteur; je donne ma vie pour mes brebis7. » Rendons grâces au Cœur
(1) Év. S. Jean, 14, 16.
(2) Ibid., 14, 31.
(3) Ibid., 8, 29.
(4) Év. S. Jean, 15, 12; 13, 1. Nous disons : en perfection, pour rendre exactement l’expression du texte grec original eU x£Ào<;.
(5) Ibid., 14, 31.
(6) Év. S. Jean, 3, 16 ; ép. aux Phil., 2, 8.
de Jésus de l’un et de l’autre amour. Renouvelons notre consécration, l’offrande de notre entier dévouement.
2e point. Les deux désirs du Cœur de Jésus.
1. Il désire que nous aimions Dieu. C’est là le premier et le plus grand des commandements L
2. Il désire que nous aimions le prochain. « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres1 2 3. » « Je vous ai aimés comme mon Père m’a aimé J. » A votre tour, « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés4. » Aimez le prochain d’un amour semblable à celui que je vous porte, comme jo vous ai aimés d’un amour semblable à celui que me porte mon Père.
3. Il désire que l’un et l’autre amour aillent jusqu'au sacrifice de la vie . Nous devons L’aimer Lui-même plus que tout bien, plus que toute personne qui nous est chère, plus que la vie5. Voilà pour Dieu. Quant au prochain, saint Jean n’hésite pas à formuler cette loi : « Nous devons donner notre vie pour nos frères6. »
Ces deux amours sont inséparables. « Qui prétend aimer Dieu, et hait son frère, celui-là est menteur7. » « Aimezvous les uns les autres, comme je vous ai aimés... Vous serez mes amis, à condition de faire ce que je vous commande8. *
(1) Év. S. Matth., 22, 37, 38.
(2) Év. S. Jean, 15, 17.
(3) Ibid., 15, 9.
(4) Ibid., 15, 12.
(5) Év. S. Matth., 10, 37-39.
(6) 1™ ép. S. Jean, 3, 16.
(7) Ibid., 4, 20.
(8) Év. S. Jean, 15, 12-14.
ART. y. L OFFICE DE DISCIPLE
3e point. L’ Eucharistie, symbole de l’un et de Vautre amour.
1. Dieu en nous, sublime communication de la vie divine, rEucharistie représente à tous les yeux notre intime union d’amour avec Dieu.
2. Mais de plus, cette participation d’un même aliment divin représente l’union des fidèles entre eux ; une union si étroite que, comme autant de grains moulus, pétris ensemble, ils ne forment plus qu’un pain mystique et vivant. « Nous ne sommes, dit saint Paul1, tous qu’nu seul pain et qu’un seul corps, nous tous qui participons à un même pain. »
Retirons de cette méditation le fruit, précieux entre tous, de cette double et ferme persuasion : notre dévotion au Sacré-Cœur cesse d’être véritable, dans la mesure où nous manquons d’une charité désintéressée, dévouée et surnaturelle pour tous nos frères; c’est excellemment remplir notre office d’amour, que de pratiquer, pour Jésus- Christ, une charité parfaite envers notre prochain.
ARTICLE V
L’office de Disciple
En union avec le chœur des Chérubins.
Ordre des méditations consacrées à cet office
Venu pour nous enseigner, Notre-Seigneur nous a donné, par son exemple même, la première et grande leçon d’obéissance souple, prompte et complète, au bon vouloir divin. Il se fait ainsi notre Modèle comme disciple, en même temps qu’il est notre Maître.
(1) lr« ép. aux Corinth., 10, 17.
D’après cette idée fondamentale, nous nous attacherons, dans le premier exercice, à reconnaître et à admirer dans Notre-SeigDeur, le parfait disciple de son Père. Sa docilité est strictement inimitable ; mais combien éloquemment elle nous prêche une soumission sans réserve à la Providence divine ! Le deuxième exercice nous fera voir en Lui notre seul Maître véritable ; le troisième et le quatrième nous apprendront successivement ses deux grandes leçons de douceur et d’humilité.
Note préliminaire. « Si vous voulez, ma très chère sœur, vous rendre disciple et fille du Sacré Cœur de Jésus, vous devez vous conformer à ses saintes maximes et vous rendre douce et humble comme Lui. C’est là le vrai moyen de gagner les bonnes grâces du Sacré Cœur... de faire régner l’aimable Cœur de Jésus dans le vôtre* 1. » Nous tâcherons de profiter de ce conseil, surtout pour la 2e et la 3e méditation que nous proposerons sur cet Office.
