ART. VH. L’OFFICE DE SERVITEUR, D® MÉD
Seigneur ces paroles : « Par toi je me glorifierai. *
3. Mais en quoi le Christ fait II consister ce service? À percevoir la volonté de Dieu ; à l’accomplir en toutes choses. « Le Seigneur me touche l’oreille tous les matins, afin que je L’écoute comme un maître. Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et je ne L’ai point contredit : je ne me suis point retiré en arrière1. » « Me voici, ô Dieu, pour faire votre volonté2. » « J’accomplis sans cesse ce qui Lui plaît3. *
4. Qu’est-ce que Dieu demanda de Lui? Il lui demanda d’être méprisé. « Il est sans grâce, sans éclat; il n’avait rien qui attirât le regard, méprisé, rebut de l’humanité, pareil au lépreux et comme châtié de Dieu4. »
Il lui demanda de souffrir tous les affronts. « J’ai abandonné mon corps à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe; je n’ai point dérobé mon visage aux outrages et aux crachats5. *
Il lui demanda, à Lui l’Innocent, la souffrance et la mort sur la croix, pour nous pécheurs. « Je pourrais compter tous mes os (dans la douleur)6, » « Il a été transpercé pour nos péchés, broyé pour nos iniquités7. *
Le Fils de l’homme souscrivit à ces rigueurs divines.
5. Ces rigueurs avaient pour pendant, de la part des hommes, d’inconcevables atrocités, toutes les inventions cruelles et perfides de l’orgueil, du dépit, de la méchanceté humaine.
De quel cœur, dans quelles dispositions le Serviteur de Dieu passa-t-Il par ce déluge d’iniquités accumulées?
(1) Is., 50, 4, 5.
(2) Ps. 39 (40) 9; et Hébr., 10, 7.
(3) Év. S. Jean, 8, 29.
(4) Is., 53, 2, 3,4.
(5) Is., 50, 6.
(6) Ps., 21., 18. La Yulgate fait dire : Ils ont compté tous mes os.
(7) Is., 52, 5.
S. C. DE JÉSUS. I
Il ne se départit pas de la douceur, qu’il adopta comme son propre caractère. « On ne l’entendra pas crier;... 11 ne fera pas entendre sa voix dans les rues ; Il ne brisera pas le roseau froissé et n’éteindra pas la mèche encore fumante1. »
Son attitude, au milieu des supplices, se trouve ainsi décrite d’avance : * Il était maltraité, et Lui se résignait. Il n’ouvrait pas la bouche; comme un agneau qu’on porte à la boucherie, comme la brebis muette aux mains du tondeur 2. »
« Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort; jusqu’à la mort de la croix* 3 4. »
6. L’abaissement essentiel de ce service ne connaîtra pas de fin. Au faîte de la gloire céleste, Notre-Seigneur ne cessera jamais d’humilier son humanité devant son PèreL
Grâce à l’Eucharistie, ces abaissements se prolongent perpétuellement sur la terre. Car, identique au Christ du ciel, le Christ eucharistique possède sous les saintes espèces, au milieu de l’Église militante, l’action et les sentiments qui ravissent l’Église triomphante.
7. Aussi Dieu fait-11 ses délices de L’aimer. « Voici mou élu, eu qui mon âme se complaît5. » Et comme signe de cet amour, Il lui donne de racheter le monde, d’obtenir les nations pour héritage, d’y faire régner la justice. Enfin, Il Lui réserve une exaltation suprême, une éclatante revanche de toutes les humiliations6. -/
II. 1. Combien notre égoïsme avaricieux et mesquin contraste avec cette oblation totale et magnanime. Nous sommes de simples créatures. Et nous réduisons notre service
(l)Is.,42, 2,3. (2)Is.,52,7.
(3) Ép. aux Philipp., 2, 8.
(4) Du moins une opinion accréditée autorise ce langage. Pour d’autres théologiens, le Christ n’est plus qu’exalté et glorifié.
(5) Is., 42, 1 ; Cfr. S. Matth., 3, 17.
(6) Voy. ép. aux Philipp., 2, 9. 10; Is., 52, 10-13.
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de Dieu à quelques offrandes partielles, faites selon notre choix à nous. Ensuite, au nom de cette « libéralité * dérisoire, nous réclamons un traitement de faveur, et la réalisation de tous nos désirs; parfois même de nos ambitions terrestres, de nos espérances humaines !