Ire MÉDITATION
1er Prélude. Plaçons-nous dans le groupe des disciples, pour écouter, avec l’avidité de la foi la plus confiante, les sublimes enseignements de Notre-Seigneur. Recueillons ces paroles qui nous laissent entrevoir un aspect de la vie divine du Verbe : « Le Fils n’a pas d’autre action que celle qu’il voit accomplir par le Pèrp2. »
2e Prélude. Demandons instamment, comme une grâce infiniment précieuse, d’imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans le sentiment inaltérable de son cœur, une parfaite docilité envers Dieu.
(1) Avis aux Novices, 44e avis. Vit et Œuvres, II, 426.
(2) Év. S. Jean, 5, 19.
ART. V. L’OFFICE DE DISCIPLE, lre MED. 119
1er point. La docilité éminente du Verbe de Dieu.
1. 1. Rappelons d'abord ces expressions surprenantes où Jean, le disciple bien-aimé, nous montre, dans le Verbe éternel Lui-meme, un disciple parfait de Dieu le Père. Il les a recueillies sur les lèvres mêmes de Notre-Seigneur.
« En vérité, en vérité, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de Lui-même ; Il ne peut faire que ce qu’il voit faire au Père : car tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. Le Père, en effet, aime le Fils et Lui montre tout ce qu’il fait1... Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que J’entends2... » « Ce que J’ai entendu, Je le dis au monde... Je ne fais rien de moi-même, mais Je dis ce que mon Père m’a enseigné3. »
2. Observons comment ces paroles nous dépeignent ou nous rappellent tous les traits qui caractérisent les rapports parfaits de Maître à disciple : le Maître, source unique de connaissance; l’amour, comme principe de communication ; le disciple, exactement adapté au Maître.
Le disciple parfait se professe ignorant sans le maître : Notre-Seigneur use de la solennelle affirmation, du double Amen , en vérité, en vérité, pour se proclamer impuissant à faire quoi que ce soit de Lui-même; tous ses discours consistent à répéter ce qu’il a entendu. Le Maître parfait s’empresse avec amour de constituer, pour Lui et son disciple, comme un trésor commun de science et de doctrine : « Le Père aime le Fils, et Lui démontre tout ce qu’il fait4. »
Le disciple parfait accueille, comprend tous les enseignements du Maître. Non content même d’acquérir ces connaissances, Il se forme sur son Maître, en devient la vivante image et la reproduction. « Je juge d’après ce que j’entends... Ce que j’ai entendu, je le dis au monde; tout
(1) Ibid., 5, 17-20.
(3) Ibid., 8, 26-28.
(2) Ibid., 5, 30.
(4) Év. S. Jean, 5, 20.
SECT. n.. MÉDITATIONS , CH. I. OFFICES
ce que fait le Père, le Fils le fait également. Philippe, qui me voit, voit mon Père1. »
3. Ces paroles ne démentent en rien l’égale infinité du Père et du Fils. La théologie y reconnaît l’ineffable communication, éternellement faite au Fils par le Père,” de sa divinité avec toutes ses perfections et notamment avec sa science. Si le Fils est impuissant à rien savoir en dehors de ce qu’enseigne le Père, c’est que cet enseignement est d’une plénitude absolue ; c’est qu’il répugne à Dieu de dépendre pour quoi que ce soit de quelque chose qui ne serait pas Dieu.
L’amour du Père pour son Fils, c’est l’ineffable tendresse commune et réciproque des trois Personnes divines. En nous l’attestant, Notre-Seigneur nous révèle qu’au sein de la Sainte Trinité il y a trois termes aimés : les trois Personnes, bien qu’il n’y ait qu’une amabilité et qu’un amour. Nous ne pouvons aimer en autrui que notre semblable; pour augmenter cet amour, nous ne pouvons que diminuer la distance qui le sépare de nous. En Dieu, autrui est strictement identifié avec soi : tant Dieu dépasse le monde.
L’assimilation adéquate de pensée, produite par le Père dans ce Fils ; cette docilité parfaite du Fils, n’est que la dérivation de la science et de la sagesse communiquée du Père au Fils par la génération éternelle du Verbe.
II. 1. Après avoir adoré l’insondable et inimitable mystère, souvenons-nous que la Bonté infinie a daigné mettre en notre être quelques vestiges de son être divin, de sa subsistance en trois Personnes ; et que de plus, influencées par la grâce, nos actions portent l’empreinte de l’activité divine.