2. Que notre confusion se tempère d’un sentiment de reconnaissance. Remercions Notre-Seigneur pour la perfection avec laquelle Lui, du moins, a servi Dieu. Réjouissons-nous-en pour Dieu même. Et tâchons de L’imiter dans sa profession de complète docilité.
2e point. Le Christ , serviteur des hommes.
1. 1. Ce qui doit achever notre émerveillement, c’est que Jésus-Christ destine à nous servir cette même nature qu’il abaisse sous Dieu ! Serait-ce croyable, si ses paroles n’étaient aussi formelles : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir1. » « Je suis parmi vous comme celui qui sert2. »
2. Il établit ainsi une loi universelle. Des mêmes mains, du même cœur dont nous servons Dieu, nous devons servir les autres hommes. Elle est suspecte, la piété que n’accompagne pas la charité. On aime Dieu, l’invisible, lorsqu’on aime le frère que l’on voit3 4.
En compensation de l’amour qu’il nous porte et des services qu’il nous rend, Jésus demande que nous renoncions à tout esprit de domination, pour nous appliquer à servir les autres hommes. « Les rois des nations dominent sur elles. Pour vous, ne faites pas ainsi; mais que le plus grand parmi vous soit comme le dernier ; et celui qui gouverne comme celui qui sert 4. »
(1) Év. S. Matth., 20, 28.
(2) Év. S. Luc, 22, 27.
(3) Ire ép. S. Jean, 4, 20.
(4) Év. S. Luc, 22, 25. 26.
II. Stupéfaits des prévenances de Notre-Seigneur, quelles seront nos actions de grâces; quelle sera notre réponse à l'appel du Christ?
3e point. Nous-mêmes serviteurs de Jésus-Christ.
I. Transporté d’un amour enthousiaste pour son Seigneur et Sauveur, saint Paul, au début même de ses épîtres, s’attribuait deux titres. Il se disait tantôt serviteur, tantôt apôtre de Jésus-Christ.
Ces deux appellations sont l’une avec l'autre dans une correspondance parfaite. Paul servait le Christ en Le faisant connaître et aimer; il Le prêchait pour Le servir. Le service de Jésus-Christ requérait l’apostolat ; l’apostolat exprimait la manière dont il servait Jésus-Christ.
Nous sommes tous serviteurs de Jésus-Christ : tous, à des degrés divers, nous avons à glorifier le Christ, à répandre et à faire bénir son nom. Le Christ a vécu pour nous sauver; vivons pour Lui procurer honneur et gloire. Quittons tout autre souci pour nous attacher au ministère que nous avons reçu du Seigneur Jésus 1 .
II. Avons-nous, sincèrement, sérieusement, complètement accepté pareille tâche? L’avons-nous seulement comprise?
Tout spécialement, notre mission apostolique nous tientelle suffisamment au cœur?
Serait-ce trop, désormais, d’y dépenser toute notre vie, à la suite de saint Paul?
Mais si notre volonté, si nos offres sont réelles, soucieux de satisfaire le Christ, renonçons à plaire aux hommes. Saint Paul formule nettement la condition : « Si je continuais à plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ2. »
(1) Actes, 20, 24.
(2) Ép. aux Gala tes, 1, 10.
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Les sentiments à exprimer à Notre-Seigneur et à Dieu; les offrandes à Lui faire, se devinent. Soyons généreux dans l’oblation, et comptons sur la bonté du Sacré-Cœur pour y demeurer constamment fidèles.
Ile MÉDITATION
1er Prélude. Représentons-nous Notre-Seigneur durant la dernière Cène, au moment où II lave les pieds de ses apôtres.
2e Prélude. Demandons instamment la lumière et la force d’en haut, pour devenir des serviteurs de Dieu selon le Cœur de Jésus-Christ.
1er point. Dieu daigne nous servir.
1. Il est de l’essence de Dieu d’é^re servi par tout ce qui est en dehors de Lui. La même volonté qui crée toutes choses acquiert sur toutes choses ce domaine absolu dont la reconnaissance pratique est le service.
« Il appelle la lumière, elle obéit en tremblant. A sa voix les étoiles ont dit : nous voici; et elles se sont réjouies de briller en l’honneur de Celui qui les a faites1. »
Concevons une haute idée de la Majesté divine. Si jamais quelque puissance nous a paru magnifique, elle n’a pu l’être qu’en empruntant un pâle reflet de l’incomparable grandeur de Dieu. « Seul, vous êtes grand, ô Seigneur, seul vous êtes le Très Haut2! »
2. Cependant l’auteur de l’Imitation peut s’écrier tout surpris : « Que les rôles sont intervertis ! Vous me servez,
(1) Baruch, 3, 33-35.
(2) Office ecclésiastique, au Gloria de la Messe.
mon Dieu, bien plus que je ne Vous sers1. * En effet :
a) Dieu nous sert par les multiples créatures qu’il crée pour nous et qu’il met à notre service.
b) Il nous sert par sa patience à nous attendre, sa disposition à toujours nous accueillir, sa promptitude à nous exaucer. N’est-ce pas le propre d’un serviteur, de se plier aux goûts, aux caprices du maître?
c) Ce sont là, nous l’avouons, des métaphores. Mais dans son Humanité, qu’il a revêtue pour nous, Il se fait capable de nous servir au sens propre du mot. Jusqu’à quel point il l’a fait en réalité !
Sa parole est formelle : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir2. *
Servir, c’est être soumis, c’est être utile , c’est humblement se dévouer. Notre-Seigneur fait apparaître en Lui tous ces traits d’un serviteur.
La soumission. Notre-Seigneur est soumis à ses parants ; Il paye le tribut à César ; Il reconnaît, jusque dans sa Passion, l’autorité du grand prêtre, et le pouvoir conféré par le Ciel à Pilate. 11 se laisse sans résistance conspuer, flageller et mettre en croix.
Le bien procuré à celui que l’on sert. Cette sainte Humanité est toute pour le bien des hommes. Enfant, Jésus réjouit Nazareth ; adolescent, 11 travaille pour l’entretien de ses parents ; homme fait, Il forme les Apôtres qu’il nous desti.-e; 11 guérit les malades, convertit les pécheurs, évangélise les pauvres, console tous les affligés. Sa vie et sa mort sont notre exemple et toute notre richesse. Dans son Humanité glorifiée, Il continue d’être nôtre : au Ciel comme Médiateur, et dans la sainte Eucharistie comme notre offrande et notre nourriture.
L 'humble dévouement. Jusqu’où ne sait pas descendre
CD m, îo, 3.
(2) Év. S.Matth., 20, 28.
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pour nous Celui qui s’abaisse à laver les pieds de ses Apôtres ! Méditons cette scène.
3. Et, tandis qu’il nous sert, Lui, le Maître, Il nous affranchit de notre servitude native.
De nous, ses serviteurs, ce Dieu fait ses enfants, ses amis! « Je ne vous appellerai plus mes serviteurs... mais je vous ai dit mes amis1. »
Avons-nous pu faire ces considérations, sans être touchés de ces manifestations inouïes d’une infinie bonté? C’est cette bonté pourtant que tant d’hommes refusent de servir ! Pour nous, n’est-il pas vrai, confus et reconnaissants, nous avons senti s’éveiller dans notre coeur un vif désir d’aimer ce Dieu et de nous dévouer pour Lui. Comment mieux y parvenir qu’en professant d’être tout à Jésus -Christ? Soyons heureux de renouveler ici notre consécration au divin Cœur qui nous rappelle un tel amour !
2® point. Nous devons aimer à servir Dieu.
1. Combien il est naturel que nous servions Dieu! Tout notre être nous le dit ; tout l’univers visible le proclame ; il est dans l’ordre que nous servions Dieu, et que par nous tout l’univers le serve.
2. A combien de titres , ne sommes -nous pas serviteurs de Dieu et de Jésus - Christ ! « Tout est à vous, disait l’Apôtre aux Corinthiens, mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu2. » Par naissance, par adoption, par conquête, par libre choix, nous sommes au Christ. A tous ces mêmes titres nous devons Le servir.
3. Combien nous devons estimer ce service ! Il fait toute notre grandeur. Vous servir, c’est régner, ô mon Dieu, dit l’Église dans ses belles oraisons.
(1) Év. S. Jean, 15,15.
(2) Ire ép., 3, 23.
168 BECT. n* MÉDITATIONS, CH. I. OFFICES
Que faisons-nous de notre activité quand nous ne la dépensons pas pour Dieu? Nous la prodiguons en pure perte : car ni de nous-mêmes, ni des autres hommes nous ne pouvons attendre une digne récompense.