2. L’amoureuse communication d’une science totale que le Père fait au Fils n’enseigne-t-elle pas à l’homme de foi
(1) Ibid., 14, 9.
ART. V. L’OFFICE DE DISCIPLE, lre MED.
cette libéralité plus ample, qui ne se restreint pas à l’aumône matérielle, mais qui met volontiers en commun, à la disposition de n’importe quel prochain, tout ce qu’on a, tout ce qu’on . sait d’utile. N’engage- t-elle pas à pratiquer cette libéralité sous l’impulsion de la charité?
Et ceux que Dieu appelle dans leur vie à former et à cultiver d’autres intelligences, les parents, les maîtres, les missionnaires, les pontifes, n’y découvrent-ils pas la noblesse de leur mission?
3. D’autre part, si le Verbe de Dieu se glorifie de trouver dans son Père l’exemple de sa science et de son action, n’est-ce pas que la docilité, comme telle, n’implique aucun abaissement ; qu’elle dit seulement une avidité sincère de clarté, de vérité, de perfection?
Pourtant, la pensée d’autrui, les avis d’autrui, les lumières d’autrui ne sont accueillis qu’avec prévention et défaveur par les hommes qui caressent l’ambition de trouver tout par eux-mêmes. Il n’est pas rare que l’instinct d’opposition s’éveille plus vif, quand la docilité devient l’objet d’un précepte. Certains ont poussé la prétention jusqu’à dédaigner, à refuser le secours divin de la révélation.
Reconnaissons que ces résistances ne contiennent en somme qu’une suffisance jalouse, qu’une orgueilleuse arrogance, qui nous porte à méconnaître le néant que nous sommes. Mais loin de nous tirer de notre néant, cette impiété n’aboutit qu’à nous y plonger davantage, en nous abîmant dans l’erreur, en nous privant de croire maintenant pour voir un jour Celui qui est. Prenons des résolutions pratiques dont nous ferons hommage au Verbe éternel.
2e point. La docilité parfaite du Verbe incarné.
I. 1. Parlant du Messie futur, Isaïe annonça que l’Esprit du Seigneur se reposerait sur le rejeton de Jessé1, c’est-
(l/Is., il, 2.
à- dire le Messie, tant cet Esprit l’aurait en son pouvoir. La colombe qui apparut au Jourdain1 lors du baptême de Jésus, planant au-dessus de sa tête, symbolisa cette prise de possession. Nous voyons aussitôt l’Esprit-Saint conduire Jésus au désert. Et dans la synagogue de Nazareth, Notre-Seigneur s’appliqua à Lui-même le texte d’Isaïe : « L’esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par son onction2. »
La théologie nous apprend encore que l’humanité sainte de Notre-Seigneur fut redevable à son union substantielle avec la personne du Verbe, de se trouver sous la direction spéciale de la divinité.
Il se fit ainsi que, non content d’offrir à Dieu des hommages chacun de valeur infinie, le Verbe, par une correspondance adéquate avec toute impulsion, avec toute grâce divine, donna à son humanité toute la perfection actuelle qu’elle devait avoir selon le plan divin. Disciple parfait de Dieu, l’Homme-Dieu nous présente un idéal divin réalisé.
2. Après Lui et d’une façon analogue, la sainte Vierge à son tour moula exactement son existence sur l’idée divine. Mais substantielle dans le Christ, due à l’union intrinsèque de son âme avec la divinité, cette sainteté est accidentelle dans la sainte Vierge : des grâces de choix, une rédemption privilégiée la lui ont départie.
3. Tout homme, comme toute créature, a son idéal dans la pensée divine. Il y est représenté dans un état de perfection qu’il est appelé à atteindre et qu’il ne saurait dépasser.
De plus, puisque Notre-Seigneur veut nous donner son esprit en partage, nous recevons tous le Saint-Esprit pour guider notre conduite. Voyez, comme Notre-Seigneur avertit ses apôtres qu’ils ont tout à apprendre de l’Esprit-
(1) Év. S. Luc, 3, 22.
(2) Év. S. Luc, 4, 18.
ART. V. L’OFFICE DE DISCIPLE, lre MED.
Saint : « Le Paraclet que mon Père enverra en mon nom vous enseignera toutes choses1. » Observons encore comment saint Paul nous montre l’Esprit-Saint imprimant à notre prière sa vraie direction, mystérieusement cachée 'à notre regard2; comment il insiste pour que, renonçant à la chair et au sens, nous soyons des hommes spirituels, disciples de l’Esprit3. Telle est la vocation, la dignité sublime du chrétien.
II. 1. Quels disciples indociles nous sommes d’un maître divin ! Aussi quel contraste entre Notre-Seigneur et nous ! Quel immense écart entre l’idéal et la réalité de notre vie !
a) Une complète irradiation de la pensée divine dans l’âme de Notre-Seigneur Lui découvrait à chaque instant, dans une lumière magnifique, l’idée directrice de Dieu. Hélas ! tant de souillures accumulées dans notre cœur épaississent le brouillard qui nous dérobe les intentions divines.
b) Orienté tout entier vers Dieu, libre d’amour-propre, Notre-Seigneur ne subissait aucune influence contrariante. En dehors de nous et même en nous, que de forces divergentes nous sollicitent, nous tiraillent en sens divers !
c) Vrai Fils de Dieu, avec quel élan filial Notre-Seigneur se portait vers l’accomplissement de tous les desseins de son Père! Manquant de confiance et d’énergie, nous sommes retenus par la pusillanimité et la paresse : Dieu, ses desseins sur nous, nous font peur!
2. Arrêtons notre regard sur l’âme de Notre-Seigneur. Contemplons-y tout ce que les clartés répandues en elle d’une part, et d’autre part sa complète liberté et la promptitude de ses élans lui donnent d’éclat et de beauté !
Déplorons nos ténèbres, nos servitudes, nos lâchetés.
(1) Év. S. Jean, 14, 26.
(2) Ép. aux Rom., 8, 2G.
(3) sv StSaxToT; 7tvEuuaToç (lre ép. aux Cor., 2, 13).
124 SECT. II. MÉDITATION S j CH. I. OFFICES
Déplorons toutes ces misères sans nous décourager.
3. Désireux de diminuer la distance qui nous sépare de notre Roi et Modèle, avides de mieux correspondre aux avances divines, nous savons maintenant vers quel but diriger notre effort. A l’exemple de Tapôtre, nous pouvons ne pas courir à l'aventure*. Il nous faut purifier notre cœur, travailler à nous rendre indépendants des créatures, nous exercer à ne jamais douter de Dieu.
Protestons d’accepter pleinement sur nous les plans d’une sagesse infinie; offrons, par Notre-Seigneur, le propos d’une entière docilité à la conduite de la Providence ! « Parlez, Seigneur, car votre serviteur vous écoute1 2» .
3e point. L'imperfection inévitable de notre docilité.
I. 1. Depuis la chute originelle, si nous exceptons le Sauveur et sa sainte Mère, il n’est plus donné à un homme de correspondre entièrement à la grâce, et d’atteindre à sa propre perfection. Voilà l’infirmité, l’impuissance dont nous avons tous à gémir en notre fond.
Les plus grands Saints ont à déplorer le pouvoir mystérieux du péché qui habite dans leur corps mortel, et qui arrachait à l’apôtre cette plainte déchirante : « Je ne fais pas le bien que je veux ; je fais le mal que je ne veux pas. . . Malheureux que je suis! Qui me délivrera de ce corps de mort?3 *
Mais, à la différence des étourdis qui portent d’un cœur léger le poids des désordres les plus graves et les plus criminels, les Saints éprouvent une confusion extrême des fautes qui leur échappent. Ils en viennent à se demander comment Dieu les supporte encore, alors qu’ils ressentent eux-mêmes un tel dégoût à se considérer.
(1) lre ép. aux Cor., 9, 26.
(2) I Rois, 3, 9. 10.
(3, Êp. aux Rom., 7, 19. 24
ART. V. L’OFFICE DE DISCIPLE, lre MED.
2. Bienheureux pourtant ceux qui pleurent : Un Dieu miséricordieux attend ces larmes pour les consoler. Il est vrai, durant toute l’éternité, les Saints ne seront pas tels qu’ils eussent pu l’être; l’œuvre de leur sanctification demeure incomplète, inachevée par leur faute.
Mais Dieu oublie cette inexécution de ses plans premiers ; 11 accepte les dons imparfaits d’une bonne volonté affaiblie ; et, avec une magnificence qui Lui est propre, Il se donne tout entier à qui ne s’est jamais entièrement donné ; Il verse des délices sans mélange dans un être où le mal fut mêlé au bien.
O miséricorde divine, je vous chanterai éternellement : Misericordias Domini in œternum cantabo 1 .