De nos talents, de nos qualités, de nos succès, il ne restera bientôt rien de plus qu’il ne reste du sillon dessiné sur les flots par le vaisseau qui disparaît à l’horizon; que de la trace de l’oiseau qui fuit en fendant l’air. Quelle envie nous donne la gloire tant vantée de ces héros antiques couchés dans la poussière de leurs tombeaux? Le peu d’éclat que nous jetons vaut-il mieux que leur renommée? Et nos œuvres, que nous proclamons magnifiques, que sont-elles en définitive? Notre science n’est-ce pas l’érudition d’un enfant qui aurait réussi à épeler deux, trois lettres d’un immense volume? Nos inventions ne feront-elles pas rire nos descendants, comme les machines démodées de nos pères divertissent notre curiosité? Notre vogue, notre popularité, notre influence : qu’elle est restreinte et bornée ! Et dans tous ces résultats, combien grande est la part d’une chance heureuse; combien petite, celle de nos efforts réfléchis? Le seul moyen de donner quelque valeur à tous ces néants, c’est d’en faire autant de manières de servir Dieu.
L’on ne quitte d’ailleurs le service de Dieu, que pour subir la servitude injuste de ses passions ou de certains hommes.
Mai3 en servant Dieu, nous avons le droit d’être fiers de notre maître : la majesté infinie; fiers de nos actions : elles sont libres, car la grâce, qui les ennoblit, fait appel à notre libre consentement, et elles sont agréées du Tout- Puissant; fiers de notre avenir : c’est la gloire véritable et immortelle ; fiers de notre indépendance : car ce service nous affranchit de tout joug odieux.
4. Quand, à toutes ces raisons, nous joignons les avances que Dieu nous a faites et que nous avons médi-
ART. vn. l’office de SERVITEUR, 2e MED. 169
tées dans le premier point, ne sommes-nous pas pressés de répondre à ce Dieu : serviteurs par naissance, serviteurs indignes à cause de nos péchés, nous n’acceptons d’être vos enfants que pour Vous offrir un service plus parfait ; un service inspiré, non par l’esprit de crainte, mais par l’esprit d’adoption qui Vous fait appeler « Notre Père ! 1 *
5. Nous pourrions insister encore sur le désir de compensation, que fait naître la révolte orgueilleuse de tant d’hommes qui ne veulent servir ni Dieu ni son Christ.
3e point. Examen et Propos,
1° Examen.
Laissant même notre passé dans l’oubli, pour n’envisager notre conduite que depuis le moment où nous nous sommes donnés à Dieu, où nous avons fait profession de Lui appartenir : combien peu, hélas ! avons-nous été les serviteurs fidèles et dévoués que nous promettions d’être!
a) Il nous faudrait servir Dieu à sa manière ; et nous tenons à la nôtre. Que de vœux stériles, mêlés d’impatients regrets, pour obtenir plus de forces, plus de talents, ou pour nous trouver dans d’autres circonstances que celles qui nous entourent !
b) Il nous faudrait adopter toutes les formes de son service : prière, travail, charité, patience; et nous nous attachons à une seule, à celle de notre choix, encore avec quelle inconstance !
c) Il nous faudrait ne jamais estimer que ce service. Et combien, même en ce que nous destinons à Dieu, nous nous recherchons nous-mêmes, nous nous attachons à des créatures !
2° Propos.
a) Opposons à ces écarts des propos contraires. Avec
(1) Ép. aux Gai , 4, 6.
une pleine confiance, voyons en tout, dans les peines et les contrariétés aussi bien que dans nos joies, des moyens, d heureuses occasions de servir Dieu.
b) Mais, en même temps, rappelons-nous le grand enseignement du Christ. Comme II nous a servis, ainsi veut-il que pour Lui nous servions tous nos frères, jusqu’à leur laver les pieds. Acceptons de nous faire les serviteurs de tous.
c) Et si nous avons quelque supériorité de talent ou de pouvoir, n’y voyons qu’un devoir et qu’une mission de mieux servir nos frères.
COLLOQUE
Offrande de nous-mêmes et recommandation au Cœur de Jésus de tous nos intérêts.
Nous nous unirons, pour cet office, au Chœur des Archanges. Saint Joseph, serviteur fidèle entre tous, pourra être notre patron avec la Sainte.
IIIe MÉDITATION
1er Prélude. Me représenter Notre-Seigneur dans la Sainte Eucharistie, qui me dit, là aussi : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir1. »
2e Prélude. Lui demander instamment un dévouement semblable à celui dont II daigne faire preuve dans cet auguste Sacrement.
1er point. Jésus me sert dans la Sainte Eucharistie.
a) Deux traits caractérisent un serviteur. Il sert les intérêts du Maître ; il sert suivant la volonté du Maître.
b) La vie mortelle de Jésus, si elle fait toute notre richesse, a encore eu du prix pour Lui-même : elle a élevé
(1) Év. S. Matth., 20, 28.