3. Dieu pourtant est juste autant que miséricordieux. Il est jaloux de sa gloire. Ne verrions- nous pas, une fois de plus, la Sagesse divine ménager une admirable conciliation de sa justice et de sa miséricorde?
Interrogeons le Cœur de Jésus. Cœur humain, capable de comprendre nos faiblesses et de ressentir nos maux, il Lui est naturel de nous prendre en pitié. Cette pitié fut agissante : elle L’a poussé à nous incorporer mystiquement à Lui. Unis au Christ, nous offrons des hommages d’une valeur telle que, même parfaits mais seuls, nous n’aurions jamais pu en imaginer de semblables. Comparez, ô mon Dieu, la glorification plénière que l’homme vous eût pu rendre dans l’état d’intégrité, et la glorification que Vous donnent les Saints incomplètement sanctifiés, mais sanctifiés en Jésus-Christ. Cette dernière gloire l’emporte immensément sur la précédente. Et un homme qui est parfait, Lui, votre Fils, Vous rend avec nous et pour nous une gloire infinie.
Oh ! oui, votre Justice ne doit en rien contredire votre miséricorde. Il est digne de Vous d'étendre jusqu’à ses
(1) Psaume, 88, 2.
126 SECT. n. MÉDITATIONS, CH. I. OFFICES
fiiembres infirmes les complaisances que mérite votre Fils bien-aimé.
II. Notre oraison se convertit de la sorte en action de reconnaissance pour le Cœur dont la docilité envers Dieu et la pitié envers nous nous valent l’inestimable faveur de servir Dieu dignement.
Le témoignage de notre gratitude consistera dans l’application que nous mettrons à être disciples du Père que nous avons aux cieux.
Dans le colloque, rappelons à Notre-Seigneur sa parole : « Et erunt omnes docibiles Dei : ils seront tous enseignés par Dieu1. »
Ne faut-il pas que cette prophétie se réalise en nous? Elle ne le peut que si Notre-Seig'neur nous donne un cœur pur, libre et généreux, humblement soumis à Dieu comme le sien. Rejettera t-il, Lui si bon et si compatissant, les instances que nous faisons pour l’obtenir? Nous prierons en union avec le chœur des Chérubins.
Ile MÉDITATION
1er Prélude. Me représenter cette scène touchante de l’Évangile, où Marie-Madeleine, reconnaissant dans le jardinier son Sauveur ressuscité, s’écrie toute ravie : Pabboni, Mon Maître !
2e Prélude. Demander la grâce de comprendre quel Maître j’ai en Notre-Seigneur, pour devenir son disciple parfaitement docile.
1er point. Jésus , mon Maître.
1. Quel besoin fai d’un Maître! J’ai soif de vérité, et j’ignore tout. J’arrive dans la vie, incertain, hésitant sur
(1) Év. S. Jean, 6, 45.
ART. V. L’OFFICE DE DISCIPLE, 2e MED.
la solution des plus graves problèmes. Quel est le but de ma vie, le principe qui la doit régler? Ma raison, laissée à elle-même, où va-t-elle me conduire? Combien lente, combien pénible est sa marche, combien souvent embarrassée ! Qu’incertaines sont ses conclusions ! Ah ! si je n’ai qu’elle, je trébuche à chaque pas. Et quel immense danger de m’égarer et de me perdre ! Voyez où cette raison humaine avait abouti dans le monde païen. Dans ces ténèbres, comme j’aspire à pouvoir étreindre une main ferme et sûre, qui mette fin à -mes hésitations et me fasse avancer résolument sur la bonne route, qui me soutienne au besoin comme saint Pierre sur les flots !
Je m’efforcerai de ressentir vivement cette nécessité. Voyez, me dirai-je, quelle joie éprouvèrent les parents du jeune Tobie, quand, sous les traits d’un jeune homme de noble origine, l’archange Raphaël vint s’offrir pour être le guide et le compagnon de route de leur fils. De combien plus d’importance est le voyage qu’il me faut faire! Du terme où je parviens dépend tout mon bonheur. Et si je manque le but, mon malheur est irréparable.
Je considérerai combien les âmes les plus nobles du paganisme étaient tourmentées du désir d’être éclairées et rassurées, et de quel prix elles payaient la mince part de vérité que possédaient les sages d’alors.
2. Jésus est ce Maître. Tandis qu’anxieux je me demande où je trouverai ces lumières, ces indispensables leçons, j’entends des voix d’hommes simples et francs prononcer, redire avec assurance, comme un nom bien doux, le nom de Maître. Ce sont les apôtres ; et Celui à qui ils le donnent, c’est Jésus-Christ! Oh! avec quel respect, de quel cœur docile ils L’appellent ainsi! Et Madeleine, quand elle reconnaît Jésus déguisé sous les traits du jardinier, c’est dans ce nom de Maître, dit avec un saint enthousiasme, qu’elle exprime tout ce qu’elle avait retrouvé. A chaque page de l’Évangile, ce nom de Maître est donné à Notre-
128 SEPT. n. MÉDITATIONS, ( H. I. OFFICES
Seigneur. Les ennemis mêmes du Christ ne L’appelaient pas autrement. « Maître, nous savons que vous êtes véridique, et que vous n’avez pas égard aux personnes l . »
Il se fait Lui-même désigner ainsi : « Dites à cet homme : le Maître vous fait savoir que son temps est proche1 2. » Il prend texte de cette appellation pour raisonner : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis3. »
En Vous appelant Maître , nous disons bien ! Oh! merci, Jésus ! Jamais on ne vit solution plus heureuse d’une crainte plus extrême. Au lieu des ténèbres, c’est la pleine lumière. La Vérité même vient m’enseigner ! Combien mes espérances sont dépassées ! O mon Maître ! Et je répéterai ce nom sous l’impulsion des divers sentiments qu’il évoque dans mon cœur : admiration, crainte respectueuse, désir pourtant, puis espoir, espoir immense, confiance entière, amour, reconnaissance. Je le redirai dans cette méditation tant que j’en goûterai la saveur. J’aimerai à le répéter durant cette journée, durant toute ma vie.
Quel Maître fai en Jésus! Qui pourra exprimer, ou simplement concevoir :
a) Sa grandeur incomparable. Qu’il est glorieux pour moi d’être enseigné par un tel Maître !
b) Son infinie sagesse. Rien ne peut tromper ses prévisions.
c) Sa prudence , sa reconnaissance de mes forces et de mon cœur. Il sait ma faiblesse native, ma fragilité. Ipse cognovit figment-um nostrum 4. Lui, qui reprochait aux pharisiens d’imposer un joug intolérable, Il ne me demandera rien que je ne puisse exécuter. « Dieu est fidèle... Il
(1) Év. S Marc, 12, 14.
(2) Év. S. Matth., 26, 18
(3, ÉvrS. Jean, 13, 13.
(4) Ps. 102, 14.
ART. V. L’OFFICE DE DISCIPLE, lre MED. 129
ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de ce que vous pouvez supporter, * disait saint Paul1.
d ) Sa puissance, pour me fournirtoutce quime manque.
e ) Sa bienveillancè et sa suavité persuasives. « Jamais homme n’a parlé ainsi2, * s’écriaient ceux-là même que les pharisiens avaient envoyés pour se saisir de Lui. « Venez à moi, pouvait-il dire, vous tous qui peinez et vous trouvez surchargés, et je vous réconforterai3. »
f) Sa patience et sa longanimité. Comme II en fit preuve dans la formation des apôtres, et en tolérant Judas.
g) Les attraits de ses promesses. « Vous trouverez le repos pour vos âmes. Mon joug est doux et mon fardeau est léger4 5. * « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi : il sera désaltéré3. »
h) La perfection de sa méthode. Il pratique Lui-même tout ce qu’il enseigne. Et pour être en état de le pratiquer, Il se fait semblable à moi.
Je concevrai, en méditant ces qualités, une admiration enthousiaste pour un tel Maître. Heureux de Le posséder, je Lui offrirai dans ma reconnaisance le don de tout moi-même.
2e point. Mes devoirs de disciple.
1. Un devoir général d’estime et de reconnaissance s’impose envers un tel Maître. Je me rappellerai tout le cas que les disciples des philosophes anciens faisaient de leurs maîtres, les dures conditions par lesquelles ils passaient pour être admis à leurs leçons, leur aveugle confiance dans leurs enseignements. Ipse dixit, le maître l’a dit : les pythagoriciens alléguaient sans cesse cette raison.
(1) Ire ép. aux Cor , 10, 13.
(2) Év. S. Jean, 7, 46.
(3) Év. S. Matth., 11,28.
(4) Év. S. Matth., 11, 2 J. 30.
S. C. DE JÉSUS. I
130 SEOT* II. MÉDITATIONS j CH. I. OFFICES
Puis-je comparer ces philosophes au Maître qui daigne m’enseigner?